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La vie et l'œuvre d'al-Ghazali
par Mohamed Nabil Nofal
1
Jusqu'à une époque fort récente, la pensée islamique
représentée par al-Ghazali constituait le courant dominant dans la théorie
et la pratique de l'islam (sunnite en particulier). Ce géant de la pensée,
au savoir encyclopédique, a influé sur la pensée islamique et défini sa
pratique pendantprès de neuf siècles. Il représentait « l'islam
pacifique ».
Depuis une trentaine d'années, un nouveau courant,
celui de « l'islam combattant », a vu le jour, s'est développé
rapidement et a entrepris de s'imposer dans le monde islamique.
Certains y voient une renaissance et d'autres une
menace, non seulement pour le monde islamique mais pour le monde entier,
un facteur de déstabilisation qui ramène l'islam et les musulmans quatorze
siècles en arrière. Ce nouveau courant trouve ses sources intellectuelles
dans les enseignements d'Abou al-Ala al-Mawdudi, de Sayid Qotb et de
Ruhallah Khomeini, et de leurs disciples rigoristes disséminés dans de
nombreux pays. Il préconise la rédemption de la société, l'élimination par
la force des régimes en place, la prise du pouvoir et un changement
radical de la vie sociale. Réfractaires, voire hostiles, à la civilisation
moderne, ses adeptes voient dans l'islam - tel qu'il était pensé et
pratiqué il y a de nombreux siècle - la solution à tous les problèmes
politiques, économiques, sociaux, culturels et éducatifs dont souffre le
monde arabo-islamique, sinon toute la planète.
La lutte entre la pensée d'al-Ghazali et celle
d'al-Mawdudi continue, et elle constitue sans doute un des principaux
facteurs appelés à façonner l'avenir du monde arabo-islamique.
Quelle que soit l'issue de cette lutte, al-Ghazali
demeure l'un des plus grands philosophes (bien qu'il s'en soit lui-même
défendu) et penseurs de l'éducation dans l'histoire du monde islamique. Sa
vie - élève assoiffé de savoir, puis enseignant dispensant le savoir, puis
savant développant le savoir - illustre bien ce qu'était la vie des
étudiants, des enseignants et des savants dans le monde islamique au Moyen
Âge.
La vie d'al-Ghazali
(2)
Al-Ghazali est né en 450 de l'Hégire, soit 1058 de
l'ère chrétienne, dans la ville de Tus (Khorassan) ou dans un des villages
avoisinants, au sein d'une famille persane de condition modeste, dont
certains membres étaient connus pour leur savoir et leur penchant pour le
mysticisme soufi. Al-Ghazali était encore jeune lorsque son père mourut,
après avoir chargé un de ses amis soufis de s'occuper de l'éducation de
ses deux fils. L'ami en question s'acquitta de cette mission jusqu'à
épuisement des fonds légués par le père et conseilla aux deux frères de
s'inscrire dans une madrasa
(3) où les élèves suivaient des cours et étaient pris en charge
matériellement. Al-Ghazali aurait commencé, vers l'âge de sept ans, par
étudier l'arabe et le persan, le Coran et les principes de religion. A la
madrasa, il entra dans le cycle des études
secondaires et supérieures comportant le fiqh
(jurisprudence islamique) et l'exégèse (tafsir) du texte coranique et des
hadith (propos du Prophète) (voir glossaire en fin d'article).
Vers l'âge de 15 ans, al-Ghazali s'installa à Jurjan
(centre florissant du savoir à l'époque, situé à 160 km environ de Tus)
pour étudier le fiqh auprès de l'imam Al-Ismayli. Ce type de «
voyage à la recherche du savoir » en vue de suivre l'enseignement
des maîtres réputés du moment, était une des traditions éducatives de
l'islam. Il revint l'année suivante à Tus, où il demeura trois années,
consacrées à mémoriser et mieux comprendre ce qu'il avait transcrit de
l'enseignement de ses maîtres et à poursuivre l'étude du fiqh. Il se
rendit ensuite à Naysabur (Nishapur), où il étudia le fiqh, la théologie
dogmatique (kalam) et la logique, ainsi que, semble-t-il, des éléments de
philosophie, auprès de l'imam Al-Juwayni, le jurisconsulte de rite
chaféite le plus célèbre de l'époque. Al-Ghazali avait alors 23 ans.
Durant les cinq années qui suivirent, il fut l'élève et l'assistant de
l'imam al-Juwayni, et commença à publier quelques ouvrages et à étudier le
soufisme auprès d'un autre cheikh, al-Farmadhi.
La mort d'al-Juwayni (478 H/1085) voit s'achever la
période d'apprentissage d'al-Ghazali - qui a alors 28 ans - et débuter
celle de l'immersion dans la politique et de la fréquentation des allées
du pouvoir. Il se rend au « camp » du ministre seljoukide
Nizam al-Mulk, où il mène pendant six années la vie des « juristes
de cour », faite de combats politiques, de joutes savantes et
d'écriture, jusqu'à ce qu'il soit nommé professeur à la madrasa Nizamiya
de Bagdad, l'un des centres de savoir et d'enseignement (sorte
d'université) les plus importants et les plus connus dans l'Orient
islamique à l'époque. Durant les quatre années où il occupe ce poste, il
publie un certain nombre d'ouvrages sur le fiqh - qu'il enseigne - la
logique et le kalam, les plus importants étant le Mustazhiri et Al-Iqtisad
fil-I'tiqad [le juste milieu dans la croyance], deux ouvrages de
jurisprudence à caractère politique.
Al-Ghazali prend part à trois affrontements politiques
et intellectuels majeurs qui secouent le monde islamique à cette époque, à
savoir la lutte entre la philosophie et la religion (entre la culture
islamique et la culture grecque) - il prend position pour la religion
contre la philosophie ; la lutte entre le sunnisme et le chiisme -
il prend position pour le califat abbasside contre les batinites ;
la lutte entre l'inspiration et la raison et entre le fiqh et le
mysticisme.
Durant la période où il enseigne à la Nizamiyya de
Bagdad, al-Ghazali étudie longuement la philosophie (celle des Grecs,
Aristote, Platon et Plotin en particulier, et la philosophie islamique,
notamment Ibn Sina [Avicenne] et al-Farabi) afin de mieux la réfuter. Le
problème essentiel auquel il est confronté est celui de concilier la
philosophie et la religion, et il le résout en ces termes: la philosophie
est dans le vrai dans la mesure où elle est conforme aux principes de la
religion (de l'islam) et dans l'erreur lorsqu'elle est en contradiction
avec ces principes. En prélude à ses attaques contre la philosophie,
al-Ghazali écrit un ouvrage, Maqasid al-Falasifa [Les intentions des
philosophes ], dans lequel il expose l'essentiel de la pensée
philosophique connue à son époque suivi de son célèbre ouvrage, Tahafut
al-Falasifa [ L'incohérence des philosophes]. Il résume son opposition à
la philosophie en vingt questions touchant l'homme, le monde et Dieu. Pour
al-Ghazali, le monde est une création récente, les corps rejoignent les
âmes dans l'au-delà et Dieu connaît les particuliers comme il connaît
l'universel.
Le Tahafut al-Falasifa [L'incohérence des philosophes]
a eu un retentissement considérable dans le monde arabo-islamique, et
jusque dans l'Europe chrétienne ; cette oeuvre et son auteur ont été un
des facteurs du déclin de la pensée philosophique grecque dans le monde
islamique, en dépit des quelques tentatives de défense de la philosophie
par Ibn Ruchd (Averroès) et d'autres
(4).
Avec l'intensification de l'affrontement militaire et
intellectuel entre le sunnisme et le chiisme, entre le califat abbasside,
d'une part, et l'État fatimide et ses partisans et alliés dans le Machreq,
de l'autre, al-Ghazali est mobilisé dans ce combat, et il publie
effectivement une série d'ouvrages à ce sujet, le plus important étant Les
vices de l'ésotérisme et les vertus de l'exsotérisme.
L'ésotérisme des batinites repose sur deux principes
fondamentaux: l'infaillibilité de l'imam, source obligatoire du savoir, et
l'interprétation ésotérique de la chari'a (la loi révélée de l'islam) par
l'imam et ses représentants. Al-Ghazali concentre ses attaques sur le
premier principe, celui de l'infaillibilité de l'imam, son but étant de
défendre le califat abbasside et de justifier son existence, fut-elle
symbolique (le califat se trouve alors en situation d'extrême faiblesse),
d'assouplir les conditions d'accession à l'imamat et de conférer une
légitimité aux sultans seljoukides, qui détiennent alors le véritable
pouvoir militaire et politique, problème juridico-politique auquel ont
aussi été confrontés d'autres fuqaha (jurisconsultes) musulmans,
al-Mawardi en particulier. Mais la campagne d'al-Ghazali contre les
batinites n'est pas couronnée du même succès que sa campagne contre les
philosophes.
Vers 1095/488 H, al-Ghazali, alors âgé trente-huit ans,
traverse une crise spirituelle qui dure à peu près six mois et que l'on
peut résumer à un affrontement violent entre la raison et l'âme, entre le
monde d'ici-bas et celui de l'au-delà. Il commence par douter des
doctrines et clans existants (c'est-à-dire de la connaissance), puis se
met à douter des instruments de la
connaissance. Cette crise l'affecte physiquement au
point qu'il perd l'usage de la parole et devient donc incapable
d'enseigner, et elle ne prend fin que lorsqu'il renonce à ses fonctions, à
sa fortune et à sa célébrité, après avoir atteint la vérité grâce à la
lumière jetée par Dieu dans son coeur. Al-Ghazali résume les doctrines
dominantes à son époque à quatre doctrines principales: la théologie
dogmatique, fondée sur la logique et la raison ; l'ésotérisme, fondé sur
l'initiation ; la philosophie, fondée sur la logique et la démonstration ;
le soufisme, fondé sur le dévoilement et le témoignage. De même, les
moyens de parvenir à la connaissance se ramènent à: les sens, la raison et
l'inspiration. Il finit par choisir le soufisme et l'inspiration et,
convaincu que l'unité du monde et de l'au-delà était difficile, voire
impossible, il prétexte un pèlerinage à la Mecque pour quitter Bagdad et
se rendre à Damas
(5).
Les influences soufis sont nombreuses et fortes dans la
vie d'al-Ghazali. Il vit à l'époque où le soufisme se propage: son père
était proche du soufisme, son tuteur est soufi, son frère le devient à un
âge précoce, ses maîtres penchent vers le soufisme, le ministre Nizam
al-Mulk est proche des soufis et al-Ghazali lui-même a étudié le soufisme.
Mais le soufisme n'est pas qu'un
savoir théorique étudié dans les livres ou enseigné par
des maîtres, c'est aussi une action, une pratique et un comportement, dont
les principes de base sont, notamment, le renoncement au monde d'ici-bas,
la solitude et l'errance. C'est ce que fait al-Ghazali qui, pendant près
de deux ans, mène une vie d'ermite entre Damas, Jérusalem et La Mecque.
C'est à cette époque qu'il commence à écrire le plus important de ses
livres, Ihya' `Ulum al-Din [Vivification des sciences de la foi] - qu'il
termine peut-être ultérieurement. Divisée en quatre parties, consacrées
respectivement aux pratiques du culte, aux coutumes sociales, aux vices
causes de perdition et aux vertus conduisant au salut, cette oeuvre
n'apporte rien de fondamentalement nouveau, mais on trouve dans ses quatre
volumes et ses quelque 1.500 pages l'essentiel de la pensée islamique
religieuse du Moyen Age, sous une forme à la fois exhaustive, claire et
simple qui explique la place unique qu'elle occupe dans l'histoire de la
pensée islamique.
Al-Ghazali regagne Bagdad en 1097/490 H et continue à
vivre comme un soufi dans le ribat
(6) d'Abou Saïd de Naysabur, qui se trouve en face de la
madrasa Nizamiyya. Il reprend pendant un certain temps l'enseignement,
qu'il consacre essentiellement à la d' Ihya' `Ulum al-Din [Vivification
des sciences de la foi], puis se rend à Tus, sa ville natale, où,
continuant à vivre en soufi et à écrire, il achève semble-t-il son oeuvre
majeure susmentionnée et produit d'autres ouvrages dont l'inspiration
mystique est manifeste (6).
En 1104/498 H, al-Ghazali reprend ses fonctions à la
madrasa Nizamiyya de Naysabur, à la demande du ministre seldjoukide Fakhr
al-Mulk, après quelque dix années d'absence. Il continue néanmoins à vivre
la vie des soufis et à écrire. En 503 H
(7), il quitte Naysabur et regagne à nouveau Tus, sa ville
natale, où il poursuit la vie de renoncement des soufis et
l'enseignement.
Près de sa maison, il fait construire un khangah (sorte
d'ermitage soufi) où il écrit à cette époque Minhaj Al-'Abidin [La voie de
la dévotion]
(8), qui semble être une description de sa vie et de celle de
ses élèves: renoncement au monde d'ici-bas, solitude et éducation de
l'âme. C'est ainsi qu'il coule le reste de ses jours, jusqu'à sa mort en
111/505 H.
La philosophie d'al-Ghazali
La philosophie d'al-Ghazali, comme la philosophie
islamique de manière générale, tourne essentiellement autour du concept de
Dieu et de ses rapports avec ses créations (le monde et l'homme). Certes,
al-Ghazali commence par suivre le courant de pensée islamique du fiqh et,
plus précisément, celui de la théologie dogmatique ash'arite, dans sa
description de l'identité et des attributs de Dieu, et des attributs de
Dieu, et le courant soufi dans la définition de la relation entre Dieu et
l'être humain, mais il va plus loin en proposant une idée neuve de
l'identité de Dieu, de ses attributs et de son action
(9).
