Alfred Caron — Gand, Muziekcentrum De Bijloke, 4 novembre 2026.
Orphée et Eurydice : Gluck selon Berlioz revu par Francesco Corti
Orphée et Eurydice, Gand, Muziekcentrum De Bijloke.
On connaît au moins trois versions de l’Orphée et Eurydice de Gluck : celle de la création viennoise en 1762, la version révisée pour Paris en 1774 et celle que Berlioz élabora en 1859 à partir des deux précédentes en y supprimant ce qui lui déplaisait (l’ouverture, certaines parties de ballet et le chœur final auquel il substitua celui d'Echo et Narcisse). Il adapta aussi l’instrumentation pour un orchestre « moderne », remplaçant notamment les cornets baroques par des instruments à pistons. N’oublions pas non plus la grande cadence extravagante que Pauline Viardot, pour qui il arrangea l’opéra, ajouta au grand air héroïque « Amour viens rendre mon âme », lui-même adapté d’un air supplémentaire destiné à un grand castrat italien en 1769 et transposé pour les moyens du ténor Joseph Legros, dans la version parisienne.
Avec cette version de concert, le chef Francesco Corti en ajoute une nouvelle en lui restituant sa complétude, tout en se basant essentiellement sur l’édition de Berlioz. La direction du chef italien offre une vision syncrétique, mixant habilement les styles car, si ses tempi rapides et son agogique serrée se ressentent de ses origines de spécialiste du répertoire baroque, singulièrement dans les passages purement orchestraux (Danse des furies, Ballet des ombres heureuses… etc.), dans les airs et les grands ariosos eux-mêmes il sait capturer l’esprit romantique dans lequel le dix-neuvième siècle a refondu l’œuvre de Gluck.
Il répond en ce sens à l’interprète du rôle-titre, la mezzo Sophie Rennert, qui joue à fond d’un chant basé sur la nuance et l’expressivité, particulièrement efficient dans le récitatif accompagné, ajoutant une élégante appoggiature à l’ultime reprise de « J’ai perdu mon Eurydice ». Sa recherche d’intensité avec un phrasé très soutenu n’exclut pas une époustouflante virtuosité dans le grand air déjà cité où sa capacité à vocaliser, ses suraigus et ses descentes chromatiques vertigineuses laissent l’auditeur pantois. La voix est longue, l’aigu facile, le timbre séduisant, mais son articulation française, par ailleurs très idiomatique, a tendance à se brouiller quelque peu dans l’extrême grave un peu sourd.
Dans sa brève apparition au dernier acte, l’Eurydice d’Anna Quintans lui apporte une splendide réplique dans leur déchirant duo, avec une voix mature à la couleur assez proche de la sienne. D’une fraîcheur et d’une clarté exemplaires, l’Amour de la jeune Jiajiu Jin, est un véritable délice à chacune de ses apparitions, mais on ne saurait en dire autant de Lise Verholle dont le soprano un peu vert n’est guère agréable dans l’air avec chœur de l’« Ombre Heureuse » que la tradition avait coutume de confier à Eurydice pour un effet dramaturgique intéressant. Le chœur de l’Opéra Ballet des Flandres, d’une totale homogénéité, n’est pas toujours parfaitement compréhensible, mais sans doute faut-il en accuser la prosodie un peu artificielle du livret français. Quant à l’orchestre, il se révèle en parfaite osmose avec le chef avec de brillants solistes, notamment du côté des vents et singulièrement des bois. L’ensemble convainc pleinement et la présence scénique des interprètes compense largement l’absence de mise en scène.
Concert repris les 10 et 8 novembre 2026.


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ISSN 2269-9910.

Vendredi 6 Novembre, 2026 23:41