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* Dieuze (Moselle) 23 juin 1860 — † Paris 18 février 1956.
Compositeur.
Son père, boulanger à Dieuze le pousse à apprendre la musique. A la
guerre de 1870 la famille refuse de vivre sous un gouvernement allemand et
se réfugie dans le Nord de la France, à Tourcoing, sur la frontière
belge.
Il prend des cours de violon et en 1876 entre à l'orchestre
symphonique municipal. Il est embauché dans une filature, fonde une
société musicale et enseigne le violon à son employeur, Albert Lorthiois,
qui finance son entrée au conservatoire de Lille en 1778.
Suite à la qualité de ses résultats, la ville de Tourcoing lui alloue
en 1779 une pension annuelle pour lui permettre de suivre les cours
du Conservatoire national de Paris.
Il prend goût à la vie montmartroise, à la bohème et à une certaine
rebellion contre l'autorité. L'intransigeance de son professeur de violon
(Massard) qui ne supporte pas ses irrégularités, l'oblige à quitter
temporairement le conservatoire. Après avoir joué quelques temps dans un
orchestre, il reprend les cours d'harmonie avec Pessard en 1881, mais le
service militaire l'empêche d'intégrer la classe de composition de
Massenet en 1884. En 1887, il obtient le premier grand prix de Rome pour
sa cantate
Didon qui est mise au programme des concerts Colonne en 1888.

Il est un pensionnaire indocile de la Villa Médicis de Rome. Souvent
absent en raison de nombreux voyages à Paris, il est en opposition ouverte
avec le directeur, le peintre Hébert, particulièrement à propos de la
présence des femmes à la Villa. . Il y compose une suite orchestrale,
Impressions d'Italie et
La vie du poète, un drame symphonique qui semble être une version
naturaliste du
Lelio romantique de Berlioz ; Le premier acte et pratiquement tout
le livret de
Louise, son opéra célèbrissime, d'une trivialité audacieuse pour
l'époque, écrit à partir de scènes de la vie contemporaine de Montmartre,
dans un style réaliste teinté d'idéologie anarchiste. Les personnages
principaux sont une couturière et un poète menant la vie de bohème à
Montmartre.
Il revient définitivement à Paris en 1890
En 1891 Ses
Impressions d'Italie font un triomphe aux Concerts Lamoureux.
Il achève
Louise en 1896, certainement avec la complicité du poète
Saint-Pol-Roux.
Charpentier décline plusieurs offres de création partielle de son
oeuvre jusqu'à ce qu' Albert Carré décide de marquer sa nomination à la
direction de l'Opéra-Comique de Paris avec la création intégrale de
Louise. Le 2 février 1900 l'immense succès emporte les
contradicteurs (en 1950 on approche la millième représentation). Les mots
de Paul Dukas sont restés célèbres :
Le premier acte, et surtout le quatrième, sont déjà d'un maître. Les
deux autres d'un homme. Prodige rare par le temps qui court, où nous
entendons tant de soi-disant oeuvres d'art dont les auteurs ne sont ni des
hommes, ni des maîtres, ni hélas des artistes. Gounod déclare aussi
son admiration dans une lettre à Charpentier. Le 30 avril, Carré distribue
400 places gratuites aux couturiers parisiens. La même année Charpentier
est promu Chevalier de la Légion d'honneur
En 1902, il crée le conservatoire Populaire Mimi Pinson (héroïne
d'Alfred de Musset) où les femmes peuvent recevoir une instruction
musicale gratuite.
En 1912, il succède à Massenet à l'Académie des Beaux-Arts. Il est
promu officier de la légion d'honneur.
Louise devait être le premier volet d'une trilogie. En 1913, le
second volet,
Julien ou la vie du poète, à un grand succès, interrompu par
le départ soudain pour Bruxelles (6 mois après la première, le 4 juin
1913) du ténor Charles Rousselières (1875-1950) qui tient le rôle
titre. La première guerre mondiale ne permet pas de remonter l'oeuvre.