Al-Ghazali est en accord avec les jurisconsultes et les
théologiens quant à l'unicité et l'éternité de Dieu, un dieu sans
substance ni forme, qui ne ressemble à aucune chose et auquel aucune chose
ne ressemble, un dieu omniprésent, omniscient et omnipotent, un dieu doué
de vie, de volonté, d'ouïe, de vue et de parole. Mais le dieu d'al-Ghazali
est différent en ce que l'univers et ses composantes, et les actes des
hommes, sont soumis à sa forte emprise et à son intervention directe et
constante, et que les concepts propres à la justice des hommes ne
sauraient lui être appliqués. Il diffère aussi par la prise en
considération du bien des créatures.
À l'instar de nombreux jurisconsultes et philosophes,
al-Ghazali distingue deux mondes, celui-ci, qui est éphémère, et l'autre
qui est éternel. Le premier, celui de l'existence matérielle, est une
existence provisoire, soumise à la volonté de Dieu ; il n'est pas régi par
un ensemble de lois scientifiques, qui sont en réalité une partie de ce
monde, mais dominé, régi et dirigé par l'intervention directe et constante
de Dieu (refus de la causalité). Dieu n'est pas seulement le créateur de
l'univers, de ses caractéristiques et de ses lois (ou cause de
l'existence), il est aussi la cause de tout événement qui y survient,
insignifiant ou important, passé, présent ou à venir
(10).
C'est dans cet univers que vit l'être humain, créature
faite d'une âme immortelle et d'un corps éphémère. L'être humain n'est ni
bon ni mauvais par nature, encore que sa disposition naturelle soit plus
proche du bien que du mal. Il se meut, en outre, dans un espace restreint,
où les contraintes l'emportent sur les possibilités de choix. Il est moins
fait pour le monde d'ici bas, où il souffre, que pour l'autre, auquel il
dois aspirer et vers lequel il doit faire tendre ses efforts
(11).
La société, formée d'êtres humains, n'est pas et ne
saurait être vertueuse pour al-Ghazali. C'est une société où le mal
l'emporte sur le bien, au point que l'être humain a plus intérêt à
l'éviter plutôt qu'à y vivre. La société ne peut aller qu'en empirant.
L'individu y a ses droits et ses devoirs, mais son existence est
insignifiant à côté de l'existence et de la puissance du groupe. C'est
aussi une société stratifiée, composée d'une élite pensante et dirigeante
et d'une masse, qui a entièrement abandonné son sort aux mains de cette
élite. Les questions de la religion et de la doctrine sont du ressort des
savants et les affaires de ce monde et de l'État sont aux mains des
dirigeants. Le peuple, lui, n'a qu'à obéir. Enfin, la société est
entièrement soumise à l'autorité de Dieu et à ses injonctions, son seul
but étant la religion et de donner aux êtres humains la possibilité de
vénérer Dieu
(12).
Conscience et savoir sont les traits distinctifs
majeurs de l'être humain, lequel puise sa connaissance à deux sources,
l'une humaine, qui lui permet de découvrir le monde matériel où il vit, au
moyen de ces outils limités que sont la perception et la raison, et
l'autre divine, qui lui permet de connaître le monde de l'au-delà, par la
révélation et l'inspiration. Ces deux types de connaissance ne sauraient
être mis sur un pied d'égalité, du point de vue de leur source comme de
leur méthode ou de leur degré de vérité. Le vrai savoir ne peut venir que
du dévoilement, une fois l'âme réformée et purifiée par l'éducation de
l'esprit et du corps, et en conséquence prête à enregistrer ce qui est
gravé dans la mémoire. Il s'agit d'un savoir dont le vecteur n'est ni la
parole ni l'écrit, un savoir qui investit l'âme dans la mesure où celle-ci
est pure et prête à le recevoir. Et plus l'âme acquiert ce savoir, plus
elle connaît Dieu et s'en rapproche, et plus le bonheur de l'être humain
est grand
(13).
Selon al-Ghazali, l'individu vertueux est celui qui
renonce à ce monde pour tendre vers l'au-delà, qui préfère la solitude à
la fréquentation de ses semblables, le dénuement à la richesse et la faim
à la satiété. C'est l'abandon à Dieu et non le goût du combat qui dicte
son comportement et il est plus enclin à faire preuve de patience que
d'agressivité
(14). Curieusement, au moment même où l'image de l'homme
vertueux commençait à évoluer en Europe, le « moine chevalier »
supplantant le moine errant, le vêtement de l'homme vertueux changeait
aussi dans l'Orient arabe, avec la différence que l'armure du cavalier
combattant laissait la place aux haillons du soufi. Et alors que Pierre
l'Ermite ameutait les masses européennes et les mobilisait pour les
croisades, al-Ghazali exhortait les Arabes à se soumettre aux souverains
et à se détourner de la société. C'est ainsi que le penseur et le
philosophe contribuent à façonner la société et à modifier le cours de
l'histoire.
Les buts et le principes de l'éducation
La philosophie de l'éducation d'al-Ghazali représente
l'apogée de la pensée éducative islamique, et s'y manifeste le penchant
évident d'al-Ghazali pour la conciliation et la synthèse des diverses
doctrines, en l'occurrence la synthèse des pensées éducative, juridique,
philosophique et mystique.
Al-Ghazali n'était pas, au premier chef, un «
philosophe de l'éducation » (bien qu'il ait enseigné au début de sa
vie) ; mais c'était un philosophe de la religion et de la morale. Après
avoir achevé d'édifier son système philosophique et avoir commencé à le
mettre en pratique, al-Ghazali s'est trouvé amené à s'intéresser à
l'éducation et à l'enseignement, tout comme cela avait été le cas pour les
grands philosophes qui l'avaient précédé.
La philosophie d'al-Ghazali exprime l'esprit de son
époque plus qu'elle ne répond à ses défis, et sa pensée en matière
d'éducation, à l'instar de sa philosophie, donne la préférence à la
continuité et à la stabilité plutôt qu'au changement et à
l'innovation.
Al-Ghazali attache une grande importance au processus
éducatif ; il considère que ce processus relève de la responsabilité
de la société, laquelle assigne cette tâche aux pères et aux maîtres. Car
l'enfant est confié aux parents, auxquels il incombe de l'élever et de
l'éduquer.
Pour al-Ghazali la société a pour fonction d'appliquer
la loi divine, la charia, et le but de l'être humain est d'atteindre le
bonheur auprès de Dieu. En conséquence, l'objectif de l'éducation est de
réformer l'être humain de telle sorte qu'il se conforme aux enseignements
de la religion et gagne ainsi son salut et son bonheur dans l'au-delà
éternel. Les autres objectifs terrestres - richesse, position sociale,
pouvoir, voire amour du savoir - sont des leurres car ils se rapportent au
monde d'ici-bas
(15).
L'être humain qui vient au monde est une page vierge ;
sa personnalité, ses caractéristiques et son comportement sont ensuite
façonnés par sa vie en société et ses rapports avec son environnement. La
famille où il naît lui apprend la langue, les coutumes, les traditions et
la religion, sans qu'il puisse en combattre l'influence, d'où la grande
responsabilité éducative
qui incombe aux parents. A eux revient le mérite de sa
droiture, ou la honte de ses erreurs. Ils sont coresponsables de tous ses
actes, avant que les enseignants ne viennent aussi assumer leur part de
responsabilité
(16).
Al-Ghazali insiste sur l'importance de l'enfance dans
la formation de l'individu. C'est au cours de cette phase que l'éducation
peut, si elle est bien menée, façonner une bonne personnalité et préparer
à une vie droite ou, si elle est mal conduite, vicier la personnalité de
l'enfant et rendre difficile son retour sur le droit chemin. Il faut donc
bien comprendre les caractéristiques de cette phase, afin que les échanges
avec l'enfant soient efficaces et salutaires
(17).
Il importe donc que les garçons aillent au maktab
(école primaire) à un âge précoce, lorsque l'apprentissage ressemble à la
gravure dans la pierre. Ceux qui sont chargés, à l'école, de l'éducation
du garçon doivent également connaître l'évolution de ses motivations et de
ses pôles d'intérêt d'une phase à l'autre: goût du mouvement, des jeux et
du divertissement, puis goût de la parure et des apparences (dans
l'enfance et l'adolescence), puis intérêt pour les femmes et la sexualité
(au moment de la puberté), puis goût de l'autorité et du pouvoir (après 20
ans) et, enfin, joie de la connaissance de Dieu (à l'approche de la
quarantaine). Il est bon que les éducateurs tirent parti de ces
changements pour susciter chez l'élève le désir d'aller à l'école: ils se
serviront par exemple du jeu de ballon, puis de la parure et des
vêtements, puis du pouvoir, puis de l'intérêt pour l'au-delà
(18).
Dans le cycle primaire, le garçon apprend le Coran et
les dits des compagnons du Prophète: il doit être préservé des poésies
érotiques et de la fréquentation des hommes de lettres, qui introduit les
germes de la corruption dans l'âme des garçons. L'école doit habituer le
jeune garçon à obéir à ses parents, à son maître et à ses aînés et à bien
se conduire avec ses camarades de classe. Elle doit lui apprendre à ne
jamais se vanter devant ses condisciples de la fortune de ses parents ou
de ce qu'il peut lui-même posséder (nourriture, vêtements, fournitures),
et l'habituer au contraire à la modestie, à la générosité et au tact. Il
doit être mis en garde contre les dangers inhérents à l'influence du
groupe sur sa personnalité, comme il faut lui conseiller de veiller à ce
que ses amis possèdent toujours les cinq qualités suivantes:
l'intelligence, la bonne moralité, la droiture, le désintéressement et la
franchise
(19).
L'éducation ne consiste pas simplement à former
l'esprit et à le remplir d'informations: elle doit englober tous les
aspects - intellectuel, religieux, moral et physique - de la personnalité
de l'apprenant. Elle ne s'arrête pas à l'enseignement théorique mais
s'étend à la pratique effective. Le véritable apprentissage est celui qui
agit sur le comportement, celui qui fait que l'apprenant met ce qu'il
apprend en pratique
(20).
Les responsables de l'éducation du garçon doivent
concentrer leur attention sur l'éducation religieuse en lui inculquant
d'abord les principes et les fondements de la religion. Quand il atteint
l'âge de sept ans, il doit être tenu de faire ses ablutions rituelles et
ses prières, ainsi que quelques jours de jeûne durant le mois de Ramadan
jusqu'à ce qu'il soit suffisamment fort pour accomplir le jeûne complet.
Il faut lui interdire de porter des vêtements de soie et des bijoux, que
la religion réprouve, et lui enseigner tous les interdits de la loi divine
qu'il est tenu de connaître. Il faut le mettre en garde contre le vol,
l'absorption de nourritures interdites, la perfidie, le mensonge, les
paroles obscènes et tous les défauts propres aux garçons. Le garçon n'est
naturellement pas encore en mesure, à cet âge, de comprendre parfaitement
ce qu'on lui apprend et ce qu'on l'oblige à pratiquer, et il n'y a rien
d'anormal à cela. La compréhension viendra plus tard. Al-Ghazali est
parfois plus soufi qu'éducateur, par exemple lorsqu'il conseille de couper
l'enfant du monde et de ses tentations, afin qu'il y renonce, et de
l'habituer à l'ascétisme, au dénuement et à la modestie
(21).
Mais l'éducateur reprend vite le dessus, lorsque
al-Ghazali estime que l'on doit autoriser le garçon, une fois sorti de
l'école, à pratiquer des jeux agréables qui le délassent des fatigues de
l'étude et l'affranchissent des contraintes qui lui sont imposées, sans
pour autant qu'il se fatigue en jouant ou se surmène. Lui interdire le jeu
et lui imposer d'apprendre sans répit ne peut qu'éteindre son coeur et
étouffer son intelligence, le remplir d'amertume et le dégoûter de l'étude
au point qu'il recourt à des subterfuges pour y échapper
(22).
Le garçon qui obéit à son éducateur fait montre
d'excellence morale et intellectuelle et progresse dans ses études, doit
être honoré et loué en public, à titre d'encouragement et afin que les
autres soient incités à l'imiter. Si le garçon commet une faute et en a
manifestement conscience, l'éducateur doit passer sous silence cette
erreur que l'enfant a reconnue et qu'il est résolu à ne plus commettre. En
cas de récidive, l'éducateur doit le réprimander en tête-à-tête, sans
excès. S'il arrive que le maître punisse l'élève en lui infligeant un
châtiment corporel, celui-ci doit être léger et inspiré par le souci
d'éduquer et non de faire mal
(23).
L'enseignant doit tenir compte des différences de
personnalité et de capacités des élèves et adapter son comportement en
conséquence. Il ne doit pas pousser l'élève au-delà de ses capacités ni
tenter de lui inculquer plus de savoir qu'il n'est à même d'assimiler,
faute de quoi il risque d'aboutir au contraire du résultat recherché. A
l'inverse, il ne doit pas empêcher l'élève intelligent de dépasser le
niveau de ses condisciples. S'il agissait autrement, il serait comme celui
qui nourrit un nouveau-né d'une viande qu'il ne peut ni absorber ni
digérer et dont il ne peut tirer profit, ou celui qui veut que l'adulte
dans la force de l'âge se nourrisse du lait maternel de son enfance.
Donner une alimentation appropriée, c'est faire vivre et gaver quelqu'un
d'aliments non appropriés, ne peut mener qu'à un désastre
(24).
