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 Barraine Elsa (Jacqueline)
1910-1999
 

* Paris, 13 février 1910 — Strasbourg 20 mars 1999.

Fille d'Alfred Barraine, violoncelliste soliste à l'orchestre de l'Opéra et membre de la Société des Concerts du Conservatoire.

En 1919 elle est admise au Conservatoire nationale supérieur de Paris. Elle y suit les cours de composition avec Paul Dukas, d'harmonie avec Jean Gallon, de fugue  avec Georges Caussade, d'accompagnement au piano avec A. Estyle. Elle obtient un Premier Prix d'harmonie en 1925 et d'accompagnement au piano en 1927.

En 1928, elle obtient un second Prix de Rome avec Heracles à Delpes, puis en 1929 le Premier grand Prix avec la cantate La Vierge guerrière sur un poème d'Armand Foucher, trilogie sacrée sur Jeanne d'Arc.

De 1936 à 1939 elle est chef de chant à l'Orchestre national de la Radiodiffusion française.

Pendant la guerre elle est active dans le Front national des musiciens en résistance à l'occupation allemande et au gouvernement fasciste de Pétain.

De 1944 à 1946 elle est directrice de l'Orchestre National et directrice musicale des édition du Chant du Monde.

En 1949, elle participe à l'Association des musiciens progressistes, avec Serge Nigg, Roger Désormière, Louis Durey et Charles Koechlin.

En 1953 elle est nommée professeur au Conservatoire national supérieur de Paris. Elle y enseigne l'analyse de 1969 à 1973.

Elle joue un rôle actif à la Fédération musicale populaire (avec François Vercken)

en 1972-1974 elle est inspectrice des théâtres lyriques nationaux à la Direction de la musique au Ministère de la Culture.

Catalogue partiel des oeuvres

Les oeuvres d'Elsa Barraine sont éditées chez Costallat, Durand, Salabert, Schott

  • 1928, Joeuses Pâques, pour chant et piano. Valse chantée (au charmantissime illustrissime vénérablissime compositeur Claude Arrieu. Hommage attendri de l'humble et respectueux Elsa Barraine,   11 avril 1928. Manuscrit 20798, Bibliothèque nationales de France (musique)
  • 1930, Harald Harfagard, variations symphoniques d'après H. Heine
  • 1930, S ymphonie n° 1
  • 1930, Deuxième prélude et fugue pour orgue. Durand, Paris 1930
  • 1931, Quintette à vents
  • 1931, Il y a quelqu'un d'autre je pense pour chant et piano,sur un texte d'auteur chinois inconnu, trduit pas Marc Logé. Enoch, Paris 1931
  • 1931, Je ne réclamais rien de toi pour chant et piano, sur un poème de Rabindranat Tagore, traduit par André Gide. Enochn Paris 1931
  • 1931, Je suis ici pour te chanter des chansons, pour chant et piano, sur un poème de Rabindranat Tagore, traduit par André Gide. Enochn Paris 1931
  • 1933, Pogromes, pour orchestre
  • 1936, Crépuscules pour cor d'harmonie avec accompagnement piano. Ch. Gras, Paris 1936
  • 1936, Elégie et ronde pour flûte et accompagnement de piano.Ch. Gras 1936.
  • 1936, Fanfare pour cor d'harmonie avec accompagnement de piano. Ch. Gras, Paris 1936
  • 1936, Hommage à Paul Dukas, pour la piano. Supplément à la « Revue musicale » de mai-juin 1936
  • 1938, Symphonie n° 2
  • 1938, Dans le sable pour piano et chant sur des paroles de Pierre Camus. Editions sociales internationales, Paris 1938.
  • 1939, Aria pour trompette en ut (ou violon). Editions sociales internationales 1939
  • 1944, Avis sur un poème de Paul Eluard, pour chœur et orchestre. Chant du monde, 1945
  • 1945, Suite astrologique, pour petit orchestre
  • 1945, Variations sur « Le fleuve rouge »
  • 1947, Le mur, ballet de R. de Jouvenal
  • 1947, musique de film pour « La flûte magique » en colaboration avec Marcel Delannoy
  • 1947, Improvisation pour saxophone (Concours Conservatoire de Paris). Costallat 1947
  • 1948, Musique de scène pour Printemps de la liberté de J. Grémillon
  • 1948, Musique pour le film Pattes blanches de J. Grémillon
  • 1948, Poésie ininterrompue, cantate sur un poème de Paul Eluard, pour 3 voix solistes et orchestre
  • 1949, L’homme sur terre sur un poème de Paul Eluard, pour chœur et orchestre. L'Art musical populaire, Givors 1980
  • 1950, Claudine à l’école, ballet de Colette
  • 1950, La chanson du mal-aimé, ballet d'après Guillaume Apollinaire
  • 1950, Variations, pour percussion et piano
  • 1951, La nativité, sur un poème de L. Masson, pour voix solistes, chœur et orchestre
  • 1952, Les cinq plaies sur un poème de M. Manoll, pour vois solistes choeur et orchestre
  • 1953, Hommage à Prokofiev, pour orchestre
  • 1954, Fanfares de printemps pour cornet à piston (en si bémol ou en la) et piano. Max Eschig, Paris 1954
  • 1955, 3 ridicules, pour orchestre
  • 1956, Musique pour le film Le sabotier du Val de Loire de Jacques Demy
  • 1958, Les paysans sur un poème de A. Frenaud, pour 4 voix solistes et orchestre de chambre
  • 1958, Andante et Allegro pour saxhorn [Morceau de concours pour le Conservatoire de Paris]
  • 1959, Les jongleurs, pour orchestre
  • 1959, Les tziganes, pour orchestre
  • 1961, Fantaisie pour clavecin (ou piano). Editions Transatlantiques 1961
  • 1966, Atmosphère, pour hautbois et 10 cordes
  • 1966, Chien de paille pour tuba (ou trombonne ténor, ou trombone basse, ou basson, ou onde Martenot) [Concours du Conservatoire National Spérieur de Paris]
  • 1966-1977, Musique rituelle sur un texte de Bardo Thödo, pour orgue, gongs, xylorimba,
  • 1977, De premier mai en premier mai sur un poème de Paul Eluard, pour 4 voix mixtes, chœur. L'Art musical populaire, 1979
  • 1982, La boite de Pandore, 54 exercices et de rythme pour le piano. G. Billaudot, Paris 1982