En 1913, il annonce une autre trilogie formée de trois opéras en 2
actes :
L'amour au Faubourg, Comédiante et
Tragédiante. Aucun n' été mené à bien. On cite parfois
L'amour du Faubourg comme troisième volet qui aurait dû compléter
Louise (Roman musical) et
Julien (drame lyrique). Mais on mentionne aussi (Delmas) le
projet d'un opéra
Marie, fille de Louise pour compléter
Louise et
Julien
En 1930, il est promu commandeur de la Légion d'honneur
En 1938 il supervise une version cinématographique de Louise dirigée
par Abel Gance.
En 1950 il est promu Grand officier de la Légion d'honneur
Après la seconde guerre mondiale il vit replié dans sa demeure de
Montmartre. Il laisse aussi des chansons, ses
Poèmes chantée

En 1929 {BnF
Les manuscrits sont conservés à la Bibliothèque Historique de la Ville
de Paris
- 1885,
La petite frileuse, pour voix soliste et piano sur un poème de J.
L. Guez, 1885 (1894)
- 1887,
Didon, scène lyrique, livret de A. de Lassus
- 1888,
A une fille de Capri, pour voix soliste et piano sur un poème de L.
Puech, 1888 (1889);
- 1888,
Prière, pour voix soliste et piano sur un poème de E. Blémont),
1888 (1888);
- 1888-1889 (révisé en 1890-1892),
La vie du poète, symphonie-drame en 3 acte (voix solistes, choeur,
orchestre), créé au Conservatoire ce Paris le 18 mai 1892
- 1889-1890,
Impressions d'Italie, suite symphonique. n° 1
Sérénade ; n° 2
A la fontaine ; n° 3 A mules, n° 4
Sur les cimes ; n° 5
Napoli
- 1889-1896,
Louise, roman musical en 4 actes, livret de Gustave Charpentier,
créé à l'Opéra-Comique de Paris le 2 février 1900
- 1890,
A mules, pour voix soliste et piano sur un poème de J. Méry
[[paraphrase des
Impressions d'Italie (n° 3) ; existe arrangé pour diverses voix et
orchestre)]
- 1893,
Complainte pour voix soliste et piano sur un poème de
C. Mauclair, 1893 (1893)
- 1893,
Les chevaux de bois, pour voix soliste et piano sur un poème de
Paul Verlaine (existe aussi pour soprano ou ténor, chœur féminin et
orchestre)
- 1893,
Les trois sorcières, pour voix soliste et piano sur un poème de C.
Mauclair
- 1893,
Parfum exotique, pour voix soliste et piano sur un poème de Charles
Baudelaire [existe aussi pour soprano ou ténor, chœur féminin et
orchestre]
- 1893,
La chanson du chemin sur un poème de C. Mauclair (soprano, ténor,
voix féminines, piano ; orchestré)
- 1894,
Allégorie, pour voix soliste et piano sur un poème de G. Vanor
(soprano ou ténor, chœur féminin, orchestre ; existe aussi en version
piano et voix seule)
- 1894,
Seconde suite [détruite]
- 1894,
La musique, pour voix soliste et piano sur un poème de Charles
Baudelaire
- 1894,
Impressions fausses, d'après Paul Verlaine (baryton, chœur d'homme,
orchestre) [existe aussi pour voix seule et piano] n°1,
La veillée rouge ; n° 2
La ronde des compagnons
- 1895,
Les fleurs du mal, pour voix soliste et piano sur un poème de
Charles Baudelaire, n° 1
Les yeux de Berthe ; n° 2
Le jet d'eau (existe orchestré) ; n° 3
La mort des amants ; n° 4
L'invitation au voyage
- 1896,
Sérénade à Watteau, sur un poème de Paul Verlaine (voix solistes,
choeur, orchestre), créé aux Jardin du Luxembourg (Paris) le 8 novembre
1896 [existe aussi en version piano et voix seule 1896)
- 1897,
Le couronnement de la muse, spectacle en 9 sections (voix solistes,
choeurs, orchestre) ), créé au Nouveau Théâtre en juin 1897 [d'après la
scène 2 de l'acte III de
Louise ; révisé avec des ajouts, intégré au
Chant d'apothéose (n° 4, 1902)]
- 1902,
Le chant d'apothéose, spectacle en 5 sections réalisé avec
Saint-Georges de Bouhélier (voix de soprano, ténor, baryton, choeur,
orchestre), créé place des Vosges à Paris au printemps 1902 [pour le
centième anniversaire de Victor Hugo]
- 1911,
Munich, poème symphonique
- 1913 (après 1913),
La vie féerique, scènes de film (voix soliste et orchestre)
- 1913 (vers 1913),
L'amour au faubourg, drame lyrique en deux actes
- 1913,