Occulté par ses emprunts directs aux philosophes ou
leur influence (Ibn Maskawi, en particulier), al-Ghazali juriste et soufi
revient sur le devant de la scène lorsqu'il parle des principes généraux
de l'éducation, notamment des arts et de l'éducation artistique. Bien
qu'il commence par définir le beau et le bien comme la perception de
chaque chose dans sa globalité, il succombe vite au soufisme et condamne
l'écoute de la musique et du chant, non pour eux-mêmes mais parce qu'ils
sont associés aux lieux où l'on boit du vin. Ne trouvent grâce à ses yeux
que les chants religieux ou épiques ou ceux que l'on chante à l'occasion
de réjouissances licites (fêtes, banquets, etc.), car elles divertissent
l'esprit, réconfortent le coeur et aident à continuer d'oeuvrer pour ce
monde et pour l'au-delà. Mais musique et chants sont comme des
médicaments, il faut en user avec modération et ne pas dépasser la dose
prescrite.
Il en va de même pour la danse, qu'il est licite de
pratiquer ou de regarder dans l'espace qui lui est propre, si tant est
qu'elle n'éveille pas le désir et n'incite pas au péché.
Al-Ghazali condamne catégoriquement la peinture et le
dessin, faisant en cela sienne la réprobation des jurisconsultes, ceux du
début de l'islam en particulier, à l'égard de la représentation des êtres
humains et des animaux, considérée comme liée au culte des idoles et des
icônes. Aussi préconise-t-il de supprimer les images ou de les altérer et
conseille-t-il de ne pas avoir pour métier la gravure, l'orfèvrerie et
l'ornementation.
Quant à la poésie, al-Ghazali conseille de ne pas
perdre son temps à cette activité, bien que ni sa composition ni sa
récitation ne soient interdites.
Al-Ghazali adopte donc une attitude sévère, qui est
celle des jurisconsultes les plus rigoristes. Il divise les arts en ceux
qui sont licites, ceux qui sont répréhensibles et ceux qui sont interdits,
jugeant licite ce qui a rapport à la religion ou suscite la ferveur
religieuse et tendant à considérer comme répréhensible ou interdit, ce qui
vise à divertir ou distraire. Au fond, peu importe, car al-Ghazali fait
peu de cas des arts et de l'éducation artistique, encore qu'il serait
injuste de faire abstraction des critères et idées de son époque pour le
juger à la seule aune de nos critères et de nos concepts
(25).
Al-Ghazali préconise le mariage dès l'apparition des
pulsions sexuelles et la maturité, mais il insiste aussi sur le fait que
le mariage et la création d'une famille constituent une lourde
responsabilité, que l'on ne saurait assumer sans s'y être préparé. À celui
qui ne peut se marier, al-Ghazali conseille de s'efforcer de policer et de
maîtriser son âme et de dompter ses désirs par le jeûne et les exercices
spirituels
(26).
Le concept de la science et les méthodes de
l'enseignement
Avec l'émergence de la religion nouvelle (l'islam) et
de la civilisation qui l'a accompagnée est apparue toute une série de
disciplines d'ordre religieux et linguistique dont l'objet était le Coran,
les hadith, le fiqh, la langue, les hauts faits et les campagnes
militaires du Prophète, etc., ce que l'on a appelé les « sciences
des Arabes ». Avec l'essor de la civilisation arabo-islamique, ses
contacts et son interaction avec les autres civilisations et ses emprunts
à celles-ci, est apparu un autre ensemble de disciplines - médecine,
astronomie, chimie, mathématiques, philosophie ou logique - que l'on a
appelé « sciences des étrangers ». De ces sciences, originales ou
empruntées, est né et s'est rapidement développé un mouvement scientifique
florissant, vite perturbé cependant par le conflit entre les sciences
religieuses et les sciences de la philosophie et de la nature, entre les
jurisconsultes et les philosophes. Al-Ghazali, et son ouvrage Tahafut
al-Falasifa [
L'incohérence des philosophes], ont constitué un élément de ce
conflit, qui s'est achevé par la victoire des jurisconsultes (et du
soufisme) sur les philosophes et les savants. Mais les sciences
religieuses sont sorties de ce combat exsangues, épuisées, d'autant
qu'elles avaient dû fermer la porte à tout effort d'interprétation et
instaurer le primat de l'imitation. C'est ainsi que la civilisation et la
science arabes sortirent de l'ère de la création, de l'innovation et de
l'imagination pour entrer dans celle de la reproduction, de l'imitation et
de la compilation.
Al-Ghazali, en tant que savant et en tant
qu'enseignant, s'est intéressé à la problématique de la science : à ses
concepts, à ses méthodes, à sa taxinomie et à ses objectifs
(27). La seule science vraie est pour lui la connaissance de
Dieu, de ses livres et de ses messagers, du royaume de la terre et des
cieux et de la loi de son Prophète, donc une « science
religieuse », même si elle comprend l'étude de quelques aspects du monde
d'ici-bas. Quant aux sciences profanes - la médecine, l'arithmétique, etc.
- ce ne sont que des techniques (sina'a)
(28). La science a pour but d'aider l'être humain à réaliser sa
plénitude et à parvenir au bonheur véritable - le bonheur dans l'au-delà -
en se rapprochant de Dieu jusqu'à voir son visage
(29). L'intérêt de la science réside dans ses bienfaits et sa
véridicité, si bien que les sciences religieuses sont supérieures aux
sciences profanes, parce qu'elles servent à réussir la vie éternelle et
non la vie terrestre éphémère, et parce qu'elles sont plus véridiques. Il
ne faut pas en déduire qu'il faille ignorer entièrement les sciences
profanes, qui ont aussi leur utilité, dans la mesure où la société en a
besoin. C'est le cas de la médecine et des sciences du langage par exemple
(30).
Les philosophes et les savants musulmans - al-Kindi,
al-Farabi, Ibn al-Nadim, Ibn Sina (Avicenne) et d'autres - avaient la
passion du classement des sciences, subissant en cela l'influence des
philosophes grecs, Aristote en particulier, mais la classification
d'al-Ghazali est plus élaborée. Il distingue les sciences selon leur
« nature », les divisant en sciences théoriques (théologie et
sciences de la religion) et sciences pratiques (morale, économie
domestique, politique)
(31). Il distingue aussi les sciences selon leur « origine
», les divisant en sciences doctrinales, empruntées aux prophètes (unicité
de Dieu, exégèse, rites, traditions, morale), et sciences rationnelles,
produites par l'esprit humain (mathématiques, sciences médicales,
théologie, etc.)
(32).
Au yeux d'al-Ghazali, il n'y a pas de contradiction
entre les sciences doctrinales et les sciences rationnelles, en ce sens
que les divergences que certains décèlent entre les prescriptions de la
Loi divine et les exigences de la raison sont dues selon lui au fait que
celui qui cherche n'est pas capable de parvenir à la vérité ou a une
mauvaise compréhension de la réalité de la Loi divine ou du jugement de la
raison. En fait, les deux types de sciences se complètent et l'on ne
saurait se contenter de l'une ou de l'autre uniquement. Le problème tient
essentiellement au fait qu'il est dans la plupart des cas difficile, voire
impossible, de les étudier et de les comprendre ensemble. Il s'agit de
deux voies différentes, et qui s'intéresse à l'une ne peut que négliger
l'autre
(33). Al-Ghazali classe enfin les sciences selon leur
« finalité » (le but de la science), les divisant en sciences des
rapports sociaux (régissant le comportement des êtres humains et leurs
actes - les sciences des rites et des traditions) et sciences du
dévoilement (ayant pour but d'appréhender la réalité des choses et leur
essence), qui sont abstraites et ne peuvent être qu'un dévoilement, une
lumière qui jaillit dans le coeur quand celui-ci est purifié, sciences que
ni la parole ni l'écrit ne peuvent transmettre. Tel est le savoir suprême,
la forme la plus vraie de la connaissance
(34).
Le XIe siècle de l'ère chrétienne (Ve siècle de
l'Hégire) a vu le triomphe des sciences de la religion sur la philosophie
et les sciences de la nature, et les violents assauts d'al-Ghazali contre
la philosophie ont été un des facteurs de l'affaiblissement de celle-ci
dans l'Orient islamique. Al-Ghazali distingue six branches dans le savoir
des philosophes: mathématiques, logique, sciences naturelles,
métaphysique, politique et morale. Ni les mathématiques, ni la logique ni
les sciences naturelles ne sont incompatibles avec la religion ; aussi
leur étude est-elle licite, si tant est que celui qui les étudie
s'abstient de passer ensuite à la métaphysique et autres disciplines
nuisibles. La métaphysique, quant à elle, est le savoir le plus dangereux,
le plus incompatible avec la religion. La politique et la morale, enfin,
ne sont pas incompatibles avec les sciences et les préceptes de la
religion, le problème étant, là encore, que celui qui les étudie s'engage
sur la pente glissante qui mène à l'étude d'autres savoirs réprouvés
(35).
Curieusement, les attaques d'al-Ghazali contre la
philosophie et les sciences de la nature, et sa contribution au déclin de
ces dernières, ne l'ont pas empêché d'être aussi à l'origine de leur
retour en tant que disciplines d'enseignement à Al-Azhar à la fin du XIXe
siècle, en ce sens que le cheikh de cette université, Mohamed Al-Anbabi
(1305 H/1878) a excipé de l'analyse d'al-Ghazali selon laquelle les
sciences naturelles ne sont pas en contradiction avec la religion, ce qui
rend leur enseignement licite
(36).
Dans le monde islamique, le système éducatif comportait
deux niveaux bien distincts, le primaire et le supérieur, et l'on aurait
grand-peine à distinguer un niveau intermédiaire.
L'enseignement primaire était dispensé dans les écoles
en ce qui concerne la masse ou par des précepteurs dans le cas de l'élite,
alors que l'enseignement supérieur avait pour cadre les divers
établissements d'études islamiques (mosquées, madaris, maisons de la
science et de la sagesse, ermitages soufis, confréries, hospices, etc.).
Dans le primaire, le programme avait un caractère religieux très prononcé,
et portait essentiellement sur l'étude du Coran et des préceptes de la
religion, l'apprentissage de la lecture et de l'écriture, ainsi que,
parfois, des éléments de poésie et de grammaire, des récits et du calcul,
une certaine importance étant aussi accordée à l'éducation morale.
Dans le supérieur, le programme d'enseignement était,
au début de l'islam, exclusivement religieux et portait sur l'exégèse, les
hadith, le fiqh, le kalam et tout ce qui peut aider à assimiler ces
savoirs, comme la linguistique, la littérature et la poésie, ainsi que sur
des branches de la connaissance qui sont développées en marge des sciences
religieuses, comme les récits, les campagnes militaires du prophète et
l'histoire. Le développement de la civilisation islamique et
l'assimilation par celle-ci de la science grecque ont donné naissance, à
côté du programme d'enseignement islamique, à un nouveau programme
d'enseignement où l'on étudiait la philosophie et les sciences de la
nature (mathématiques, logique, médecine, astronomie, sciences naturelles,
etc.). La synthèse de ces deux ensembles de savoirs n'était guère aisée,
et rares étaient les étudiants et les savants capables de la réaliser. Du
fait du déclin de la philosophie et des sciences naturelles, et de la
virulence des attaques menées contre elles, ces disciplines ont peu à peu
disparu des programmes d'enseignement à partir du XIXe siècle de l'ère
chrétienne (Ve siècle de l'Hégire) et n'ont retrouvé leur droit de cité
qu'au début du XIXe siècle, mais essentiellement dans des établissements
scientifiques indépendants
Il convient de préciser que dans la civilisation
arabo-islamique, les méthodes d'enseignement, loin d'être immuables et
rigides, étaient caractérisées par la souplesse et par la liberté qu'avait
l'élève de choisir les matières qu'il voulait étudier et les maîtres avec
lesquels il allait les étudier.
Al-Ghazali définit deux ensembles bien distincts dans
les programmes d'enseignement: d'une part, les sciences obligatoires, que
tout le monde est tenu d'étudier, à savoir les sciences de la religion et
les sciences complémentaires ou connexes comme la langue et la
littérature, et, d'autre part, les sciences facultatives, dont l'étude est
fonction des goûts et des capacités de l'élève. Ces dernières se divisent
à leur tour en deux groupes : d'une part, les sciences révélées, au nombre
de quatre, à savoir: les sources (le Livre, la sunna, le consensus (ijma)
et les enseignements des compagnons du Prophète) ; le droit appliqué
(jurisprudence et morale) ; les moyens (linguistique et grammaire) ;
et les accessoires (lecture, exégèse, principes de la jurisprudence,
chronique et généalogie) ; et d'autre part les sciences non révélées
(médecine, mathématiques, poésie et histoire)
(37).
Dans le choix des matières d'enseignement, le critère
déterminant doit être l'utilité pour l'élève et la société, d'où la
préférence donnée aux matières religieuses, qui aident à réussir la vie
éternelle du Ciel, celle de l'au-delà, et non celle, éphémère,
d'ici-bas.
Al-Ghazali précise sa conception du contenu et des
méthodes de l'enseignement lorsqu'il répartit comme suit les matières
entre lesquelles les étudiants ont à choisir:
- Les savoirs louables en petite comme en grande quantité (connaissance
de Dieu, de Ses attributs, de Ses actes, de la Loi qu'Il a donnée à Sa
création et de Sa sagesse qui lui a fait donner la primauté de l'autre
monde sur le monde d'ici-bas).
- Les savoirs condamnables en petite comme en grande quantité
(sorcellerie, magie, astrologie).
- Les savoirs louables dans une certaine mesure (tafsir, hadith, fiqh,
kalam, linguistique, grammaire, etc.)
(38).
Il conseille de commencer par les sciences
fondamentales: Coran, puis sunna, puis tafsir (exégèse) et les études
coraniques. Viennent ensuite les sciences appliquées: fiqh
(jurisprudence), puis les sources du fiqh, etc.
(39).
