musicologie  mercredi 10 juin 2020.

La Khovanchtchina de Modest Moussorgski

Modest Moussorgski, Khovanchtchina, par les solistes (Alexei Krivchenya, Grigory Bolshakov, Nikander Khanaev, Alexei Ivanov, Mark Reizen, Maria Kaksakova), le chœur, l'orchestre du Bolchoï, sous la direction de V. Nebolsin. Melodiya, 1950 (4 LP).

Drame musical populaire en cinq actes, sur un livret du compositeur et de Vladimir Stassov, d'après des événements historiques du jeune règne de Pierre Ier (les mutineries des streltsy à la fin du XVIle). Moussorgski n'a pas achevé son opéra. Dans la version achevée et orchestrée par Rimski-Korsakov, l'opéra a été créé le 21 février 1886, à saint-Pétersbourg, Salle Konosov. Dans la version de Dmitri Chostakovitch, le 25 novembre 1960, au théâtre Kirov de Leningrad.

Les personnages

Prince Ivan Khovansky, chef des streltsy (basse)
Prince Andreï Khovansky, son fils (ténor)
Prince Vasili Golitsyne (ténor)
Le boyard Shaklovity (baryton-basse
Dossifeï, chef des Rasolniki (Vieux-Croyants) (basse)
Marfa, Une Vieille-Croyante (alto)
Susanna, une Vieille-Croyante (soprano)
Unécrivain public (ténor)
Emma, une jeune fille du faubourg allemand (soprano)
Un pasteur (basse)
Kuzka, un strelets (ténor)
Deux streletsy (basses)
Streshnev, un jeune boyrd (ténor)
Un homme de main du Prince Vasili Golitsyne (ténor)
Moscovites, immigrés, streletsy, raskolniki , Petrovtsy, le régiment de Pierre 1er, peuple (chœur, ballet)

Modest Moussorgski, Khovanchtchina, par les solistes (Alexei Krivchenya, Grigory Bolshakov, Nikander Khanaev, Alexei Ivanov, Mark Reizen, Maria Kaksakova), le chœur, l'orchestre du Bolchoï, sous la direction de V. Nebolsin. Melodiya, 1950 (4 LP).

Face 1.

Face 2.

Face 3.

Face 4.

Face 5.

Face 6.

Face 7.

Face 8.

Moussorgski mit la dernière main à son opéra « Boris Godounov » en 1872. La même année il conçut son autre opéra, « Khovanchtchina », qui devait entrer dans le patrimoine des classiques de la musique russe. Comme dans « Boris Godounov », Moussorgski y retrace l’une des périodes cruciales de l’histoire russe. Si « Boris » s’ouvre au début du « temps des troubles », dans « Khovanchtchina » ce sont les jeunes années de Pierre le Grand qui sont évoquées.

L’idée avait été suggérée à Moussorgski par V. Stassov : « ... Il semblait, disait-il, que la lutte entre la vieille Russie et la nouvelle, le déclin de la première et la naissance de la seconde offraient une riche matière au drame et à l’opéra, opinion que Moussorgski partageait ».

Le thème central de « Khovanchtchina », ce sont les mutineries des streltsy à la fin du XVIle siècle.

Suivant les conseils de Stassov, Moussorgski étudia soigneusement la documentation historique et écrivit lui-même le liv­ret de son opéra, en y entremêlant les péripéties des soulèvements de 1682 et de 1689. Il prit également quelques autres libertés avec la chronologie des événements, mais sans toutefois porter atteinte à la vérité historique. Tout au contraire, la juxtaposition d’épisodes séparés par plusieurs années permit au compositeur d’évoquer avec plus de relief encore la lutte opposant les forces de progrès à celles de la réaction dans la Russie d’alors.

La Russie nouvelle, c’était le tsar Pierre et ses partisans, son entourage et ses troupes (les reîtres, le « bataillon d’amuseurs » organisé par Pierre le Grand lorsqu’il était enfant, le régiment Préobrajenski). Les boyards voient en Pierre leur ennemi, le destructeur de l’ancien état de choses, d’un régime où l’ancienneté de la lignée primait sur le talent et l’intelligence et où les vieilles familles nobles tenaient le pays sous leur coupe.