Julien ou La vie du poète, poème lyrique en 4 actes avec prologue,
créé à l'Opéra-Comique de Paris le 4 juin 1913 [à partir des matériaux
musicaux de
La vie du poète, Impressions fausses, Louise]
- 1913, Le chant populaire [chants populaires de nombreux pays,
Charpentier éditeur]
- 1931,
Orphée, légende lyrique en 4 actes (deux actes achevés par
Delmas)
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Gustave Charpentier : Lettres inédites à ses parents: la vie
quotidienne d'un élève du Conservatoire 1879-1887. Paris 1984
- —,
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224-2288 [sur
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Saint-Pol-Roux. Paris 1952 [troisième édition : 1971]
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La vie montmartroise de Gustave Charpentier. Dans « Musica-disques»
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- CALAS A.,
La découverte d'un manuscrit de Saint-Pol-Roux fait rebondir la
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- DELMAS M.,
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Julien dans «Le Figaro» du 4 juin 1913]
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1900
WOLFF PIERRE,
La musique contemporaine. «L'activité contemporaine», Fernand
Nathan, Paris 1954, p. 127-128 :
|
Gustave Charpentier (né en 1860), qui, nous l'avons dit, remporte en
1887 le Prix de Rome, revient de la Villa Médicis avec l'admirable
partition des
Impressions d'Italie (1890), qui connaît bientôt un triomphe mérité
par sa couleur, son pittoresque mélodique, rythmique et orchestral, la
sincérité et la fraîcheur de sa sensibilité. De la même année date la
Vie du Poète. Cette œuvre représente la première manifestation
d'une tendance populiste, qui cherchait une musique écrite pour le peuple,
destinée non à le flatter, mais à élever ses sentiments, comme dans un
autre domaine, les Universités populaires. Avec le concours d'Albert Doyen
(1882-1935) il tenta d'introduire avec le Conservatoire de Mimi Pinson, et
les Fêtes du peuple, la musique instrumentale et surtout chorale dans les
réjouissances populaires. C'est à cette intention qu'il écrivit cette
œuvre ample et noble qu'est le
Couronnement de la Muse. En même temps, il poursuivait la
composition de
Louise. La muse exigeante de Charpentier n'était pas abondante, et,
alors que le premier acte de
Louise avait été un envoi de Rome, l'oeuvre ne fut achevée que dix
ans après et connut les feux de la scène en 1900. André Messager,
directeur de la musique à l'Opéra-Comique, avait dû lutter pour faire
admettre cette œuvre de caractère si neuf. Le succès récompensa son
dévouement. Une récente et brillante reprise a prouvé que l'oeuvre
affrontait les injures du temps grâce à son caractère direct, son
mouvement pittoresque (écoutez les Cris de Paris), l'émotion amicale,
attentive qu'elle dégage, et la noblesse simple de sa pensée.
Louise devait avoir une suite : Julien. Charpentier y travailla
amoureusement pendant treize ans. L'oeuvre , belle et noble, peut-être un
peu verbeuse, tomba à plat. Charpentier s'est, depuis réfugié dans une
hautaine misanthropie. Ses cartons nous réservent, peut-être, d'heureuses
surprises.
|
CHANTAVOINE JEAN & GAUDEFROY-DEMONBYNES JEAN,
Le romantisme dans la musique européenne. «L'Évolution de
l'humanité», Éditions Albin Michel, Paris 1955, p. 321
|
[...] Acceptable aussi [l'atmosphère wagnérienne] dans
Fervaal (1889-1895) de Vincent d'Indy, car les sujets sont élevés,
et dignes du style wagnérien. Mais ce n'est pas du tout le cas de Louise
de Charpentier, drame lyrique plébéien où l'orchestration wagnerienne au
grand complet sonne faux pour caractériser grandiosement le marchand de
carottes et la raccommodeuse de chaises
Charpentier exploitait là une des tendances où la littérature à la mode
a fourvoyé les épigones du romantisme musical : le naturalisme [...]