Al-Ghazali distingue ensuite dans chaque science trois
niveaux, élémentaire, moyen et avancé (primaire, intermédiaire et
supérieur), et précise les ouvrages qui peuvent être étudiés à chacun de
ces niveaux et pour chacune des matières enseignées.
Telle que la conçoit al-Ghazali, l'éducation n'est pas
un simple processus par lequel l'enseignant transmet à l'élève des
connaissances que ce dernier assimile ou non, sans aller plus loin. Il
s'agit au contraire d'une « interaction » qui a des effets sur le
maître comme sur l'élève, et leur est profitable à l'un comme à l'autre,
le premier en étant récompensé de la bonne action qu'il accomplit en
éduquant autrui et le second en acquérant des connaissances.
Al-Ghazali attache une extrême importance au climat
dans lequel se déroule le processus éducatif et à la qualité des relations
qui doivent s'y établir, ce en quoi il continue et approfondit la
tradition éducative islamique. Il voit dans l'enseignant un exemple, un
modèle, et non un simple porteur ou transmetteur de savoir. Le travail du
maître, loin de se limiter à l'enseignement d'une matière déterminée,
embrasse tous les aspects de la personnalité et de la vie de l'élève, et
ce dernier a le devoir de considérer le maître comme un père auquel il
doit obéissance et respect
(40).
Entre autres principes qui régissent le processus
éducatif, al-Ghazali insiste sur le lien entre l'enseignement et les
situations concrètes, et le besoin d'informations et de compétences, un
savoir ou savoir-faire ne devant être enseigné que si le besoin s'en fait
sentir, afin qu'il réponde à une demande et soit fonctionnel
(41) ; l'idée que l'enseignement ne peut avoir de véritable
impact que s'il passe par la pratique effective, puisqu'il a pour but de
créer des habitudes comportementales et non pas simplement d'inculquer un
savoir
(42) ; une conception proche de celle de la « perfection
dans l'apprentissage », al-Ghazali recommandant au maître de ne pas passer
d'un sujet à un autre ou d'une matière à une autre avant que l'élève ne
maîtrise parfaitement le premier sujet ou la première matière: l'idée de
« complémentarité des sciences », le maître se voyant conseiller de
prêter attention aux relations entre les sciences ; enfin, l'idée de
progressivité et de patience dans l'enseignement
(43).
En matière d'éducation religieuse, al-Ghazali préconise
l'initiation précoce aux préceptes de la religion par la dictée, la
mémorisation et l'imitation (mémorisation et pratique), sans qu'il soit
besoin, au début, de compréhension. Vient ensuite l'étape d'explication,
de compréhension et de pratique consciente
(44). Là encore, al-Ghazali reste fidèle à la tradition
éducative islamique, qui commence par la mémorisation du Coran sans que
celui-ci soit expliqué, l'inculcation des préceptes de la religion avant
que ceux-ci ne soient clarifiés et la mise en pratique avant que celle-ci
ne soit le fruit de la conviction.
Savants, enseignants et élèves
Avec l'évolution de la société islamique, la nature et
le rôle de l'élite éduquée ont beaucoup changé. Au départ, celle-ci était
essentiellement constituée de « jurisconsultes » (savants de la
religion), puis sont apparus les « gens de lettres » et les
« philosophes », puis les « soufis ».
Chacun de ces groupes représentait une catégorie
déterminée des classes dirigeantes. À certains moments, elles coexistaient
et, à d'autres, elles entraient dans de violents et sanglants conflits,
chacune défendant ses principes ou ses intérêts. Ces conflits, qui ont
contribué à façonner la société et la civilisation islamiques, se sont
conclus au XIe siècle par la victoire de l'alliance des jurisconsultes et
des soufis sur les philosophes et les savants. Cet état de choses a duré
jusqu'au XVIIIe siècle, lorsqu'est apparue une nouvelle élite
intellectuelle, celle des nouveaux « savants », laïcs et de formation
scientifique occidentale, qui se sont imposés au cours des XIXe et XXe
siècles.
La question de l'élite savante a beaucoup occupé
al-Ghazali. Il y a sans doute dans ses réflexions sur cette question et sa
critique des savants de son époque une part d'autocritique, dans la mesure
où il s'est lui-même jeté dans les batailles politiques et intellectuelles
et a recherché la célébrité et les honneurs puis, après une crise
spirituelle, a renoncé à ce qu'il possédait de biens et d'influence pour
se réfugier dans la solitude et l'ascétisme.
Al-Ghazali illustre l'orientation islamique
traditionnelle lorsqu'il insiste sur l'importance dans la société du
savant (héritier des prophètes), dont il définit comme suit les fonctions
et le rôle: chercher à atteindre la vérité ; cultiver la vie intérieure et
agir conformément au savoir acquis ; propager la vérité et l'enseigner à
autrui sans envie ni crainte
(45).
« Qui apprend, agit et enseigne sera puissant dans
le royaume des cieux car, il est semblable au soleil, dont l'éclair
illumine le reste de l'univers, ou pareil au musc, qui embaume tout ce qui
l'entoure ; Celui qui entreprend d'enseigner assume une tâche considérable
et lourde de conséquences, et ne doit jamais perdre de vue les règles à
observer dans son comportement et dans ses fonctions
(46). »
Le savant qui n'utilise pas son savoir et s'abstient de
le diffuser doit être sanctionné
(47). La valeur des savants est fonction de la valeur de leur
science. En conséquence, les sciences de la religion sont plus importantes
que les sciences du monde d'ici-bas, et le fiqh (jurisprudence) a
préséance sur la médecine, qui est elle-même plus honorable que la
sorcellerie, tandis que les sciences du dévoilement sont plus importantes
que les sciences des rapports sociaux, etc.
Al-Ghazali critique les savants de son époque et
s'autocritique, insistant en particulier sur leur recherche de la richesse
et de l'influence, leur goût pour la fréquentation des allées du pouvoir,
leur incapacité à suivre leur propre enseignement, l'intérêt qu'ils
portent aux sciences traditionnelles (le fiqh, par exemple) , qui leur
facilitent l'accès aux postes de haut rang, et leur manque d'intérêt pour
les sciences utiles (comme la médecine)
(48).
Certes, al-Ghazali place les soufis au-dessus des ulama
(fuqha et philosophes), mais ceux-ci n'échappent pas pour autant à ses
critiques et à ses attaques. À son avis, la majorité des soufis s'est
écartée des principes fondamentaux du soufisme et n'aspirent qu'au
prestige social que celui-ci confère
(49).
Al-Ghazali aborde aussi deux questions importantes: la
relation des savants avec les masses et leur relation avec le pouvoir. La
fonction du savant est de chercher la vérité et de la répandre dans la
population - enseigner est pour lui une obligation. Al-Ghazali est très
proche de l'idée de « société qui apprend et enseigne » car pour lui
l'enseignement n'incombe pas aux seuls savants et enseignants: toute
personne qui apprend quelque chose a le devoir de l'enseigner à autrui
(50).
Cela ne veut pas dire que le savant ou l'enseignant
doivent enseigner n'importe quoi à n'importe qui. Le savant doit tenir
compte des différences entre le commun et l'élite, entre les savoirs
licites et ceux qu'il faut « celer à ceux qui ne peuvent les
comprendre ». Le savant est même tenu de taire les vérités qui, si elles
sont divulguées, risquent de nuire à autrui ou de jeter des doutes sur sa
propre foi ou sa raison. Al-Ghazali a effectivement appliqué ces
préceptes, qu'il évoque dans bon nombre de ses ouvrages, en particulier
dans l'ouvrage intitulé Ihya' `Ulum al-Din [ Vivification des sciences de
la foi]. Cette position s'explique peut-être aussi par l'oppression et le
terrorisme intellectuel qui sévissaient à cette époque, conduisant à tuer
certains penseurs et à brûler leurs écrits
(51).
C'est à cette époque aussi que s'est posé clairement
l'éternel problème du rapport entre les savants et le pouvoir. Celui-ci
avait besoin des savants pour conférer une légitimité à son autorité, à
ses actes et à sa domination sur les masses, et les savants étaient avides
de postes, d'influence et de richesses, d'où la naissance d'un mode de
coexistence entre les deux, fondé sur l'intérêt mutuel. Al-Ghazali a
lui-même bien illustré cette situation, contre laquelle il s'est ensuite
rebellé.
En réaction à ce qu'il a pratiqué et vécu, al-Ghazali
insiste sur la nécessité pour le savant de pratiquer l'ascèse et de fuir
les princes et leur pouvoir, afin de faire contrepoids à la force du
pouvoir et à la corruption de la société. N'étaient les juges iniques et
les savants dévoyés, les souverains seraient moins corrompus, par crainte
de la réprobation
(52). Afin de conserver sa liberté de jugement, le savant a
tout intérêt à ne fréquenter en aucune manière les maîtres du pouvoir, à
ne pas leur rendre visite, à s'abstenir de travailler pour eux, même pour
leur dispenser un enseignement, à eux ou à leurs enfants, et à n'accepter
d'eux ni rémunération ni biens, car le plus gros de leur richesse a sa
source dans le péché. Mais les nécessités de la vie en société obligent
les savants à se mettre à leur service et, partant, à accepter l'argent de
l'État. Il est donc licite qu'ils soient rémunérés par le Trésor public
(53).
Aux premiers temps de l'islam, il existait une
catégorie de muallimin (maîtres) qui apprenaient aux jeunes à lire et à
écrire dans des makatib (écoles), tandis que les plus âgés des compagnons
du Prophète, les fuqaha - lettrés, narrateurs de la tradition du Prophète,
les traditionalistes et les jurisconsultes - enseignaient aux adultes dans
les mosquées. À l'époque des Omeyyades, sont apparus les muallimin
(éducateurs), qui enseignaient à demeure aux enfants de l'élite. Ces
précepteurs ont vu leur nombre et leur influence croître sous les
Abbassides, en même temps qu'apparaissait et se développait la catégorie
des mudarrisin (professeurs de l'enseignement supérieur, chargés de la
recherche scientifique et de l'enseignement universitaire), et
qu'augmentait aussi le nombre des établissements scientifiques spécialisés
(madaris, etc.).
Les maîtres et les enseignants avaient un certain
prestige dans la civilisation islamique, en raison du caractère religieux
de l'enseignement et de la recherche du savoir directement auprès du
maître. Cela dit, la situation sociale des maîtres des écoles n'était
semble-t-il guère reluisante, contrairement à celle des cheikhs et des
savants, d'où un souci évident dans la société islamique d'instituer des
règles régissant le travail des maîtres
(54).
Al-Ghazali considère que la quête du savoir est un
devoir envers Dieu et que l'enseignement une obligation séculière et
religieuse, et, en vérité, la plus enviable des professions. La société
d'ailleurs ne saurait se passer des maîtres. L'influence du soufisme est
ici manifeste, surtout dans l'exigence de présence du maître (cheikh,
professeur) et les qualités requises de celui-ci, à savoir, entre autres,
la science, le renoncement au monde, la bonté de l'âme, la piété, la
modestie, la moralité, etc.
(56). Al-Ghazali propose un « code professionnel d'éthique
» pour le maître qui doit mettre en pratique ce qu'il enseigne et donner
l'exemple à ses élèves et à l'ensemble de la population
(57): « Ô Mon fils ! Que de nuits tu as passées en études,
te privant de sommeil ; je ne sais quel était ton but. Si c'était pour ce
bas monde, pour ses biens, pour ses dignités et pour t'en vanter devant
tes égaux et tes semblables, alors malheur à toi, oui malheur à toi! Mais
si ton intention était de vivifier la loi sacrée du Prophète, de former
ton caractère, de surmonter tes bas instincts, alors bénis sois.tu, oui,
sois béni »
(58).
C'est en ces termes éloquents qu'al-Ghazali définit
l'objectif de l'étude et de l'apprentissage. Il conseille ensuite à
l'élève (celui de l'enseignement supérieur en particulier) d'organiser son
temps en divisant sa journée en cinq périodes, comme suit: de l'aube au
lever du soleil, invocation de Dieu, récitation du Coran et exercices
spirituels ; du lever du soleil au milieu de la matinée,
enseignement ou méditation ; du milieu de la matinée au milieu de
l'après-midi, commentaire et copie (entrecoupées d'une courte sieste) ; du
milieu à la fin de l'après-midi, exégèse et hadith ou activités analogues
; de la fin de l'après-midi à la tombée de la nuit participation à des
assemblées de la science ou invocation, louanges à Dieu et imploration de
son pardon jusqu'à la tombée de la nuit. Quant à la nuit, elle est divisée
en trois parties: la première est consacrée à l'étude et à la composition,
la deuxième à la prière et la troisième au sommeil
(59). Il semble que ce fût là le régime qu'al-Ghazali
s'imposait à lui-même et imposait à ses élèves vers la fin de sa vie.
Enfin, al-Ghazali propose un « code d'éthique »
auquel doit se conformer l'élève:
- Se purifier avant d'entreprendre la quête du savoir.
- Renoncer au monde et se détacher de la famille et du foyer pour se
consacrer à la quête du savoir, avec pour finalité l'autre monde.
- Respecter les droits de l'enseignant et avoir avec lui un comportement
correct.
- Éviter - surtout au début de la quête du savoir - de prêter attention
aux controverses doctrinales.
- Maîtriser les éléments fondamentaux des sciences louables
(linguistique, tafsir, hadith, fiqh et kalam), puis se spécialiser dans
une ou plusieurs d'entre elles afin de les approfondir.
- Bien choisir des disciplines de spécialisation utiles, en particulier
celles qui conduisent au salut dans l'autre monde.
- Étudier à fond une science avant de passer à une autre, et respecter
l'enchaînement et la complémentarité des sciences.