Denis Joly, C. Arrieu, E. Barraine, Y. Desportes, P. Dukas

Bibliographie

  • HUBLER LYN HELEN, Women organ composers from the Middle Ages to the present : with performance suggestions for selected works (thèse). Stanford University 1983 [206 p.]
  • MOULDER EARLINE, Jewish themes in Elsa Barraine's second prelude and fugue for organ. Dans «Women of note quarterly: The magazine of historical and contemporary women composers» (vol. 3, n° 3), août 1995, p 22-29
  • —, Rediscovering the organ works of Elsa Barraine. Dans «Women of note quarterly: The magazine of historical and contemporary women composers» (vom. 3n, n° 2) mai 1995

Discographie


Disques Triton, TRI 331136, 2005 

Musique française au féminin : Cinq compositrices.
Mel Bonis
Elsa Barraine
Claude Arrieu
Suzanne Giraud
Florentine Mulsant.

Ensemble Latitudes, Stéphanie Carne, clarinette.

1-5. Claude Arrieu, Quintette en ut (1955) — 6-8. Florentine Mulsant, Quatuor in Jubilo op. 22 (2002) — Mel Bonis, Suite dans le style ancien (1928, inédit) — Suzanne Giraud, Épisode en forme d'oubli (1989) — Elsa Barraine, Ouvrage de Dame (1937)

Documents

PAUL LANDORLY, La musique française après Debussy. Galliamard, Paris, 1943 (sixième édition), p. 365-367

J'ai déjà eu l'occasion d'indiquer quel rôle, depuis quelques années, prenait tout d'un coup la femme dans la production musicale. Le prix de Rome de Lili Boulanger fut le point de départ d'une évolution dont on tenterait en vain d'arrêter le cours.

J'attends beaucoup de la femme dans cet art musical pour lequel elle montre d'ordinaire tant de goût. J'attends surtout qu'elle nous apporte autre chose que de la musique masculine, qu'elle nous fasse la confidence de ce qu'il y a de particulier, de tout à fait féminin dans ses sentiments, qu'elle nous fasse découvrir un monde nouveau d'émotions, celui qui est son domaine propre.

Elsa Barraine est née à Paris, le 13 février 1910, de parents musiciens : son père, violoncelliste à l'Opéra, sa mère, cantatrice. Elsa Barraine, dès le berceau, a entendu de la musique autour d'elle. Toute petite, sa soeur aînée l'emmenait à la classe d'harmonie. Et l'on remarquait déjà avec quelle facilité elle retenait tôut ce qu'elle entendait là.

On la mit à l'étude du piano et du solfège, et elle entra au Conservatoire à la fois dans une classe de solfège et dans une classe de piano préparatoire. On voulait faire d'elle une instrumentiste. Mais on ne l'empêcha point d'entrer à la classe d'harmonie de Jean Gallon. Au bout d'un an, elle obtenait un premier prix.

Alors, elle renonça à la classe de piano supérieure pour celle de fugue et de composition. Caussade et Widor, puis Paul Dukas, furent ses maîtres. Elle travaillait aussi avec Paul Vidal, Fauchet et Büsser. Et comme tout marchait à souhait, « elle se hasarda », nous dit-elle, à se présenter au concours de Rome. Elle fit bien. Car, en 1928, elle obtint le deuxième second grand prix et en 1929 le premier. Beau couronnement de vaillants efforts. Grande joie qui récompense !