|
LANDORMY PAUL,
La musique française après Debussy. NRF Gallimard, Paris 1942
[sixième édition], p. 195-200
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L'un des plus populaires parmi les musiciens français. Populaire de
toute manière. Parce qu'il aime le peuple et qu'il décrit merveilleusement
ses joies et ses souffrances. Parce qu'il est lui-même un peu « peuple»
d'esprit et de cœur. Parce qu'il écrit une musique facile et vibrante, qui
touche au vif, qui remue les entrailles, vous prend et vous mord. Parce
que, pour élever à la musique le peuple, il s'est mêlé à lui, organisant
des fêtes, des chœurs, un conservatoire qui lui sont spécialement destinés
et réservés.
Il est né le 25 juin 1860 à Dieuze, en Lorraine. Son père était
boulanger. Après la guerre, ses parents vinrent se fixer à Tourcoing. Il y
suivit des cours de violon. A 15 ans, il entrait comme employé à la
comptabilité dans une filature. Mais les chiffres ennuyaient le jeune
Gustave. Pour se distraire, il fonde une société symphonique et commence
d'enseigner le violon à son patron, M. Lorthiois. Celui-ci l'autorise, en
retour, à suivre les cours de violon et d'harmonie du Conservatoire de
Lille. L'année suivante, en 1879, il se voit décerner un prix d'honneur de
violon, et la municipalité de Tourcoing lui alloue une pension annuelle de
1.200 francs pour lui permettre de continuer ses études musicales à
Paris
Il entre dans la classe de violon de Massard. C'était un maître sévère.
Avec lui, le turbulent Gustave faisait si mauvais ménage qu'il finit par
donner sa démission et par quitter le Conservatoire. Il y rentra bientôt,
du reste, dans la classe d'harmonie de Pessard. Son service militaire
terminé, il devint l'élève de Massenet pour la composition (1885), élève
fantaisiste, incapable de s'astreindre à aucune discipline. Il ne fallait
pas attendre de lui qu'il remît régulièrement des devoirs, ou, quand il
les avait faits par hasard, il avait pris soin d'y insérer quelque "
blague ", qui lui attirait de son professeur une réprimande dont il
s'amusait fort. C'est ainsi qu'un jour il accompagna un «chant donné»
d'une basse qui n'était autre que l'air populaire «J'ai du bon tabac». On
devine la figure ahurie du professeur en déchiffrant au piano l'ironique
réalisation de cet exercice d'harmonie. Gustave en était tout joyeux.
En 1887, il concourt pour le prix de Rome et, avec sa cantate
Didon, obtient la première récompense à l'unanimité moins une voix.
Cantate à ce point réussie qu'elle fut exécutée avec un vif succès l'année
suivante aux Concerts Colonne, puis à Bruxelles et à Tourcoing.
En février 1888, Charpentier part pour la Ville Éternelle, «muni, nous
dit son excellent biographe André Himonet, d'un violon sans cordes, d'un
basson éclopé et d'une petite flûte veuve de la plupart de ses clefs».
A la Villa Médicis, le voilà tout de suite au plus mal avec son
directeur, le peintre Hébert, fomentant contre lui une sorte de révolte,
allant jusqu'à réclamer sa démission. Un ami commun arrange à peu près les
choses. Mais Charpentier restait un pensionnaire fort difficile à mener.
D'abord il ne pouvait admettre que l'accès des femmes à la Villa fût
interdit. Cette contrainte monastique le contrariait fort, et il ne se fit
pas faute de nombreux manquements à cet article du règlement. En désespoir
de cause, le directeur finit par fermer les yeux. En 1889, Charpentier a
l'idée d'assister à l'Exposition universelle. Il en caresse l'agréable
projet avec tendresse, et un beau jour, sans aucune permission, il part
pour Paris. Il y arrive sans encombre. Mais ne voilà-t-il pas qu'aux
abords de la Tour Eiffel il rencontre son maître Massenet. Un dialogue
s'engage :
Mais qu'est-ce que vous faites donc à Paris, mon ami ? demande le
membre de l'Institut.