Au premier rang des partisans de l’ancien régime, nous trouvons le prin­ce Ivan Khovanski, chef des streltsy. Ces derniers avaient aidé la tsarevna Sophie à s’emparer du pouvoir, si bien que leur chef peut se croire le maître dans la capitale. Bien plus, il fomente un nouveau coup d’État et rêve de fai­re monter sur le trône son propre fils, André Khovanski. Le prince Golitsyne, familier de la régente Sophie, dont il jouit de la pleine confiance, est égale­ment un adversaire de Pierre. Ils ont un allié dans la personne du guide spi­rituel des raskolniki , le vieux moine Dossiféï (prince Mychetski, dans le monde).

Les épisodes historiques interfèrent avec la tragédie d’une jeune veuve, sectatrice du Raskol, Marfa (princesse Sitskaïa) qui a été abandonnée par son amant André Khovanski. Elle périt avec lui dans le monastère en flammes des raskolniki .

Moussorksi a appelé son opéra un « drame musical populaire ». L’épi­thète se justifie sans peine. L’action ne tourne pas autour du drame person­nel de Marfa, mais bien autour d’un complot politique, de son écrasement, de la victoire de Pierre le Grand, événements où se jouaient les destins du peuple tout entier. Moussorgski dépeint l’existence précaire du peuple sous le joug des boyards. Les streltsy se sont emparés du pouvoir, mais c’est pour Khovanski et non pas à leur profit. Comme les raskolniki , ils sont trompés par les boyards. Moussorgski n’indique-t-il pas dans une lettre que les raskolniki et les streltsy « ne savaient pas où on les menait ». Avec le livret déjà, le com­positeur réussit à rendre l’esprit de l’époque. Moussorgski met dans la bouche de chaque personnage une langue savoureuse et colorée. Le langage solennel de Dossiféï, truffé de tournures archaïques empruntées au slavon d’Église contraste avec le verbe rude d’Ivan Khovanski, le style sophistiqué, d’une politesse raffinée, propre au prince Golitsyne, le ton hypocrite et servile du Clerc. L’opéra est remarquable par ses récitatifs, ses nombreuses et amples mélodies, l’utilisation des chœurs populaires. Par la beauté des mélodies et l’inspiration, « Khovanchtchina » se range parmi les plus grandes créations de l’art musical russe et universel.

Moussorgski a travaillé plusieurs années à cet opéra, mais une mort pré­maturée l’empêcha de le terminer. C’est Rimsky-Korsakov qui devait le faire en se guidant sur les manuscrits et les projets de l’auteur. Certaines scènes, écrites ou ébauchées par Moussorgski, ne sont pas entrées dans la version de Rimsky-Korsakov. Nous lui devons également l’orchestration de « Khovancht­china » dont la première eut lieu le 9 février 1886, sur la scène du Cercle musical et dramatique de Saint-Pétersbourg.

Le professeur P. Lamm, spécialiste de l’œuvre de Moussorgski, a publié, après la Révolution d’octobre, la version originale de « Khovanchtchina ».

La mise en scène réalisée en 1950 par le Bolchoï part pour l’essentiel de la version de Rimsky-Korsakov. Le théâtre d’opéra et de ballet Kirov de Lé­ningrad s’y est strictement tenu.

ACTE I

Court morceau symphonique : « L’aube sur la Moskova ».

La vieille Moscou s’éveille. On entend le chant du coq, les trompettes se font écho: les gens du guet relèvent les chaînes qui pendant la nuit barraient les rues et les places de la capitale. Une large mélodie inspirée des chants populaires s’élève. Par des sonorités plus vives, plus brillantes, Moussorgski évoque le lever du soleil. Mais ce n’est pas seulement un pittoresque tableau musical. Le jour qui se lève à Moscou symbolise l’aube d’une vie nouvelle en Russie, la victoire des forces qui entraînaient le pays sur la voie du progrès, la victoire de Pierre et de ses partisans.