- Donner pour objectif à la quête du savoir l'éducation et la plénitude
de l'âme dans le monde d'ici-bas et la proximité de Dieu dans l'au-delà,
et non les honneurs, la richesse ou la célébrité
(60).
Tous ces préceptes ont un caractère soufi évident et
représentent bien la pensée d'al-Ghazali dans les dernières années de sa
vie, mais ils ne s'appliquent qu'à l'éducation des garçons, les filles
faisant l'objet d'un traitement spécial, comme du reste chez les autres
philosophes de l'éducation islamique. L'islam a, certes, eu le souci
d'améliorer la condition sociale des femmes et leur éducation, mais les
hadith tardifs et les principes sociaux et éducatifs énoncés sur la base
de ces hadith ont détérioré leur situation.
Al-Ghazali illustre bien cette vision négative des
femmes, des relations avec elles et de leur éducation. Il considère
qu'elles ont pour caractéristiques une moralité douteuse et une
intelligence limitée, et qu'il y en a très peu de vertueuses. La femme est
inférieure à l'homme, et elle doit obéir à ce dernier et rester au foyer
(61). Bien qu'il estime que les filles ont le droit d'exiger de
leurs parents, et les épouses de leur mari, une éducation, celle-ci est
très limitée, puisqu'il suffit que la femme apprenne les principes de la
religion et il ne convient pas qu'elle étudie davantage ou qu'elle sorte
du foyer - sinon avec l'autorisation de son mari - pour acquérir un
savoir, du moment que son mari remplit son devoir de l'éduquer. Si le mari
ne s'acquitte pas de cette obligation, la femme a le droit de suivre un
enseignement hors du foyer, et son époux ne peut l'en empêcher
(62).
Le discours d'al-Ghazali est un processus de réforme de
l'âme, qui vise davantage à préparer l'être humain à la vie dans l'autre
monde éternel qu'à le former pour la vie dans ce monde éphémère. C'est une
éducation religieuse faite davantage d'éléments de soufisme, tourné vers
Dieu, que de principes pédagogiques au service de l'être humain. Le savoir
y est d'abord religieux. Le savant et l'enseignant s'y apparentent au
cheikh soufi, et l'apprenant au novice soufi. Le discours d'al-Ghazali sur
l'éducation puise à des sources multiples et diverses, et s'inspire aussi
bien d'Ibn Miskawayh et des Ikhwan al-Safas (Frères de la Pureté) que des
jurisconsultes. Rassemblant des apports différents, voire contradictoires,
ses écrits relèvent à la fois de la jurisprudence, de la philosophie et du
soufisme, encore que le caractère soufi y soit prédominant.
L'influence d'al-Ghazali
Al-Ghazali est mort à l'âge de cinquante-cinq ans,
après une vie qu'on peut estimer courte si l'on considère l'ampleur, la
richesse et l'influence de son oeuvre. Il est permis de dire qu'il a été
un des plus grands penseurs musulmans, un de ceux qui ont laissé
l'empreinte la plus profonde, méritant ainsi le surnom de
« rénovateur du Ve siècle de l'Hégire ». La grande influence qu'a eue
al-Ghazali peut-être attribuée à plusieurs éléments, à savoir:
La profondeur, la force et l'étendue de sa pensée,
consignée dans plus de cinquante ouvrages, dont les plus importants sont
Ihya'
`Ulum al-Din [Vivification des sciences de la foi],
Tahafut al-Falasifa [L'incohérence des philosophes] et
Al-Munquidh min al-Dalal [Erreur et délivrance], ouvrages que l'on
continue aujourd'hui à étudier;
Ses vues étaient en accord avec son époque et son
milieu, reflétant cette époque sans doute plus qu'elles ne répondaient à
ses besoins et à ses exigences, et constituant un élément de continuité et
d'ordre plus qu'un facteur de renouveau et de changement;
Après lui, la société et la pensée islamiques sont
ensuite entrées dans une longue ère de sclérose et de décadence, où les
grands penseurs se sont faits rares, ce qui explique que la pensée
d'al-Ghazali soit restée vivante et influente.
L'influence d'al-Ghazali sur la pensée islamique peut
être ramenée aux éléments ci-après:
- Retour du « principe de crainte » dans la pensée
religieuse, et insistance sur l'existence du Créateur siégeant au centre
de l'existence humaine et régissant directement et constamment le cours
des choses (après que les soufis eurent défait le « principe d'amour
»);
- Introduction de certains principes de logique et de philosophie
(nonobstant les attaques d'al-Ghazali contre ces disciplines) dans la
jurisprudence et la théologie dogmatique;
- Réconciliation entre la « charia » et le soufisme (entre les
jurisconsultes et des soufis) et multiplication des confréries
soufies;
- Défense de l'islam sunnite contre la philosophie et le chiisme;
- Affaiblissement de la philosophie et des sciences de la nature.
L'influence d'al-Ghazali s'est étendue au-delà du monde
islamique pour s'exercer jusque sur la pensée européenne chrétienne. À la
fin du XIe siècle et surtout au XIIe siècle de l'ère chrétienne, de
nombreuses oeuvres arabes, de mathématiques, d'astronomie, de sciences
naturelles, de chimie, de médecine, de philosophie et de théologie ont été
traduites en latin, dont certaines oeuvres d'al-Ghazali, notamment, Ihya'
`Ulum al-Din [Vivification des sciences de la foi], Maqasid al-Falasifa
[Les intentions des philosophes ] (que d'aucuns ont prise par erreur pour
un exposé de la pensée d'al-Ghazali alors qu'il s'agissait d'une
récapitulation des principes philosophiques en cours à l'époque), Tahafut
al-Falasifa [ L'incohérence des philosophes] etMizan al-'Amal [critère de
l'action]. En outre, un certain nombre de savants européens connaissaient
l'arabe et ont pu prendre directement connaissance des vues d'al-Ghazali,
l'influence est très nettement perceptible chez de nombreux philosophes et
savants du Moyen Âge et du début de l'ère moderne, particulièrement chez
Thomas d'Aquin, Dante et David Hume. Thomas d'Aquin (1225-1274), dans sa
Summa Theologiae [Somme théologique] doit beaucoup à al-Ghazli (notamment
- à la Ihya' `Ulum al-Din [Vivification des sciences de la foi] , à
Kimiya-yi Sa'adat [L'alchimie du bonheur] Ar-Risala al-Laduniyya [«
La sagesse chez les créatures de Dieu » et au « Message divin
». Les écrits de Dante (1265-1321) révèlent clairement le pouvoir
islamique d' al-Ghazali et de Risalat al-Ghufran [Épître du pardon ]
d'al-Maari. Et al-Ghazali a également exercé une influence sur Pascal
(1623-1662), surtout en donnant la primauté à l'intuition sur la raison et
les sens, et cette influence se fait sentir chez Hume (1711-1772), dans sa
réfutation de la causalité.
Il semble qu'al-Ghazali ait exercé une influence plus
profonde sur la pensée juive que sur la théologie et la pensée
chrétiennes. Nombreux en effet étaient les savants juifs du Moyen Age qui
connaissaient parfaitement la langue arabe, et certaines oeuvres
d'al-Ghazali ont été traduites en hébreu. Son livre Mizan al-'Amal
[Critère de l'action], en particulier, a trouvé un public chez les juifs
du Moyen Âge: il a été plusieurs fois traduit en hébreu, et même adapté,
les versets du Coran étant remplacés par les mots de la Torah. Un des
grands penseurs juifs qui ont subi l'influence d'al-Ghazali a été
Maïmonide (en arabe: Musa Ibn Maimun ; en hébreu: Moshe ben Maimom
[1135-1204], cette influence étant manifeste dans son Dalalat al Ha'irin
[Guide des égarés ], rédigé en arabe, l'une des oeuvres les plus
importantes de la théologie juive médiévale
(63).
Les écrits d'al-Ghazali sur l'éducation représentent
l'apogée de la pensée éducative dans la civilisation islamique. La
conception de l'éducation qu'il a élaborée peut être considérée comme la
construction la plus achevée dans ce domaine, définissant clairement les
buts de l'éducation, traçant la route à suivre et exposant les moyens de
parvenir au but recherché. Al-Ghazali a exercé une influence évidente sur
la pensée éducative islamique du Vie au XIIIe siècle de l'Hégire (du XIIe
au XIXe siècle de l'ère chrétienne). On peut presque dire qu'à de rares
exceptions près, les praticiens et les théoriciens de l'éducation n'ont
rien fait d'autre que copier al-Ghazali et résumer ses vues et ses écrits.
Il suffit pour le vérifier d'examiner quelques grands ouvrages consacrés à
l'éducation qui sont parvenus jusqu'à nous:
- L'ouvrage d'al-Zarnuji (mort en 571 H), intitulé Ta'lim al-Muta'allim
Tariq at-Ta-allum [Apprendre à l'élève la voie de l'apprentissage], est
essentiellement une compilation d'extraits d'Ihya' `Ulum al-Din
[Vivification des sciences de la foi] et de Mizan al-'Amal [Critère de
l'action] pratiquement recopiés tels quels, avec de rares ajouts, du reste
mineurs. Cet ouvrage, qui se distingue par sa concision et son style
simple et assez vivant, est considéré comme l'un des ouvrages pédagogiques
qui ont connu la plus grande diffusion.
- L'influence indirecte d'al-Ghazali peut être décelée dans les écrits
d'al-Tusi (mort en 672 H). Ce savant, qui fut l'un des plus importants du
Moyen Âge, a composé une œuvre immense et diverse comptant plus de cent
titres, consacrée à la philosophie, à la logique, à la morale, aux
mathématiques et à l'astronomie. Parmi ses ouvrages les plus importants
consacrés à l'éducation, il convient de citer Alhlaq Nasiri [Éthique
naziréenne] (en persan) et Adab al-Muta'allimin [Les règles de conduite
des élèves]. Le premier de ces ouvrages révèle l'influence de Tahdhib
al-Akhlaq wa - Tathir al-A'Araq [La réforme des moeurs et la purification
des races] d'Ibn Miskawayh et de la philosophie grecque, et le second
n'est qu'un résumé de l'ouvrage (Ta'lim) d'al-Zarnuji, qui lui-même
reprenait al-Ghazali (70).
- De même, Ibn Jama'a (mort en 733 H), dans son ouvrage [Guide de
l'auditeur et de l'orateur sur les règles de conduite du savant et de
l'élève], montre qu'il est directement influencé par al-Ghazali, ainsi que
par al-Zarnuji et al-Tusi (qui reprenaient al-Ghazali).
L'ouvrage susmentionné de cet enseignant, prédicateur
et juge, qui vécut en Égypte, en Palestine et au Levant, se caractérise
par sa simplicité et sa construction, ainsi que par le recours à un grand
nombre de hadith et autres citations et contes. Il aborde de manière
traditionnelle les thèmes désormais courants de l'éducation islamique
(vertus du savoir, règles de conduite du savant, du maître et de l'élève)
et consacre un chapitre aux règles de conduite des hôtes des madaris (qui
s'étaient multipliées à l'époque) et un autre à l'art d'utiliser les
livres.
- Quant à l'ouvrage d'Ibn-al-Haji al-'Abdari (mort en 737 H), intitulé
Madkahal ash-Shar'ash-Sharif [Introduction à la Loi sacrée], il est
pratiquement coulé dans le même moule que Ihya' `Ulum al-Din [Vivification
des sciences de la foi], mais reflète la grande différence qu'il y a entre
la civilisation islamique du Ve siècle de l'Hégire et celle du VIIIe
siècle. L'auteur y cite souvent al-Ghazali et semble bien au fait de sa
pensée et de ses écrits, généraux ou consacrés à l'éducation.
- Au Xe siècle de l'Hégire (XVIe siècle de l'ère chrétienne), il y a Ibn
Hajar al-Haitami, auteur de Tahrir al-Maqal fi Adab wa-Ahkam wa-Fawa'id
Yahtaju ilaiha Mu'addibu-l-Atfal [Libération du discours sur les règles de
conduite et les qualités morales requises des éducateurs des enfants],
égyptien qui a étudié et enseigné à Al-Azhar avant de s'installer près de
La Mecque. Ses écrits, représentatifs de la pensée et de la littérature de
l'époque ottomane, mettent l'accent sur l'enseignement dans les écoles
primaires, la situation des maîtres et les règles qui doivent régir leur
action. Il cite abondamment al-Ghazali et s'y réfère souvent.
La quasi-totalité de la pensée éducative islamique (et
en particulier sunnite) a suivi le chemin tracé par al-Ghazali, dont
l'influence ininterrompue a survécu au déferlement de la modernité
occidentale et à l'apparition de la civilisation arabe moderne
contemporaine.
Glossaire
- Alim :
voir `ulama.
- Awqaf :
voir waqf.
- Abbassides : deuxième dynastie de califes (749/132 H -1258/656 H), qui
a succédé aux Omeyyades (q.v.), et a reigné à Bagdad à partir de 762 (145
H) jusqu'en 1258 (656 H), date du sac de Bagdad par les Mongols.
- al-Azhar : université la plus prestigieuse et la plus renommée du
monde islamique, fondée au Caire en l'an 969 de l'ère chrétienne (an 358
de l'hégire) et qui fait encore autorité de nos jours.
- Batinisme, Batinite : termes désignant une interprétation ésotérique
(allégorique) et initiatique (batin: caché, secret) de l'islam.
- chari'a (sharia) : Loi sacrée divine.
- Chi'ite : (shite) [shia: parti] : adepte du chiisme, doctrine des
musulmans qui croient que l'autorité de la communauté islamique revient de
droit aux descendants de Fatima, fille du Prophète et épouse d'Ali,
lui-même cousin du Prophète.
- faih, pl. fuqaha' : juriste, sspécialiste du droit religieux
islamique.