Moi ? répond sans hésiter Charpentier,
je m'occupe de mon élection (on vivait .les jours troublés du
boulangisme).
Je me présente à Tourcoing comme député. Massenet ne se laissa
point prendre naturellement à la grosse plaisanterie de ce grand gamin,
dont il connaissait la tournure d'esprit fantasque, et, bonnement, lui
conseilla de reprendre sans plus tarder le chemin de l'Italie, s'il ne
voulait pas s'exposer aux conséquences graves de son imprudente escapade.
Charpentier se le tint pour dit, et le soir même prit le train qui le
ramenait au bercail. Mais dès son retour, quelques centaines d'affiches
placardées sur les murs de la Ville Éternelle annonçaient aux populations
ébahies que Gustave Charpentier, prix de de Rome et boulangiste,
sollicitait les suffrages des Tourquennois.
Avant son retour à Paris, en 1890, son directeur Hébert prédit à
Gustave Charpentier qu'il ne ferait jamais rien de bon, qu'il ne serait
jamais qu'un anarchiste. Il était cependant déjà l'auteur de
Napoli (joué en 1891 aux Concerts Lamoureux). Souvenir
prodigieusement évocateur de la vie grouillante et bariolée de Naples.
Fragment de ces intenses
Impressions d'Italie (suite d'orchestre en cinq parties) dont les
Concerts Colonne et les Concerts Lamoureux donnèrent simultanément et avec
le plus brillant succès l'audition. L'auteur ne pouvait souhaiter plus
éclatant triomphe pour son entrée dans la vie musicale.
Les Impressions d'Italie constituaient le premier envoi de
Gustave Charpentier comme pensionnaire de la Villa Médicis. Le second
envoi fut la
Vie du Poète, symphonie-drame avec chœurs composé sur un poème
écrit par Gustave Charpentier lui-même et qui effraya le brave Hébert par
les audaces d'un style qui ne reculait pas devant des expressions aussi
peu académiques que
homme saoul, charogne, etc. L'Institut ne s'effaroucha point, et
Gounod, enthousiasmé par la qualité musicale de l'œuvre, adressa à Gustave
Charpentier une lettre où il lui disait toute son admiration.
La Vie du Poète fut exécutée au Conservatoire le 18 mai 1892,
puis à l'Opéra dans un spectacle qui se terminait par le ballet de
Sylvia, de Léo Delibes.
La Vie du Poète, qui disait toutes les tristesses, tous les
déboires de la vie d'artiste, eut bientôt ses admirateurs fanatiques.
Nous étions alors une petite bande, raconte Saint-Georges de
Bouhélier dans ses «Années d'apprentissage»,
pour qui cetteœuvre était sacrée. Nous l'envisagions comme le drame de
nos destins.
C'est encore à la Villa Médicis que Gustave Charpentier écrivit le
livret de
Louise et en composa tout le premier acte.
De retour à Paris, le jeune musicien loua un très modeste logement sous
les toits, rue Custine, et bientôt sa pittoresque silhouette devint
familière à tous les habitants de son cher Montmartre, dont il fréquentait
volontiers les tavernes, les bals musette.
Vêtu comme un rapin de Murger, nous dit Himonet,
ses cheveux s'échappant en boucles blondes de son vaste chapeau à bords
plats, la pèlerine flottant au vent, la lavallière en désordre, il allait,
un solide gourdin en main, une longue pipe à la bouche, tour à tour égayé
ou attendri par le spectacle protéiforme que lui offraient les ruelles
escarpées du faubourg.
Volontiers révolté contre la vie et la société et animé d'un souffle
ardemment humanitaire, il écrivit alors la
Chanson du Chemin, sur des paroles de Camille Mauclair, et les
Impressions fausses pour orchestre, baryton et chœur d'hommes sur
deux poèmes de Verlaine, la
Veillée rouge et la
Ronde des Compagnons. Les revendications sociales qui s'y faisaient
jour troublèrent le jugement du public du Châtelet, qui ne voulut point en
entendre une seconde fois la musique.
