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Caen le 25 janvier 2020 —— Alain Lambert.

Mathias Levy trio : un superbe concert pour fêter quarante ans de jazz dans les foyers, et plus...

Trio Mathias Lévy. Photographie © Christian Mariette.

Sept cent cinquante spectateurs ce samedi pour écouter Mathias Levy en trio, avec le caennais Jean Philippe Viret à la contrebasse et Sébastien Giniaux à la guitare et au violoncelle, tous virtuoses sans esbroufe. Un concert en deux moments, d'abord hommage à Stéphane Grappelli revisitant de façon actuelle sa période post Django, puis un trio surtout avec violoncelle entre jazz et classique, superbement arrangé, avant un rappel  flamboyant sur un standard de Pink Floyd.

Le premier concert dans les foyers du théâtre de Caen, avec Alain Jean Marie, date du 5 janvier 1980. L'occasion de revenir avec Michel Dubourg, leur promoteur, contrebassiste de l'Impulsion  Quartet, dans les années 70, sur plus de 50 ans de jazz à Caen.

Car si le jazz en ce premier quart de xxie siècle y est bien vivant, avec la présence de nombreux musiciens, des salles pour l'accueillir (Théâtres de Caen, d'Hérouville, de Mondeville, Conservatoire, Musée des beaux arts, Camion Jazz, Ferme de Varembert avec Jazz dans les près, Le Camino, l'Hédoniste...), une classe de jazz du conservatoire, l'école de jazz du Caen Jazz Action (qui fête aussi ses 40 ans en février), un collectif jazz régional, une nuit du jazz, deux festivals, PAN et Minifest, deux labels, le Petit Label et Art Vivant, malgré une activité  plus réduite dans cette période dématérialisée... En 1976, le journaliste de Paris Normandie Jean Pierre Duval écrivait : Pour une raison qui échappe à toute analyse depuis quinze ou vingt ans, la musique de jazz n'a pas trouvé sa vraie place dans la vie culturelle caennaise, sauf chez les disquaires. Mais c'est justement à cette époque, grâce aux concerts réguliers des musiciens de l'Impulsion Quartet, d'abord Caen Jazz Action 4tet, à la Grignotière, l'Inconnu, l'Arcisse, au Virgule, dans les MJC comme celle de la Paririe, que le jazz va prendre toute sa place dans la cité.

Impulsion 4tet, Wartmann, Voquer, Dubourg, Douville (affiches Bernard Louvel).

Sans remonter aux années trente où les accordéonistes italiens (Givone, Gambini, Zaffiro) faisaient danser dans les guiguettes du bord de l'Orne, on peut déjà, en s'appuyant sur le livre de Jacques Chesnel, Le jazz en quarantaine (Isoète 1984) retrouver la période de la libération propice à écouter et jouer cette musique plus ou moins clandestine durant les années d'occupation, même si Django se produit avec Hubert Rostaing à la salle Guilbert le 6 janvier 1942, et si l'orchestre de Jean Lebreton joue partout du Ellington. En 1943, trois jeunes gens, Jacques Chesnel à la clarinette, Jacques Morel à la contrebasse et Roger Durell à la batterie montent leur premier trio avec des blues et des standards, rebaptisés en français  pour contourner la censure de l'occupant et du maréchal qui sera fin prêt pour le débarquement. En 1945, l'accordéoniste Guy Monneret se joint à eux, et ils jouent dans les sous-sols de l'École Normale de garçons, où ils croisent souvent les musiciens du Blockhaus Band de Cherbourg, qui répétait dans un blockhaus désaffecté de la rue Dom Pedro, Jean Pierre Langeard et Michel Lanièce. Le quartet se dissoudra après 1946 quand les occupations professionnelles des uns et des autres les feront s'éloigner. Jacques Chesnel deviendra journaliste à Jazz Hot puis à Jazz Magazine, et il organisera au Café des Images à Hérouville, près de Caen, un festival de jazz entre 1979 et 1984 et ensuite une saison de concerts en cabaret, au sous-sol du cinéma presque jusqu'à la fin du siècle. Je me souviens du superbe duo piano vibraphone Georges Arvanitas Claude Guillot.

Affiches de Bernard Giraud (Archives du Calvados 2007).