Les rayons du soleil inondent la place Rouge, les antiques murailles du Kremlin, la cathédrale de Vassili le Bienheureux, toute la ville qui s’étend au-delà de la Moskova. Sur la place, adossé à une borne, le strelets Kouzka chan­tonne en sommeillant : « J’arrive, j’arrive... sous les murs d’Ivan-Gorod... » Pa­raît une ronde de streltsy. Les streltsy se remémorent leurs brigandages. Ré­veillé par leur conversation, Kouzka bondit sur ses pieds en criant tout ef­faré : « Où sont les brigands ? Attendez un peu ! »

Le Clerc se montre. Son débit rapide, sa voix de pleutre évoquent bien le type de 1’« intendant » matois et rusé de l’ancienne Russie.

Les quolibets des streltsy ne le démontent pas; il est certain que quelqu’un finira bien par avoir recours à ses bons offices. Effectivement, à peine la ron­de des streltsy s’est-elle éloignée qu’un boyard richement vêtu aborde le Clerc. C’est Chaklovity, chef du département de l’intérieur. Il a appris que Khovanski tramait un complot, et il a décidé d’en informer Pierre. Chaklovity dicte au Clerc une dénonciation. L’idée de coucher par écrit une dénonciation diri­gée contre le tout puissant chef des streltsy fait trembler le Clerc, mais la bou­rse pesante que lui a montrée Chaklovity l’emporte sur la peur. En outre le Clerc, lui aussi, a eu plus d’une fois à se plaindre des exactions des streltsy. Tandis que le Clerc griffonne, on voit passer au fond de la scène la foule des Moscovites qui entonnent une joyeuse chanson, puis une bande de streltsy braillant «pour nous pas d’obstacles, tout nous est permis».

Dissimulant la dénonciation, Chaklovity s’éloigne. Le Clerc ne tarde pas à s’éclipser à son tour. La foule afflue. Les caftans rouges des streltsy remp­lissent la place. Ils saluent leur chef, le prince Ivan Khovansky. Moussorgski campe le personnage du chef des streltsy dans des tonalités impitoyablement satiriques, soulignant son extrême étroitesse, sa lourdeur d’esprit et son despotisme, traits qui sont mis en relief par la ligne mélodique de sa partie et le leitmotiv de l’orchestre qui intervient à l’entrée en scène du prince, ap­rès cet appel des streltsy: «Orthodoxes, les Russes, sa Grandeur lui-même va parler, sa Grandeur vient ».

Entouré de ses streltsy, Khovanski traverse Moscou. Au signal d’un des chefs des streltsy le peuple entonne un chant laudatif : « Gloire au cygne, gloi­re au cygne blanc ! ».

Sur la place déserte se précipite Emma, une jeune fille du quartier Alle­mand. Elle est poursuivie par André Khovanski. Emma s’efforce en vain d’échapper à son étreinte quand surgit brusquement, dans une robe noire, semi-monastique, l’ancienne amante d’André, Marfa. Stupéfait, il lâche Emma, mais dé­gaine aussitôt son poignard. Marfa qui connaît bien, le caractère d’André, a déjà le stylet au poing et ce dernier doit battre en retraite.

Le vieux prince Khovanski revient. Il a lui aussi trouvé Emma à son goût et donne l’ordre à ses streltsy de lui amener la « luthérienne ». André refu­se de se soumettre aux ordres paternels Ils vont en venir aux mains quand Dossiféï, le chef des raskolniki , met fin à leur querelle. « La saison n’est pas aux disputes, déclare-t-il à Khovanski et aux streltsy, c’est l’heure du grand combat pour la foi ».

Dossiféï est l’allié des Khovanski. Mais c’est un homme d’une tout autre trempe. Il est gouverné, comme le souligne Moussorgski, « par des convicti­ons solides ». Dossiféï est non seulement intelligent, mais encore, à la différence de Golitsyne et des Khovanski, soucieux des destinées de la nation. Tou­tefois, il ne comprend pas ce dont le peuple a besoin ni pour qui travaille l’histoire et il est prêt, au mépris de sa vie, à lutter pour la « vraie foi » (le raskol) et les vieilles coutumes menacées par le tsar Pierre. Dossiféï tient le langage inflexible et dépouillé d’un fanatique.