- Fiqh : jurisprudence islamique.
- fuqaha' : voir faqih.
- Hadith : (lit. `récit, narratif') propos du Prophète.
- ijma' : consensus de la communauté des croyants sur un point de
doctrine.
- imam, pl. a'imma : direcreur de la prière qui se tient devant
l'assemblée des croyants ; chef de la communauté de groupe, en particulier
d'école de droit ; (Shi'ite) intercesseur qui peut exercer une autorité à
la fois spirituelle et temporelle.
- Kalam : théologie scolastique.
- Khangah : ermitage soufi.
- Katatib : voir kuttab.
- kuttab, pl. katatib : école élémentaire coranique.
- Madaris :
voir madrasa.
- madrasa, pl. madaris : ils ont été créés pour la première fois aux
alentours du Ve siècle de l'hégire pour assurer l'enseignement supérieur
religieux en général et diffuser les doctrines sunnites en particulier.
Habituellement, les éléves étaient logés dans l'établissement, et les
services du waqf les prenaient en charge pour leur permettre de se
consacrer à leurs études. Une autre de leurs caractéristiques était que
les enseignants y étaient nommés par l'État.
- makatib :
voir maktab.
- maktab, pl. makatib : école élémentaire.
- Mashriq : Orient islamique.
- mu'addib, pl. mu'addibin : éducateur, maître.
- mu'allim, pl. mu'allimin : maître d'école.
- mudarris, pl. mudarrisin : professeur.
- Ribat : établissement religieux où les soufis avaient coutume de
résider pour y faire leurs dévotions et étudier.
- Seljuq : Seldjoukides, dynastie temporelle turcomame (1038/429 H.-
1194/582 H) qui a régné en Iran, en Asie centrale et en Iraq vers la fin
du califat abbasside.
- shaikh, pl. shuyukh : (lit. `vieil homme') maître religieux vénérable
(souvent soufi).
- shar' : révélation divine.
- Sufi, Sufism : mysticisme ou isotérisme islamique.
- Sunna : (lit. `coutume. usage, tradition') pratique conforme à
l'exemple du Prophète, complétant souvent le Coran.
- Sunnite : groupe majoritair composé de musulmans qui déclarent suivre
la tradition (sunna) instituée par le prophète.
- Tafsir : exégèse, commentaire coranique.
- `ulama', sg. `alim : docteurs de la Loi, théologiens.
- Umayyad : Omeyyades, première dynastie de califes, ayant pour capitale
Damas (661/141 H - 749/132 H).
- Umma : communauté de croyants.
- waqf, pl. awqaf : dotation islamique, généralement à des fins
religieuses ou charitables.
Notes
1. Nabil Nofal (Égypte). Coordonateur de
l'Unité régionale d'innovation éducative dans les États arabes
(EIPDAS/UNESCO). A enseigné les sciences de l'éducation dan s plusieurs
universités arabes avant de devenir expert en administration,
planification et économie de l'éducation pour l'UNESCO. Auteur de
nombreuses publications et de traductions sur l'éducation et la
culture.
2. Sur la vie d'al-Ghazali, voir Abdelkarim Al-Othman, Sirat al-Ghazali wa
Aqwal al-Mutaqaddimin fihi [La vie d'al-Ghazali et ce qu'en ont dit les
anciens] (Damas, Dar Al-Fikr, sans date).
3. Une madrasa (pl. madaris) était un établissement d'enseignement (proche
des facultés et universités actuelles) créé pour la première fois aux
alentours du Ve siècle de l'Hégire pour assurer l'enseignement supérieur
religieux en général et diffuser les doctrines sunnites en particulier.
Habituellement, les élèves étaient logés dans l'établissement, et les
services du waqf les prenaient en charge pour leur permettre de se
consacrer à leurs études. Une autre de leurs caractéristiques est que les
enseignants y étaient nommés par l'État.
4. Voir Ibn Ruchd (Averroès), Tahafut al-Tahafut [Incohérence de
l'incohérence] (Le Caire, Al-Matbaa Al-Ilamiya, 1302 H) et Fasl al-Maqal
fima bayn al Shari'a wa-l-Hikma min Ittisal [Traité décisif et exposition
de la convergence qui existe entre la Loi religieuse et la philosophie]
(Le Caire, Al Maktaba Al-Mahmadiyya, sans date).
5. Le lecteur trouvera une description détaillée de cette crise
spirituelle et intellectuelle dans l'ouvrage célèbre d'al-Ghazali
Al-Munqidh min al-Dalal [Erreur et délivrance]. D'aucuns doutent que cette
crise ait été exclusivement spirituelle et sans rapport avec les
événements politiques du moment - luttes internes entre les sultans
seljoukides, danger croissant des batinites, etc.
6. Parmi ces oeuvres, Bidayat al-Hidaya [Les prémices du droit chemin],
Ayyuha l-Walad [Lettre au Disciple], Al-Kashf wal-Tabyin fi Ghurur
al-Khalq ajma'in [Dévoilement et démonstration des errements de toutes les
créatures], Al-Maqsid al-asna [L'idéal sublime], Jawahir al-Qur'an [Les
perles du Coran], Al-Risalat al-Laduniyya [Le message divin], Al-Madnun
bihi `ala ghayr Ahlihi [Ce qu'il faut celer à ceux qui ne peuvent le
comprendre].
7. Parmi les écrits de cette période, citons Al-Mustasfa fi'Ilm al-Usul
(Le nec plus ultra de la science des principes) et le célèbre Al-Munqidh
min al-Dalal [Erreur et délivrance].
8. Parmi ses derniers écrits, il faut citer aussi Al-Durra al-Fakhira [La
perle précieuse] et Iljam al `Awamm`an ` Ilm al-Kalam [La théologie n'est
pas pour le commun].
9. Les écrits d'al-Ghazali ont en règle générale un caractère religieux,
mais la composante théologique de sa pensée se trouve surtout dans:
Al-Risalat al-Qudsiyya fi qawa' id al- `aqa'id [Le message sacré sur les
bases des croyances] (qui fait partie d'Ihya' `Ulum al-Din [Vivification
des sciences de la foi], Al-Iqtisad fil-I'tiqad [Le juste milieu dans la
croyance], Mushkilat al-anwar [Le problème des illuminations], Ma'arij
al-Quds fi Madarij Ma'rifat an-Nafs [L'échelle de la sainteté et les
degrés de la connaissance de soi], Al-Maqsid al-Asna fi Sharh Ma'ani
Asma'Allah al-Husna [L'idéal sublime dans l'exégèse des plus beaux noms de
Dieu], Tahafut al-Falasifa [L'incohérence des philosophes], Kitab
Al-arba'in fi Usul al-Din [Les quarante déterminations rationnelles des
principes de la religion].
10. Voir en particulier Tahafut al-Falasifa, p. 237 et suiv.
11. Voir Ma'arij al-Quds fi Madarij Ma'rifat an-Nafs et Ihya' `Ulum
al-Din, vol. 3.
12. Al-Ghazali met l'accent, dans ses ouvrages sur la préservation de
l'ordre établi, et il tend à prendre le parti de la société (la umma ou
communauté des croyants) face à l'individu, de l'élite face au commun et
du souverain face au peuple, allant même jusqu'à dénier aux sujets d'un
prince injuste le droit de se rebeller (question qui a beaucoup occupé les
jurisconsultes musulmans) et à ne laisser aux victimes de l'arbitraire
d'autre issue que l'émigration. Voir à ce sujet Al-Mustasfa fi ` Ilm
al-Usul (vol. 1, p. 111 et suiv.), Ihya'`Ulum al-Din (vol. 1, p. 50 et
suiv.) et Al-Iqtisad fil-I'tiqad (p. 118 et suiv.).
13. Al-Ghazali est un précurseur de Descartes et de Hume en ce sens qu'il
fait du « doute » un moyen de parvenir à la connaissance. Sur le
problème du doute, les moyens de parvenir à la connaissance et les niveaux
et la vérité de celle-ci, voir en particulier: Al-Munqidh min al-Dalal ;
Mi'yar al-'Ilm [L'étalon de la science et des connaissances rationnelles]
et Al-Ma'arif al-Aqliya.
14. Sur la morale dans la pensée d'al-Ghazali, voir Ihya' `Ulum al-Din, en
particulier les vol. 3 et 4.
15. Ihya' `Ulum al-Din, vol. 1, p. 46 et vol. 4, p. 83 ; Al-Iqtisad
fi-l-I'tiqad, p. 118 et 119 ; Mizan al-'Amal [Critère de l'action], p. 98.
Dans le discours d'al-Ghazali sur l'éducation apparaît clairement
l'influence d'Ibn Miskawayh. Comparer à ce sujet Tahdhib al-Akhlaq
wa-Tathir al-A'Araq [La réforme des moeurs et la purification des races]
(Le Caire, Al-Matbaa Al-Adabiya, 1317 H).
16. Ihya' `Ulum al-Din, vol. 3, p. 61-62 ; Mizan al-'Amal, p. 124
17. Ihya' `Ulum al-Din, vol. 3, p. 62-63 et 243.
18. Ibid., vol. 3, p. 52 ; tome IV, p. 256-257.
19. Ibid., vol. 3, p. 61-62 ; ici aussi apparaît l'influence
considérable qu'Ibn Miskawayh a exercée - par son Tahdhib al-Akhlaq
wa-Tathir al-A'Araq [La réforme des moeurs et la purification des races] -
sur al-Ghazali.
20. Ibid., vol. 3, p. 49-50.
21. Ibid., vol. 3, p. 63.
22. Ibid., vol. 3, p. 62-63 ; là encore, al-Ghazali emprunte à Ibn
Miskawayh.
23. Ibid., vol. 3, p. 62.
24. Ibid., vol. 3, p. 52, 61 ; Bidayat al-Hidaya, p. 277-278 ; Al-Qistas
al-Mustaqim [La balance juste], p. 6-7.
25. Ihya' `Ulum al-Din, vol. 2, p. 213-214, 270-271 ; vol. 4, p.
243-247.
26. Ibid., vol. 3, p. 19-27.
27. Voir sur ce sujet Ibid., vol.1, chapitre premier.
28. Ibid., vol. 1 p. 28-29, 43.
29. Ibid., vol. 1 p. 8, 10, 51.
30. Ibid., vol. 1 p. 45-46 ; Al-Risalat al-Laduniyya, p. 99-100.
31. Mizan al-'Amal, p. 32-33.
32. Ihya' `Ulum al-Din, vol. 3, p. 13-16.
33. Ibid., vol. 3, p. 15-16 ; Mizan al-'Amal, p. 86.
34. Ihya' `Ulum al-Din, vol.1, p. 16-18 ; Fatihat al-'Ulum, p. 39-42.
35. Al-Munqidh min al-Dalal, p. 140-141 ; Ihya' `Ulum al-Din, vol. 1, p. 9
; Maqasid al-Falasifa (Les intentions des philosophes), p. 138-140 ; Tahaf
ut al-Falasifa, en général.
36. Voir Abbas Mahmud al-'Aqqad: Muhammad Abduh (Le Caire, Maktabat Misr,
1926).
37. Ihya' `Ulum al-Din, vol. 1, p. 13-14, 46-48 ; Fatihat al-'Ulum, vol.
1, p. 13-14, 46-48 ; Fatihat al-'Ulum, p. 35-39 ; Al-Risalat al-Laduniyya,
p. 99-100, 108-109.
38. Ihya' `Ulum al-Din, vol. 1, p. 33-34.
39. Ibid., vol. 1, p. 34.
40. Ibid., vol. 1, p. 42-51.
41. Ibid., vol. 1, p. 12.
42. Ibid., vol. 3, p. 49-51 ; Mizan al-'Amal, p. 42-43.
43. Ibid., vol. 1, p. 45.
44. Ibid., vol. 1, p. 80-81.
45. Al-Munqidh min al-Dalal, p. 124 et suiv. ; Ihya' `Ulum al-Din, vol. 1,
p. 41.
46. Ihya' `Ulum al-Din, vol. 1, p. 48.
47. Ibid., vol. 1, p. 2 et 8.
48. Al-Munqidh mi al-Dalal, en maints endroits ; Faysal al-Tafriqa [Le
critère de la distinction], p. 127-129 ; Ihya' `Ulum al-Din, vol. 1, p. 51
et suiv., p. 313 et suiv. ; Al-Kashf wal-Tabyin fi Ghurur al-Khalq
ajma'in, p. 3 et suiv. 49. Al-Kashf wal-Tabyin fi Ghurur al-Khalq ajma'in,
p. 27-33.
50. Ibid., vol. 2, p. 273.
51. Al-Ghazali revient souvent sur ce point et affirme que certaines de
ses idées ne peuvent être divulguées, ni par la parole ni par l'écrit
; voir à ce sujet, par exemple, Ihya' `Ulum al-Din, vol. 1, p.
50-51, 104-105, et vol. 3, p. 18, 23, 26.
52. Ibid., vol. 2, p. 120.
53. Ibid., vol. 2, p. 107-119.
54. Ceci explique que les enseignants soient soumis à la supervision des
contrôleurs. Voir : al-Shaizari, Nihayat al-Rutba fi Talab al-Hisba
[Hiérarchie des postes et fonction comptable] (Le Caire, Matba'a Lajnat
al-Ta'lif, 1946), p. 103-105 ; en ce qui concerne les vues des
jurisconsultes sur la nécessité de définir les droits et les devoirs des
enseignants, voir par exemple Al-Qabisi: Al-Risalat al-Mufassala li Ahwal
al-Mu'allimin wa Ahkam al-Mu'allimin wa-l-Muta'allimin [Lettre détaillée
sur la situation des enseignants et le régime applicable aux enseignants
et aux élèves] (Le Caire, Al-Halabi, 1955).