Puis vint, en 1897, à Montmartre, la
Fête du Couronnement de la Muse, qui passa plus tard de la rue sur
la scène (3e acte de
Louise). Enfin, le 2 février 1900, avait lieu la première
représentation de
Louise à l'Opéra-Comique.
Le Tout-Montmartre était descendu à la salle Favart pour y applaudir
son grand'homme. Les pèlerines des rapins aux longs cheveux voisinaient
avec les plastrons étincelants et les calvities aristocratiques. Peu de
gens du monde ; beaucoup de personnages officiels, ministres,
députés; et, naturellement, le ban et l'arrière-ban des musiciens.
Le président Loubet était là. Tous les provinciaux et les étrangers
qui étaient venus à l'Exposition voulurent assister à cette apothéose du
Paris de 1900. Et bientôt après, le drame populaire faisait triomphalement
le tour du monde.
Le 4 juin 1913,
Julien paraissait en même temps sur les scènes de l'Opéra-Comique à
Paris et de l'Opéra de Monte-Carlo. Ce poème lyrique en quatre actes et
huit tableaux, où se trouvait incorporée une grande partie de la
Vie du Poète, formait la suite de
Louise.
Une troisième partie du « triptyque populaire »,
l'Amour au faubourg, n'a jamais été représentée.
Notons enfin la fondation, en 1902, d'un conservatoire populaire, le
Conservatoire de Mimi Pinson, où l'on enseigna le solfège, le chant, le
piano et toutes matières musicales.
Depuis 1912, Gustave Charpentier est membre de l'Institut, où il
succéda à son maître Massenet. Depuis lors, il a presque cessé de
produire. Mais il avait assez donné de lui-même dans sa féconde jeunesse
pour s'être à jamais couvert d'une gloire impérissable. Il pouvait se
reposer sur ses débuts éclatants et s'en tenir là. Cet homme au cœur
tendre a dit un jour ce mot :
Je voudrais être aimé. Il l'est; il l'est singulièrement de ceux
qu'il aime par dessus tout, de son bon peuple de Paris.
Un novateur, un révolutionnaire en son genre. Mais non pas à la manière
d'un Debussy. Il n'invente pas une technique musicale nouvelle. Il se sert
du langage de tout le monde, de tous les musiciens de son temps, et
notamment de Massenet et de Chabrier, de Chabrier dont il admire et
emprunte à l'occasion la langue colorée.
S'il innove, c'est dans le choix des sujets qu'il traite. Il est, avec
Bruneau, le créateur de l'opéra en prose, de l'opéra en blouse. Même le
« réalisme » de
Louise, les ouvriers en costume de travail, les silhouettes de
chiffonniers, de sergents de ville, les mots d'argot, les expressions
triviales, scandalisèrent, a l'origine, bien des spectateurs. On est vite
revenu de ce sot préjugé. Et nous devons à Gustave Charpentier, en même
temps qu'à Bruneau, cet élargissement du domaine étroit réservé
jusqu'alors à nos opéras et à nos opéras-comiques.
