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Théâtre de Caen le 9 janvier 2020 —— Alain Lambert.

Franchir la nuit de Rachid Ouramdane : des images très fortes !

Franchir la nuit. Photographie © Patrick Imbert.

Une vidéo grand écran de Mehdi Medacci ouvre le spectacle. Sur fond de bruit électronique saturé, un homme, en sweat, sous la neige froide, la nuit peut-être, et visiblement dans l'eau essaie de progresser mais tout le temps recule.

Puis le silence, la scène du théâtre s'éclaire et l'on découvre le rivage, cette zone où les vagues viennent s'éteindre pour laisser place au sable. Les vagues fluent et refluent sous nos yeux, sans effet vidéo. On le verra bientôt. Pour l'instant, une voix d'enfant dit quelques mots, en français, de la chanson de David Bowie, Heroes, qu'il voudrait être un roi et nager comme un dauphin, qu'il entend les armes au-dessus de lui...

Le contexte est donné, et quand la pianiste nous la chante, le premier danseur arrive, titube, parcourt l'espace en éclaboussant, sans savoir où aller. Un premier enfant survient, s'accroche à lui, ils se mettent à tourner et d'autres viennent prendre place dans ce grand manège, avant de se décrocher et de s'éloigner. Seuls restent quelques corps allongés qui repartent avec la marée, et l'homme court de l'un à l'autre pour les renvoyer vers le sable.

Encore une image très puissante, et il y en aura d'autres, comme ses enfants qui jouent sur la plage à 1, 2, 3 Soleil ! mais en frappant l'eau, ou ces corps qui s'enlacent et se transportent vers le bord. Ce solo aussi de la danseuse dont les mouvements aquatiles sont reflétés sur l'écran en ondes aquatiques. Et cette vidéo d'un homme qui essaie d'avancer contre la vague qui le repousse, ou le canon à eau qui le refoule.

C'est vrai que l'élément liquide limite un peu les possibilités de danse proprement dite mais l'invention chorégraphique et allégorique y remédie parfaitement, et permet aussi aux jeunes invités, une trentaine d'élèves du collège d'un quartier populaire de Caen, de s'intégrer plus facilement tout au long du ballet jusqu'au final construit progressivement et collectivement pendant un magnifique gospel.

Car la musique vivante fait complètement partie du spectacle. Pendant les trois chansons — il y a aussi le superbe Knokin on Heaven's Door de Bob Dylan quand le danseur devient percussionniste aquatique  — ou les moments d'improvisation en arpèges pensifs et minimalistes accompagnant les déplacements et culbutes des quatre artistes. On est content de retrouver la belle voix de Deborah Lennie Bisson, Caennaise depuis longtemps, qu'on avait connue auparavant dans des performances plus bruitistes et expérimentales.

La tournée Franchir la nuit continue le 13 mars à Rennes, le 22 à Lorient, le 28 à Clermont-Ferrand et le 4 avril à Valences.

Prochain spectacle de danse au théâtre de Caen, les 6 et 7 mai Comme un trio de J.-C. Gallotta.

 

Alain Lambert
2020

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bouquetin

Samedi 11 Janvier, 2020 11:19