55. Ihya' `Ulum al-Din, vol. 1, p. 11.
56. Ayyuha l-Walad, p. 134.
57. Ihya' `Ulum al-Din, vol. 1, p. 48-51 ; Mizan al-'Amal, p. 98-104 ;
Fatihat al-'Ulum, p. 60-63 ; cette question est l'une de celles qui ont
beaucoup préoccupé le monde islamique sans pour autant donner lieu à
consensus parmi les jurisconsultes et les éducateurs, certains optant pour
l'interdiction pure et simple, d'autres pour la désapprobation et d'autres
encore pour la licéité.
58. Ihya' `Ulum al-Din, p. 127, Commission libanaise pour la traduction
des chefs-d'oeuvre, Beyrouth, 1969, p. 14.
59. Ihya' `Ulum al-Din, vol. 1, p. 277-278.
60. Ibid., vol. 1, p. 42-47 ; Mizan al-'Amal, p. 97-98 ; Fatihat al-'Ulum,
p. 56-60.
61. Ihya' `Ulum al-Din, vol. 2, p. 32-36 et 42-44 ; Al-Tibr al-Masbuk
[L'or fondu], p. 163-164.
62. `Ulum al-Din , vol. 2 , p. 36-43.
63. Au sujet de l'influence de la pensée arabe et islamique sur la
civilisation chrétienne et juive européenne en général (y compris
l'influence d'al Ghazali), voir E. Myers, Arabic tought and the Western
world in the golden age of islam (en anglais).
Mohamed Nabil Nofal
1993
Mohamed Nabil Nofal, « Al-Ghazali
(1058-1111) », Perspectives: revue trimestrielle d'éducation
comparée (Paris, UNESCO : Bureau international d'éducation), vol. XXIII,
n° 3-4, 1993, p. 531-555.
©UNESCO : Bureau international d'éducation, 2000. Ce
document peut être reproduit librement, à condition d'en mentionner la
source (indication apparaissant sur le document original).
- Kimiya-yi Sa'adat [L'alchimie du bonheur]
- Muayyid al-Din Muhammad ben Harazm [Le livre des bons usages en
matière de mariage]. Extrait de
Ihya' `Ulum ad-Din [Revivification des sciences de la foi]
A = L’alchimie du bonheur, abrégé en persan
B = traduction persane de Muayyid al-Din Muhammad ben Harazmi
- Ms. 37, Hérat, Bibliothèque du Musée de Hérat [A]
- Ms. 1, Kaboul, Bibliothèque du musée de Kaboul, daté 1702 [B] ; Ms.
325, Kaboul, Bibliothèque du musée de Kaboul, daté 1304 [A]
- Ms. 326, Kaboul, Bibliothèque du musée de Kaboul, daté 1317 [A]
- Ms. 327, Kaboul, Bibliothèque du musée de Kaboul, daté 1860 [A]
- Ms. 328, Kaboul, Bibliothèque du musée de Kaboul, [A]
- Ms. 329, Kaboul, Bibliothèque du musée de Kaboul, [A]
- Ms. 41, Kaboul, Bibliothèque du ministère de l’information [A]
- Ms. 102, Kaboul, Bibliothèque privée de S. M. le roi Muhammad Zahir
Sah, daté 1199 [A]
- Ms. 103 Kaboul, Bibliothèque privée de S. M. le roi Muhammad Zahir
Sah, daté 1642 [A]
- Ms. Mixt. 312, Wien, National Bibliothek, f. 126a-133a [B]
- Ms. Or. Petermann II 324, Berlin, Staatsbibliothek Preußischer
Kulturbesitz, f. 1b-188a [A]
- Ms. Or. Sprenger 727 Berlin, Staatsbibliothek Preußischer
Kulturbesitz, f. 1b-452a, daté 1605 [A]
- Ms. Or. prenger 758, Berlin, Staatsbibliothek Preußischer
Kulturbesitz, daté 1782, f. 1b-182b
- Ms. Pm. 335, Berlin, Staatsbibliothek Preußischer Kulturbesitz, daté
1573, f. 41-42 [B]
- Ms. 116, Leipzig, Universitätsbibliothek, f. 116-117 [B] ; Ms. 117,
Leipzig, Universitätsbibliothek, f. 116-117 [B]
- Ms. 194. 70, München, Bayerische Staatsbibliothek, daté 1713, [A] ;
Ms. 195. 7 Quatr., München, Bayerische Staatsbibliothek [A]
- Ms. D’après Orthobius Fleisher, Catalogus n° 4, daté 1329-1330
[A]
- Ms. Op. 359, Sofia, Bibliothèque Nationale [A]
- Ms. V, København, Det kongelige Biblioteket [A]
- Ms. 16, Le Caire, National Library, daté 1718 [B]
- Ms. Ar. 5125, Paris, Bibliothèque de France [B]
- Ms. Ar. 5812, Paris, Bibliothèque de France, [B]
- Ms. Ar. 6117, Paris, Bibliothèque de France, [B]
- Ms. Ar. 6127, Paris, Bibliothèque de France, f. 1b-3a [B]
- Ms. Sup. persan 85, Paris, Paris, Bibliothèque de France, f. 141a-149a
[A]
- Ms. Sup. persan 1392, Paris, Bibliothèque de France, f. 148b-157a
[A]
- Ms. Sup. persan 1846, Paris, Bibliothèque de France, f. 154b-163b
[A]
- Ms. ancien fonds persan 13, Paris, Bibliothèque de France, daté 1500,
f. 185a-194a [A]
- Ms. Ancien fonds persan 14, Paris, Bibliothèque de France, daté 1308,
f. 122b-130a [A]
- Ms. Ancien fonds persan 15, Paris, Bibliothèque de France, daté 1341,
f. 119a-125b [A]
- Ms. Ancien fonds persan 16, Paris, Bibliothèque de France, daté 1401,
f. 136b-144a [A]
- Ms. 416, Tiflis (Géorgie), Institut vostokovedenija Akademii Nauk
[B]
- Ms. Library of the late Dr. Adam Clarke, catalogue n° 17 ; 77 ; 125
[A]
- Ms. 542, Birmingham, Mingana Collection of Manuscripts [B]
- Ms. 544, Birmingham, Mingana Collection of Manuscripts [B]
- Ms. n° 2, Cambridge, University Library, daté 1327 [A]
- Ms. 302, Dublin, Chester Beatty Library [A]
- Ms. 3353, Dublin, Chester Beatty Library, [B]
- Ms. 3376, Dublin, Chester Beatty Library, [B]
- Ms. 3429, Dublin, Chester Beatty Library, [B]
- Ms. 3827, Dublin, Chester Beatty Library, [B]
- Ms. 3834, Dublin, Chester Beatty Library, [B]
- Ms. 4051, Dublin, Chester Beatty Library, [B]
- Ms. 4535, Dublin, Chester Beatty Library, [B]
- Ms. 4957, Dublin, Chester Beatty Library, [B]
- Ms. 5134, Dublin, Chester Beatty Library, [B]
- Ms. 231, London, British Museum [A]
- Ms. 235, London, British Museum, [A]
- Ms. Add. 7604, London, British Museum, [A]
- Ms. Add. 16642, London, British Museum, f. 149b-169b [B]
- Ms. Add. 16809, London, British Museum, daté 1614 [A]
- Ms. Add. 16810, London, British Museum, [A]
- Ms. Add. 24842, London, British Museum, [A]
- Ms. Add. 25026, London, British Museum, daté 1274, f. 120a-127b
[A]
- Ms. Add. 25841, London, British Museum, [A]
- Ms. Or. 8194, London, British Museum, f. 1b-299b [B]
- Ms. Qu. 11923, London, British Museum, daté 1247, f. 157b-166a
[A]
- Ms. 603, London India Office Library, f. 272b-312b [B]
- Ms. 1226, London India Office Library, f. 219-254b [B]
- Ms. 1227, London India Office Library, [B]
- Ms. 1228, London India Office Library, [B]
- Ms. 1229, London India Office Library, [B]
- Ms. 1230, London India Office Library, [B]
- Ms. 1781 n° 424, London India Office Library, daté 1499 [A]
- Ms. 1782 n° 1414, London India Office Library, daté 1611 [A]
- Ms. 1783 n° 2013, London India Office Library, [A]
- Ms. 1784 n° 2121, London India Office Library, daté 1675 [A]
- Ms. 1785 n° 2556, London India Office Library, daté 1676 [A]
- Ms. 1786 n° 1277, London India Office Library, daté 1685 [A]
- Ms. 1787 n° 3149 London India Office Library, [A]
- Ms. 1788 n° 547, London India Office Library, [A]
- Ms. 1789 n° 1081, London India Office Library, [A]
- Ms. 1790 n 1913, London India Office Library, [A]
- Ms. 1791 n° 1234, London India Office Library, daté 1766 [A]
- Ms. Manchester, John Rylands Library [A]
- Ms. 246, Oxford, Bodleian Library [A]
- Ms. Ouseley 1430, Oxford, Bodleian Library, [A]
- Ms. 416, Roma, Biblioteca Vaticana [B]
- Ms. 946, Roma, Biblioteca Vaticana, [B]
- Ms. 1550, Roma, Biblioteca Vaticana, [B]
- Ms. 1552, Roma, Biblioteca Vaticana, [B]
- Ms. app. 834, Roma, Biblioteca Vaticana, [B]
- Ms. Borg. 33, Roma, Biblioteca Vaticana, [B]
- Ms. n°1346, Bankipore, Khuda Bakhsh, Oriental Public Library [A]
- Ms. n° 1347, Bankipore, Khuda Bakhsh, Oriental Public Library,
[A]
- Ms. n° 2068, Bankipore, Khuda Bakhsh, Oriental Public Library,
[A]
- Ms. n° 166, Bihar, Bihar Library [A]
- Ms. n° 167, Bihar, Bihar Library, [A]
- Ms. n° 168, Bihar, Bihar Library [A]
- Ms. VI (14), Bombay, K. R. Cama Oriental Institute and Library (Mulla
Firuz), daté 1702 [A]
- Ms. 268, Bihar, Bihar Library, [A]
- Ms. First Dastur Meherji Rama Library., Cat. n° 2, daté 1639 [A]
- Ms. 1160 (E 151), Calcutta, Asiatic Society Library, daté 1547
[A]
- Ms. 1161 (E 152), Calcutta, Asiatic Society Library, [A]
- Ms. 1162 (E 149), Calcutta, Asiatic Society Library, [A]
- Ms. 1163 (E 153), Calcutta, Asiatic Society Library, [A]
- Ms. 1164 (E 150), Calcutta, Asiatic Society Library, [A]
- Ms. 405 (I 843), Calcutta, Asiatic Society Library, [A]
- Ms. 166, Hyderabad, Asafiyah State Library. (State Central Library)
[A]
- Ms. 167, Hyderabad, Asafiyah State Library. (State Central Library),
daté 1600 [A]
- Ms. 9, Hyderabad, Asafiyah State Library. (State Central Library),
daté 1498 [A]
- Ms. radif 7, Lucknow, Bibliothèque de Nadwat al-’Ulama [A]
- id., [A] ; Ms. radif 40 Lucknow, Bibliothèque de Nadwat al-’Ulama,
[A]
- Ms. radif 41, Lucknow, Bibliothèque de Nadwat al-’Ulama, id., [A]
- Ms. radif 51, Lucknow, Bibliothèque de Nadwat al-’Ulama, [A]
- Ms. radif 104, Lucknow, Bibliothèque de Nadwat al-’Ulama, [A]
- Ms. radif 191, Lucknow, Bibliothèque de Nadwat al-’Ulama, [A]
- Ms. radif 304, Lucknow, Bibliothèque de Nadwat al-’Ulama, [A]
- Ms. I, Mysore, Oriental Library of Tipoo Sultan [A]
- Ms. 306, Hamadan, Bibliothèque de Madrisa Ahond, daté 1685, f. 1b-352a
[A]
- Ms. 65, Hamadan, Bibliothèque de Madrisa Ahond, f. 157a-167a [A]
- Ms. Kašan, Bibliothèque privée de Hasan-e-’Atifì, daté 1666 [A]
- Ms. 3564, Bibliothèque privée de Hasan-e-’Atifì, daté 1428, f.
111a-118a [A]
- Ms. 3477, Bibliothèque privée de Hasan-e-’Atifì, f. 1b-229a, daté 1650
[A]
- Ms. 571, Bibliothèque privée de Hasan-e-’Atifì, f. 110b-118b [A]
- Ms. 3588, Qum, Bibliothèque de Ayat Allah Mar’aši Nagafí, daté 1350,
f. 226a-229b [A]
- Ms. 4317, Qum, Bibliothèque de Ayat Allah Mar’aši Nagafí, f. 190b-201a
[A]
- Ms. 21, Qum, Bibliothèque de Faydiyya. f. 317b-336a [B]
- Ms. 1623, Qum, Bibliothèque de Masgid-e-A’zam, daté 1852, f. 147a-156a
[A]
- Ms. 2443, Qum, Bibliothèque de Masgid-e-A’zam, f. 49a-51b [A]
- Ms. 3222, Qum, Bibliothèque de Masgid-e-A’zam, f. 197a-200b [A]
- Ms. 297/21 Gz., Shiraz, Bibliothèque publique, f. 1b-218b [A]
- Ms. 12, Tabriz, Bibliothèque Nationale (Melli), daté 1272, f.
236a-242a [A]
- Ms. 3497, Tabriz, Bibliothèque Nationale (Melli), daté 1335, f. 72b-80
[A]
- Ms. 3505, Tabriz, Bibliothèque Nationale (Melli), daté 1563, f.