Seulement il y a cette différence, entre Bruneau et Charpentier, que le
premier emploie son réalisme à développer une conception généreuse et
hautement morale de la vie humaine, tandis que Charpentier s'enferme dans
une vision de la vie de l'artiste singulièrement rapetissée, strictement
ramenée aux plus vulgaires jouissances de la volupté des sens. Son Paris,
le Paris qu'il chante avec un tel enthousiasme, ce n'est pas le Paris. que
nous admirons et que nous aimons tous, avec ses grandeurs, ses harmonies,
ses incomparables beautés, ce n'est qu'un coin de ce Paris et le moins
estimable, c'est Montmartre, Montmartre considéré comme le centre
universel d'une fête éperdue. Voilà justement ce qui séduisit. en 1900 les
étrangers. venus des quatre bouts de l'univers pour
s'amuser à Paris. Il y a un autre Paris, d'un autre style,
autrement divers aussi et autrement profond, de l'existence duquel notre
auteur ne semble pas se douter. Son « Poète» a pourtant des
prétentions à la philosophie. Il philosophe sur le droit au bonheur,
mais d'une philosophie bien courte, et il le réduit en somme au droit de
« faire la noce » en piétinant sans scrupule tous les devoirs que la
famille et la société imposent à l'individu. Car il faut bien entendre la
pensée de Gustave Charpentier. Toute sa sympathie va à son héros et à son
héroïne, à Louise, et non pas aux si respectables revendications de ses
parents. Voilà ce que je n'aime pas dans une œuvre, très mélangée, et par
ailleurs si remarquable. Je n'aime pas cette fille sans cœur et sans
cervelle qui nous présente les appels exigeants de son sexe pour la loi
suprême et qui, là-dessus, sentimentalise à faux. Sa liberté, ce n'est que
son plaisir. «S'amuser toute une vie», comme Manon, voilà ce qu'elle
réclame, voilà toute sa morale. Décrire la vie frivole comme Massenet l'a
fait n'est rien, mais la proclamer la règle du bien vivre, en faire une
sorte d'évangile, voilà qui sonne petit et faux.
Ce que J'aime dans Gustave Charpentier, c'est le musicien, musicien.
extraordinairement doué, d'une invention si facile, si abondante, si
personnelle. Relisez. dans Louise ces pages Uniques que sont la scène des
ouvrières à l'atelier, l'air de Louise, la berceuse du père. Personne n'a
écrit de musique ni plus colorée, ni plus émue. Suivez surtout avec
attention la ligne mélodique et les dessous harmoniques des dernières
mesures de l'air de Louise : vous y découvrirez le mystère d'une
sensibilité en même temps que d'une grâce incomparables.
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VUILLERMOZ ÉMILE,
Histoire de la musique. «Les grandes études historiques», Arthème
Fayard, Paris 1949 [8e édition], p. 3667-368
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[...] Passionné, lui aussi, pour la recherche du lyrisme caché dans les
plus humbles destinées, GUSTAVE CHARPENTIER (1860) allait étendre, et
consolider cette conquête en nous donnant
Louise et
Julien, «romans musicaux » consacrés aux amours d'une
midinette et d'un poète montmartrois, et n'hésitant pas à
« musicaliser » une mansarde, une ménagère à son fourneau, une lampe
à pétrole, un journal, une soupière et un litre de vin. La création de
Louise qui, avec celle de
Pelléas, ensoleilla le seuil du xx
e siècle, représente dans l'histoire de notre théâtre une date
fort importante. Moins naturaliste et moins réaliste qu'Alfred Bruneau,
Gustave Charpentier ne dédaigne pas d'enrichir d'un élément secret de
romantisme les situations les plus prosaïques de la vie. moderne. Il est
sensible aux grands symboles moraux et sociaux et donne à son anecdote des
prolongements philosophiques grandioses. L'entrée en scène de son
« Plaisir de Paris » et le couronnement de son héroïne accédant à un
Parnasse populaire résument clairement l'idéologie qui l'a guidé dans la
composition de ses deux ouvrages dont le second n'a pas connu la fortune
éclatante du premier. Pendant toute sa carrière, Gustave Charpentier qui
avait fondé le Conservatoire de « Mimi Pinson » et organisé partout
des fêtes démocratiques et des cérémonies consacrées au
Couronnement de la Muse, a été hanté par de généreuses
préoccupations sociales. Il a très peu écrit. Deux albums de mélodies, sa
Symphonie-drame : la
Vie du Poète et ses délicieuses
Impressions d' Italie pour orchestre constituent tout son bagage.
Il est peut-être le seul compositeur qui n'ait jamais songé à écrire une
pièce de piano ou d'instruments à cordes, une sonate, un quatuor, une page
de musique pure. Sa sève musicale dont nul ne peut contester la richesse
et la chaleur ne s'accommode pas des formes abstraites de la musique de
chambre. Il lui faut un contact direct avec la vie. Et ce contact lui
inspire aussitôt des accents d'une justesse, d'une vérité et d'une émotion
dont l'éloquence directe est irrésistible. Dans le monde entier,
Louise aura fait entendre aux couples d'amoureux
la chanson du cœur de Paris.
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