Les Khovanski, entourés de leurs streltsy, se dirigent vers le Kremlin. Marfa, sur l’ordre de Dossiféï, emmène Emma. Dossiféï et les raskolniki pri­ent pour la victoire sur « l’Antéchrist » aux sons lourds et menaçants de la cloche d’Ivan le Grand.

ACTE II

La nuit tombe. Le bureau du prince Vassili Golitsyne est éclairé par de» bougies.

Bien qu’il reçut une éducation européenne, Golitsyne demeure un par­tisan de la vieille Russie embourbée dans sa routine. Il s’est ainsi retrouvé tout naturellement, parmi les adversaires de Pierre.

Golitsyne est seul. Il lit une lettre d’amour de la régente Sophie. Le prin­ce ne s’en réjouit guère. « Faut-il croire aux serments d’une femme forte et ambitieuse ? Douter de tout, toujours », ces mots de Golitsyne définissent bien son caractère.

Entre le pasteur du quartier Allemand. Il se plaint de l’affront qu’André Khovanski a infligé à Emma et demande l’autorisation de faire construire un nouveau temple luthérien dans le quartier Allemand. Golitsyne répond évasivement au sujet d’Emma et refuse l’autorisation. Le pasteur s’éloigne.

Varsonofiev, l’un des familiers du prince, lui annonce qu’une « devineresse » demande à le voir. C’est Marfa, le superstitieux prince Golitsyne l’a fait venir pour l’interroger sur son destin.

Dans une de ses lettres, Moussorgski a qualifié Marfa de « femme tout d’une pièce, forte et aimante », ce qui est mis en relief par la manière dont il a campé musicalement et scéniquement le personnage de Marfa. Des sonorités souvent pathétiques l’accompagnent : « Le pathétique convient au tragique de Marfa », remarque Moussorgski dans une lettre à Stassov.

C’est une des plus belles scènes de l’opéra. Aux sombres incantations. « Forces occultes! Je vous invoque ! » succède une cantilène ample et triste. Marfa prédit à Golitsyne le sort qui l’attend : « Tu seras disgracié et exilé dans une contrée lointaine, tu perdras à jamais le pouvoir, la richesse, ton rang... ».

« Meurs !» s’écrie Golitsyne, terrifié. Dans son effroi superstitieux, il ordonne de noyer Marfa, afin que nul n’ait vent de ses prédictions, de la disgrâce qui le menace.

Entre Ivan Khovanski (annoncé par son leitmotiv). Les deux princes se rencontrent afin de discuter des moyens propres à défendre le vieil ordre de choses. Khovanski toutefois, n’est pas loin de voir en Golitsyne lui-même un ennemi de l’ancien régime. La discussion ne tarde pas à dégénérer en que­relle. Dossiféï, qui arrive sur ces entrefaites, s’efforce de réconcilier les deux hommes. Le conciliabule se termine toutefois sans qu’un accord ait pu être réalisé.

Les princes, après avoir été interrompus une première fois par une pro­cession de raskolniki qui passe sous les fenêtres de Golitsyne en chantant un chant aux accents empreints d’un fanatisme sévère voient soudain Marfa faire irruption dans la pièce. Golitsyne, convaincu que Marfa a été tuée sur son ordre, pousse un cri d’horreur. Marfa raconte qu’un serf de Golitsyne s’apprêtait à l’étrangler quand les gens de Pierre sont intervenus. Le thème de l’« Aube » retentit quand sont évoqués ces derniers.

Paraît Chaklovity, porteur d’une terrible nouvelle pour les conjurés : le tsar Pierre est informé des desseins des Khovanski, il a appelé le complot « Khovanchtchina » et a ordonné une enquête. Les troupes de Pierre défilent sous les fenêtres. L’orchestre reprend avec force le thème de l’« Aube », symbole de la victoire de Pierre.