Les années soixante vont être marquées par de grands concerts au Théâtre municipal de Caen, alors Maison de la Culture dirigée par Jo Tréhard, où les étudiants de l'époque comme Michel Dubourg, ont pu entendre le Modern Jazz Quartet, Duke Ellington, René Thomas, Jimmy Gourley, Menphis Slim, Martial Solal, et Thelonious Monk en 1966... Ce qui l'amène bientôt à acheter sa première contrebasse et à commencer à répéter avec d'autres étudiants, Bibi Louison au piano, Dominique Voquer à la guitare et Michel Douville à la batterie (en regardant les photos de 1979 et 1984, on  les retrouve tous). L'Impulsion 4tet parcourera les années soixante-dix en changeant plusieurs fois de pianistes, Bibi Louison devenant professionnel à Paris, puis Emmanuel Bex partant continuer ses études à Bordeaux, Jean Wartmann sera à l'orgue Hammond, ensuite Éric Prudhomme au piano. Au début des années quatre-vingt, il deviendra même quintet avec le saxophoniste Georges Caumont, le frère du guitariste de Miles, avant de s'effacer en milieu de décennie. Je me souviens les avoir entendus la première fois vers 1977 à la Prairie, dans un mini festival avec les frères Portal, deux guitaristes sans rapport avec d'autres musiciens du même nom.

Caen théâtre 1979 B.Louison, G.Caumont, F.Perret, D.Voquer, inconnu (photo B. Louvel).

En 1980, Michel Dubourg et Dominique Voquer créent donc les concerts dans les foyers du théâtre. Je me souviens de Novos Tempos, au tout début. En parallèle existe alors dans la cafétéria du théâtre depuis trois ans, les jeudis, vendredis et samedis midi des repas aux prix modiques où les musiciens du cru viennent se faire la main. Je me souviens d'un duo guitare piano entre Martial Pardo et Dominique Voquer de grande qualité, ou aussi la rencontre entre le groupe Pantincruel, auparavant groupe de free rock militant, avec un jeune trompettiste américain de passage. Mais au moment de la rénovation du théâtre et l'ouverture d'un nouveau lieu, plus petit, ce repas convivial en musique disparaitra au milieu de cette décennie. Michel Dubourg étendra les concerts des foyers au jazz café au début du siècle suivant, y alternant les musiciens régionaux et nationaux.

Caen théâtre 1984 M.Douville, M.Dubourg, E.Prudhomme, O.Louvel. Photographie © D. R..

Vers 1981, alors que le contrebassiste François Perret joue à Paris, en particulier avec Toto Bissainthe, que Pantincruel vient de passer au jazz, le pianiste Martial Pardo crée un workshop au sein du Caen Jazz Action qui jusqu'ici s'occupait de programmer des concerts de jazz international, enluminés des belles affiches sérigraphiées de Bernard Louvel. Ce workshop va donner le jour à un beau trio, Ifrikya, avec Jean Benoit Culot à la batterie et Rénald Fleury à la contrebasse et ouvrir la voie aux premiers ateliers du Caen Jazz Action, aujourd'hui l'école de jazz de l'agglomération, où beaucoup de musiciens viendront se former. La Poterne dans le quartier du Vaugeux est le lieu des bœufs où les musiciens se croisent. Je me souviens y être allé une fois avec Jean Christophe, lui au sax et moi au vibraphone.

Les années quatre-vingt-dix verront la scène jazz se développer avec la création du collectif jazz de Basse-Normandie autour de Jean Benoit Culot et du contrebassiste Nicolas Talbot, et l'apparition de nouveaux musiciens dans les bœufs du jeudi dans la cafeteria du Café des Images puis lors des Jazzdudim(anche). Je me souviens du trio de Daniel Givone, les trois guitaristes entre manouche et jazz fusion acoustique. De nombreux musiciens caennais sont partis vers la capitale (Emmanuel Bex, Jean Philippe Viret, Christophe Leloil, Emamnuel Duprey, Olivier Louvel, Gael Horellou...). Le festival de Maizet, coorganisé par le collectif jazz, et aujourd'hui festival PAN, verra le jour  au tournant du nouveau siècle qui continue encore sur cette lancée.

D'autres infos sur le site de Jazz à Caen, qui, en plus de l'agenda, offre un répertoire important des musiciens, groupes et festivals.

En février à Hérouville les 13 et 14 février, les 40 ans du CJA (Espace Malraux et théâtre).

Au théâtre de Caen  Kenny Garret le 14 février, et le 15 dans les foyers Alexandre Tassel 4tet.

Alain Lambert
25 janvier 2020

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Mercredi 29 Janvier, 2020 12:21