A ce moment, elle me disait que les sujets bibliques et orientaux l'attiraient plus que d'autres, mais que ni le théâtre, ni l'oratorio, ni la mélodie n'avaient ses prédilections. Elle aimait surtout la musique symphonique et la musique de chambre.

Elle partit pour Rome en janvier 1930, sans enthousiasme, l'ingrate ! habiter cette merveilleuse Villa Médicis; se promener à son gré au Pincio; de la terrasse contempler l'harmonieux panorama de la Ville Éternelle; descendre par l'église de la Trinitédes-Monts et ses marches fleuries vers les petites rues encombrées, d'une bigarrure si amusante, de la vieille Rome ! Tout cela ne lui disait rien. Non. Elle ne songe qu'à son Paris. Vieille habitude...

Quelques jours après son arrivée à la Villa Médicis, elle repart pour la France, pour Paris, où Straram lui joue Harold Harfagar; c'est la première fois qu'elle s'entend à l'orchestre. Quelle joie et quel enseignement !

Puis elle rejoint Rome. Le séjour à la Villa lui paraît très dur. Elle souffre d'être privée des affectueux conseils de son maître Paul Dukas, d'être séparée de sa famille, de son milieu. Elle use de ruses diaboliques pour obtenir des congés et s'enfuir vers les siens.

Cependant, la petite Parisienne s'apprivoise un peu. Notamment elle fait la découverte des arts plastiques, auxquels elle n'avait jamais prêté la moindre attention, à ce point, — elle avait mauvaise tête, — qu'elle avait toujours refusé d'entrer au Musée du Louvre, sous prétexte que la musique suffisait à tout. Maintenant les merveilles du Musée des Thermes à Rome, les temples siciliens, les métopes de Sélinonte la passionnent. Mais elle ne s'intéresse qu'à l'art grec ou à ce qui subit directement son influence. L'art proprement romain, la Renaissance italienne, la laissent indifférente.

Elle se met à lire beaucoup et un peu à l'aventure. Pêle-mêle elle dévore mille ouvrages divers, les tragiques grecs, les Mémoires

d'Outre-tombe, Ibsen, Labiche, Mæterlinck, Dostoïevsky, Montaigne, des livres chinois, japonais, hindous.

L'obligation de composer les fameux « envois » à l'Institut la ramène à la musique. Elle écrit un petit opéra-comique en un acte, le Roi bossu. Paul Dukas lui avait conseillé cette petite expérience dans le domaine du théâtre. La pièce fut jouée en 1932 une douzaine de fois. Excellente occasion de passer quatre mois d'hiver à Paris pour les répétitions à l'Opéra-Comique, qu'Elsa Barr aine aurait voulu faire durer indéfiniment.

Dès qu'elle est à Paris, elle se sent plus de goût au travail. Elle écrit alors plusieurs mélodies sur des textes chinois et de Rabindranath Tagore, et aussi trois esquisses symphoniques que Straram inscrit à son programme. Elle songe à composer de la musique pour Intérieur de Mæterlinck, mais après six mois de travail elle renonce à ce sujet qui comporte trop peu d'action scénique et qui présente trop d'analogies avec Pelléas et avec Ariane.

Alors elle commence une Symphonie, mais sans entrain, en proie à une crise de sécheresse, d'aridité et de nonchalance que provoque en elle l'atmosphère romaine de nouveau retrouvée.

Revenant à la bonne humeur, elle écrit avec meilleure volonté et tout son coeur des Variations pour piano, très réussies.

Et puis, c'est le retour si désiré en France. Grande joie qui inspire l'ardeur à l'ouvrage. Voici successivement : Pogromes pour orchestre, illustration à un poème d'André Spire; un Quintette pour piano et cordes; un Motet pour choeur mixte sur des vers de Clément Marot. Enfin, premier travail non imposé (quelle délivrance !), une Fantaisie pour piano et orchestre.

Relevons encore dans la production d'Elsa Barraine : Deux Préludes et Fugues pour orgue, la Nuit dans les chemins -du rêve, prélude pour piano; Deux Symphonies, Deux Pièces pour cor et piano, une Fête des Colonies pour l'Exposition de 1937, Ouvrage de dame, quintette pour instruments à vent.

Une petite tête qui porte en elle une ferme volonté. Une nature fine sous ses gestes un peu masculins. Ouvrage de dame, voilà un titre qui me plaît, et à la pensée duquel il siérait qu'une femme compositeur se conformât toujours.

 

Jean-Marc Warszawski
révision 21 novembre 2005

Références / musicologie.org 2005-25008