ACTE III

Dans le quartier des streltsy, le palais (terem) de Khovanski. Sur les côtés, des tours de guet. Au loin, les murs du Kremlin et les coupoles de ses cathédrales. Marfa est assise sur un banc. Elle songe à son bonheur à jamais perdu, à l’amour d’André. Moussorgski incarne les tristes pensées de Marfa dans un chant « Elle s’en est allée la jeunesse », directement inspiré d’un air authentiquement populaire, mélodie simple et expressive. Aux souvenirs des jours heureux succèdent de sombres pensées, Marfa est prête à se jeter au feu avec André. Son chant est la plainte d’une femme profondément malheu­reuse, à bout de forces.

Dossiféï descend le perron du palais des Khovanski. Il s’efforce de con­soler Marfa et s’éloigne avec elle.

Entre Chaklovity, plongé dans une profonde méditation. La voilà, cette citadelle tant haïe des streltsy ! La Russie, va-t-elle longtemps encore suppor­ter les exactions des streltsy et l’arbitraire de leurs chefs ? L’arioso de Chaklo­vity constitue, avec sa morne emphase, l’une des plus belles scènes de « Khovanchtchina ».

On entend les voix des streltsy qui s’éveillent. Chaklovity se dérobe à leurs regards. Entonnant un chant plein d’entrain, les streltsy défoncent des barils d’hydromel. Leurs femmes tentent d’arrêter l’orgie, ce qui déclenche une mêlée interrompue par l’arrivée du Clerc. Empli d’une joie mauvaise, mais simulant la terreur, il rapporte que les troupes de Pierre ont rencontré les régiments des streltsy et remporté la victoire. Dans leur désarroi, les streltsy appellent Khovanski (« Père père, viens ! ... »). Mais Khovanski lui-même est effrayé et ne se décide pas à affronter avec ses streltsy les troupes de Pier­re : « Le tsar Pierre est redoutable... Attendez le verdict de la Providence ».

L’acte se termine sur une morne prière des streltsy et de leurs femmes.

ACTE IV

Premier tableau.

 La vaste et somptueuse salle des festins dans le palais du prince Ivan  
Khovanski situé dans son domaine patrimonial, près de Moscou.

Le prince est en proie à de sombres pensées. Pour distraire leur maître, les jeunes servantes entonnent un chant lent et monotone « Près de la rivière, sur le pré ». Le prince exhale son mécontentement : la vie n’est déjà plus si gaie en terre russe, il ne manquait plus que ces « gémissements de bonnes femmes ». « Quelque chose de gai et d’entraînant ! » ordonne Khovanski. Les jeunes fil­les chantent « Tard dans la nuit, j’étais assise... » et se mettent à danser.

Les chants et les danses sont interrompus par l’arrivée de Varsonofiev. Golitsyne l’a chargé de porter de mauvaises nouvelles : Khovanski est en dan­ger, qu’il se méfie de ses ennemis. Mais l’avertissement ne fait que provoquer la colère de Khovanski : qu’a-t-il à craindre dans son fief ?  Varsonofiev est chassé aux écuries: « Qu'on le rosse d’importance ! » Sur l’ordre de Khovanski, on fait place aux danses des esclaves perses.

Dans la « danse des Perses » aux rythmes d’abord lents et langoureux, puis vifs et impétueux, Moussorgski a finement rendu le coloris oriental, bien qu’il n’y ait pas introduit de motifs authentiquement populaires.

À la surprise générale, Chaklovity entre : Sophie convie le prince Kho­vanski à son conseil pour l’examen de graves questions d’État. Flatté, Kho­vanski, qui ne remarque pas le ton persifleur de Chaklovity, revêt son costu­me d’apparat cependant que les jeunes servantes entonnent un chant lauda­tif. Mais à la porte même du palais, un serviteur de Chaklovity se jette sur Khovanski et le tue d’un coup de poignard. Penché sur le cadavre, Chaklo­vity répète avec un mauvais rire les paroles du chant laudatif : « Gloire au cy­gne blanc ! »

Deuxième tableau.

Nous sommes de nouveau sur la place Rouge. Une charrette avance lentement sous bonne garde. Le prince Golitsyne est dessus, pieds et poings liés. Le tout puissant favori part pour l’exil. La mé­lodie triste de la scène des prédictions de Marfa retentit : ces dernières se sont réalisées.