210b-221b [A]
- Ms. 3535, Tabriz, Bibliothèque Nationale (Melli), f. 1b-147 [A]
- Ms. 393, Téhéran, Bibliothèque Centrale de l’Université, f. 177b-188b
[A]
- Ms. 1334, Téhéran, Bibliothèque Centrale de l’Université, f. 1a-147b
[A]
- Ms. 2747, Téhéran, Bibliothèque Centrale de l’Université, f. 1b-248
[A]
- Ms. 7539, Téhéran, Bibliothèque Centrale de l’Université, f. 1b-119
[A]
- Ms. 6826, Téhéran, Bibliothèque Centrale de l’Université, daté 1581,
f. 144a-152b [A]
- Ms. 7884, Téhéran, Bibliothèque Centrale de l’Université, XVIIIe
siècle, f. 95b-98b [A]
- Ms. 7885, Téhéran, Bibliothèque Centrale de l’Université, f. 1b-288b
[B]
- Ms. 8127, Téhéran, Bibliothèque Centrale de l’Université, f. 190a-201b
[A]
- Ms. 8398, Téhéran, Bibliothèque Centrale de l’Université, f. 386b-399b
[A]
- Ms. 8510, Téhéran, Bibliothèque Centrale de l’Université, daté 1850,
f. 1b-155a [A]
- Ms. Adabiyyat Hikmat 44, Téhéran, Bibliothèque Centrale de
l’Université, f. 1b-387a [A]
- Ms. Adabiyyat Hikmat 49, Téhéran, Bibliothèque Centrale de
l’Université, f. 1b-171b [A]
- Ms. Ilahiyyat 65-g, Téhéran, Bibliothèque Centrale de l’Université,
XVIe-XVIIe siècles, f. 1b-265b [A]
- Ms. Ilahiyyat 167-g, Téhéran, Bibliothèque Centrale de l’Université,
f. 111a-117b [A]
- Ms. Ilahiyyat 233-b, Téhéran, Bibliothèque Centrale de l’Université,
f. 1b-88a [A]
- Ms. Microfilm 4156, Téhéran, Bibliothèque Centrale de l’Université, f.
138b-157b [A]
- Ms. 4042, Téhéran, Bibliothèque de Malik, daté 1304, f. 1a-341a
[A]
- Ms. 4272, Téhéran, Bibliothèque de Malik, daté 1431, f. 383b-407b
[A]
- Ms. 4273, Téhéran, Bibliothèque de Malik, daté 1209, f. 1b-411b
[A]
- Ms. 36/f, Téhéran, Bibliothèque Nationale (Melli), daté 1603, f.
215b-227b [A]
- Ms. 1406/f, Téhéran, Bibliothèque Nationale (Melli), f. 1b-151b
[A]
- Ms. 1514/f, Téhéran, Bibliothèque Nationale (Melli), f. 196b-208b
[A]
- Ms. 1517/f, Téhéran, Bibliothèque Nationale (Melli), f. 396a-420a
[A]
- Ms. 1917/f, Téhéran, Bibliothèque Nationale (Melli), f. 314b-332b
[A]
- Ms. 1889/f, Téhéran, Bibliothèque Nationale (Melli), f. 375b-395b
[A]
- Ms. 581, Téhéran, Bibliothèque du Parlement, f. 215a-227b [A]
- Ms. 582, Téhéran, Bibliothèque du Parlement, f. 137b-145b [A]
- Ms. 4813, Téhéran, Bibliothèque du Parlement, f. 267a-282b [A]
- Ms. 5262, Téhéran, Bibliothèque du Parlement, f. 155b-166a [A]
- Ms. 5706, Téhéran, Bibliothèque du Parlement, f. 59b-68a [A]
- Ms. 10512, Téhéran, Bibliothèque du Parlement, [B]
- Ms. 214 Firuz, Téhéran, Bibliothèque du Parlement, daté 1362. f.
192b-203b [A]
- Ms. 16318, Téhéran, Bibliothèque du Sénat, daté 1623, f. 208b-222b
[A]
- Ms. 1336, Téhéran, Bibliothèque de Sepahâlâr, daté 1842, f. 1b-443
[A]
- Ms. 1337, Téhéran, Bibliothèque de Sepahâlâr, daté 1838, f. 280a-299b
[A]
- Ms., Université de Sulaymaniyya (Irak), daté 1522 [B]
- Ms. 304/27, Islamabad, Ganjbakhsh Library of Iran Pakistan Institute
of Persian Studies [B]
- Ms. 890/126, Islamabad, Ganjbakhsh Library of Iran Pakistan Institute
of Persian Studies, f. 161b-171b [A]
- Ms. 890/567, Islamabad, Ganjbakhsh Library of Iran Pakistan Institute
of Persian Studies, [A]
- Ms. 890/574, Islamabad, Ganjbakhsh Library of Iran Pakistan Institute
of Persian Studies, daté 1683 [A]
- Ms. 890/697, Islamabad, Ganjbakhsh Library of Iran Pakistan Institute
of Persian Studies, [A]
- Ms. 890/715, Islamabad, Ganjbakhsh Library of Iran Pakistan Institute
of Persian Studies, [A]
- Ms. 890/735 Islamabad, Ganjbakhsh Library of Iran Pakistan Institute
of Persian Studies, [A]
- Ms. 890/814, Islamabad, Ganjbakhsh Library of Iran Pakistan Institute
of Persian Studies, [A]
- Ms. 890/815, Islamabad, Ganjbakhsh Library of Iran Pakistan Institute
of Persian Studies, [A]
- Ms. 890/818, Islamabad, Ganjbakhsh Library of Iran Pakistan Institute
of Persian Studies, [A]
- Ms. 890/819, Islamabad, Ganjbakhsh Library of Iran Pakistan Institute
of Persian Studies, [A]
- Ms. 890/829, Islamabad, Ganjbakhsh Library of Iran Pakistan Institute
of Persian Studies, [A]
- Ms. 890/839, Islamabad, Ganjbakhsh Library of Iran Pakistan Institute
of Persian Studies, daté 1566 [A]
- Ms. 890/897, Islamabad, Ganjbakhsh Library of Iran Pakistan Institute
of Persian Studies, daté 1717 [A]
- Ms. 941, Islamabad, Ganjbakhsh Library of Iran Pakistan Institute of
Persian Studies, [A]
- Ms. 2171, Islamabad, Ganjbakhsh Library of Iran Pakistan Institute of
Persian Studies, [B]
- Ms. 3374, Islamabad, Ganjbakhsh Library of Iran Pakistan Institute of
Persian Studies, [A]
- Ms. 4213, Islamabad, Ganjbakhsh Library of Iran Pakistan Institute of
Persian Studies, [A]
- Ms. 4445, Islamabad, Ganjbakhsh Library of Iran Pakistan Institute of
Persian Studies, XVIIe siècle [A]
- Ms. 5026, Islamabad, Ganjbakhsh Library of Iran Pakistan Institute of
Persian Studies, [A]
- Ms. 5805, Islamabad, Ganjbakhsh Library of Iran Pakistan Institute of
Persian Studies, [B]
- Ms. 6405, Islamabad, Ganjbakhsh Library of Iran Pakistan Institute of
Persian Studies, [B]
- Ms. 6924, Islamabad, Ganjbakhsh Library of Iran Pakistan Institute of
Persian Studies, daté 1733 [A]
- Ms. 5929, Islamabad, Ganjbakhsh Library of Iran Pakistan Institute of
Persian Studies, daté 1667 [A]
- Ms. 6964, Islamabad, Ganjbakhsh Library of Iran Pakistan Institute of
Persian Studies, daté 1690 [A]
- Ms. 7128, Islamabad, Ganjbakhsh Library of Iran Pakistan Institute of
Persian Studies, daté 1722 [A]
- Ms. 7539, Islamabad, Ganjbakhsh Library of Iran Pakistan Institute of
Persian Studies, [A]
- Ms. 7766, Islamabad, Ganjbakhsh Library of Iran Pakistan Institute of
Persian Studies, [A]
- Ms. n°11, Karachi, Anjuman Taraqqi-e-Urdu. f. 86 [A]
- Ms. N. M. 1961-937, Karachi, National Museum, daté 1659 [A]
- Ms. N. M. 1961-882, Karachi, National Museum, [A]
- Ms. N. M. 1961-1017, Karachi, National Museum, daté 1708 [A]
- Ms. N. M. 1961-95, Karachi, National Museum, XVIIIe siècle [A]
- Ms. N. M. 1961-269, Karachi, National Museum, daté 1852 [A]
- Ms. N. M. 1961-928, Karachi, National Museum, XVIIIe siècle [A]
- Ms. 301/59, Lahore, Library of M. M. Shafi, XVIIe siècle [A]
- Ms. 4587/1537, Lahore, Makhtutat-e-shirabi ; Research Society of
Pakistan, University of the Punjab. f. 1a-197a [B]
- Ms. Or. 408, Leiden, Universiteitsbibliotheek [B]
- Ms. Cod. 405 Warn, Leiden, Universiteitsbliotheek, daté 1370 [A]
- Ms. Semenov 45, Tachkent (Ouzbékistan), Institut vostokovedenija
Akademii Nauk im. Abureihan Biruni, daté 1325 [A]
- Ms. A 314, Saint Petersbourg, Bibliothèque Nauk (Bibliothèque de
l’Académie des sciences) [A]
- Ms. B 930, Saint Petersbourg, Bibliothèque Nauk (Bibliothèque de
l’Académie des sciences), [A]
- Ms. C 1634, Saint Petersbourg, Bibliothèque Nauk (Bibliothèque de
l’Académie des sciences), [A]
- Ms. B 1588, Saint Petersbourg, Bibliothèque Nauk (Bibliothèque de
l’Académie des sciences), [A]
- Ms. C 929, Saint Petersbourg, Bibliothèque Nauk (Bibliothèque de
l’Académie des sciences), [A]
- Ms. B 2406, Saint Petersbourg, Bibliothèque Nauk (Bibliothèque de
l’Académie des sciences), [A]
- Ms. B 4549, Saint Petersbourg, Bibliothèque Nauk (Bibliothèque de
l’Académie des sciences), [A]
- Ms. B 2385, Saint Petersbourg, Bibliothèque Nauk (Bibliothèque de
l’Académie des sciences), [A]
- Ms. n° 21, Saint Petersbourg, Bibliothèque publique d’État M. E.
Saltykov Scedrin [A]
- Ms. 225, Saint Petersbourg, Bibliothèque publique d’État M. E.
Saltykov Scedrin, daté 1417, f. 1b-129a [B]
- Ms. n° 403, Saint Petersbourg, Bibliothèque scientifique Maxime Gorki
de l’Université d’État Zhdanov [A]
- Ms. Nov. 204, Uppsala, Universitetsbiblioteket [A]
- Ms., Alep, Bibliothèque de Ahmadiyya (Syrie) [B]
- Ms. n° 70, Dušanbe (Tadjikistan), Bibliothèque im. Djami, XVIIIe
siècle [A]
- Ms. n° 47, Dušanbe (Tadjikistan), Bibliothèque im. Firdosi, XVIe
siècle [A]
- Ms. n 307, Dušanbe (Tadjikistan), Dušanbe (Tadjikistan),
Bibliothèque im. Firdosi, XVIe siècle [A]
- Ms. n° 230, Dušanbe (Tadjikistan), Bibliothèque im. Firdosi, daté 1700
[A]
- Ms. n° 1462, Dušanbe (Tadjikistan), Bibliothèque im. Firdosi, XIV-XVe
siècles [A]
- Ms. n° 27, Dušanbe (Tadjikistan), Bibliothèque im. Rudaki, XVIe siècle
[A]
- Ms. (60) 822, Bibliothèque de Bursa, daté 1324
- Ms. 1386, Istanbul, Atif Ef. Kütüphanesi, f. 1b-437b [B]
- Ms. 1390, Istanbul, Atif Ef. Kütüphanesi, f. 120b-127b [A]
- Ms. 2538, Istanbul, Nuruosmania Kütüphanesi, f. 124a-131a [A]
- Ms. 32 H. 231, Istanbul, Topkapi Saray, daté 1344 [B]
- Ms. 33 K. 881 Istanbul, Topkapi Saray, daté 1310 [A]
- Ms. 35 R. 480, Istanbul, Topkapi Saray, daté 1424 [A]
- Ms. 36 E. H., Istanbul, Istanbul, Topkapi Saray, daté 1462 [A]
- Ms. 37 R. 397, Istanbul, Topkapi Saray, daté 1490 [A]
- Ms. 38A. 1374, Istanbul, Topkapi Saray, daté 1494 [A]
- Ms. 39 R. 399, Istanbul, Topkapi Saray, daté 1497 [A]
- Ms. 40 E. H., Istanbul, Topkapi Saray, [A]
- Ms. Mevlana Müzesi cilt/274, Istanbul, Topkapi Saray, daté 1340
[A]
- Ms. Ayasofia 1629, Istanbul, Suleymaniye Kütüphanesi [B]
- Ms. Ayasofia 1631, Istanbul, Suleymaniye Kütüphanesi, [B]
- Ms. Ayasofia 2023, Istanbul, Suleymaniye Kütüphanesi, [B]
- Ms. Ayasofia 2024, Istanbul, Suleymaniye Kütüphanesi, daté 1488
[A]
- Ms. Ayasofia 2025, Istanbul, Suleymaniye Kütüphanesi, [A]
- Ms. Ayasofia 2069, Istanbul, Suleymaniye Kütüphanesi, daté 1466
[A]
- Ms. Celbi Abdullah 185, Istanbul, Suleymaniye Kütüphanesi, daté 1753.
f. 149a-157b [A]
- Ms. Fatih 2573, Istanbul, Suleymaniye Kütüphanesi, [B
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