Plongé dans une profonde méditation, Dossiféî sort des portes du Krem­lin : Golitsyne est tombé en disgrâce, le vieux Khovanski a péri, et le même sort attend de prince André que l’on avait promis au trône. Marfa apporte d’autres tristes nouvelles pour les raskolniki  : « On a ordonné aux reîtres de  nous cerner dans notre saint monastère et de nous massacrer sans faire qu­artier ». « Maintenant, se dit Dossiféï, l’heure est venue de recevoir la cou­ronne du martyre dans le feu et les flammes ».

Dossiféï sort. André fait irruption sur la place, du côté opposé. Il ignore tout encore du sort de son père, de l’écrasement du complot. Apercevant Marfa, il exige qu'elle lui dise où se trouve Emma.

« Emma est loin, répond Marfa, elle sera bientôt de retour dans sa pat­rie avec son fiancé ». Furieux, André menace d’appeler les streltsy et de faire exécuter Marfa comme sorcière. « Appelle-les », répond celle-ci. André sonne du cor et comme pour lui répondre un carillon se fait entendre. On voit apparaître les streltsy portant un billot et des haches, encadrés par les troupes de Pierre. On s’apprête à exécuter les streltsy. Terrifié, André supplie Marfa de le sauver. Maria emmène André, lui promettant de le cacher en lieu sûr.

Aux lamentations des femmes des streltsy succède une marche triom­phale. Un messager de Pierre annonce que le tsar a fait grâce. On voit paraît­re sur la place le jeune Pierre qu’accueillent avec allégresse les streltsy recon­naissants et le peuple.

ACTE V

Éclairé par les rayons de la lune, le monastère des raskolniki dans les forêts épaisses des environs de Moscou.

Après une brève ouverture de l’orchestre, c’est le monologue tragique, morne et solennel, de Dossiféï. « Tout est perdu, dit-il aux raskolniki , le mo­nastère est cerné par les troupes de Pierre. Nous périrons dans les flammes plutôt que de nous rendre ». Dossiféï et les raskolniki s’éloignent pour revêtir leurs habits blancs et se préparer à la mort. Sur la scène, près de la chapelle, nous voyons Marfa.

Au loin on entend la voix d’André qui se rapproche : « Où es-tu, ma chère liberté ? », « Mon amour ! » Marfa a pardonné à son amant sa trahison. À cet instant suprême, elle veut soutenir André qui pense avec effroi à la mort inéluctable. Les paroles qu’elle adresse à André respirent la passion. Ce sont des mélodies larges et pleines de sentiments, étonnant de beauté : le thème radieux des souvenirs de bonheur (« Souviens-toi, souviens-toi de ce radieux instant d’amour ») et celui de l’amour à la fois mélancolique et passionné (« Je ne t’abandonnerai pas, je périrai avec toi dans les flammes, t’aimant toujours »).

On entend des fanfares de trompettes:  les troupes de Pierre approchent.

Dossiféï sort de la chapelle, revêtu d’un suaire blanc : l’heure de la mort est arrivée. Les raskolniki reviennent de la forêt. Fou de terreur, André supplie Marfa de le sauver. La réponse de Marfa, sévère et extatique, résonne sur le fond des accords scandés de l’orchestre (remarque de Moussorgski : « à la manière d’une marche funèbre »), « Rien ne peut nous sauver, le feu sacré attend sa victime ». Dossiféï, Marfa, André et les raskolniki en blanc et des cierges à la main pénètrent dans le monastère. Les flammes s’élèvent. Le chant des raskolniki se mêle aux sonneries de trompettes des troupes du tsar qui se rapprochent. Une dernière fois, la voix de Marfa se fait entendre : « Souviens-toi, souviens-toi de l’instant radieux ». Le bâtiment s’effondre. Dossiféî, Marfa et André périssent sous les décombres fumants avec presque tous les raskolniki .

Les soldats accourus ne réussissent à en sauver que quelques-uns. Une marche solennelle et triomphale, celle des troupes de Pierre, termine cette fres­que grandiose d’une épopée nationale.

Livret sans signature joint au coffret


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Samedi 4 Juillet, 2020