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Athénée Théâtre Louis-Jouvet, 31 janvier —— Frédéric Norac.

Cure thermale mortelle : Les bains macabres de Guillaume Connesson

Les bains macabres. Photographie © Nicolas Descoteaux.

Pour son premier opéra, créé au Théâtre impérial de Compiègne en janvier dernier, Guillaume Connesson a voulu réinventer l’opéra-comique et offrir une partition à numéros parfaitement classique à ses commanditaires, l’ensemble des Frivolités parisiennes et le Théâtre Impérial.

Sur un livret tout à la fois farfelu et terriblement romantique d’Olivier Bleys, Les bains macabres racontent l’histoire d’un amour éternel sur fond d’intrigue policière. Aux Bains Terminus, les curistes ont un peu trop tendance à rendre l’âme dans leur baignoire et le commissaire Miranda Joule et son acolyte le brigadier Prosper Lampon, qui mènent l’enquête, soupçonnent la baigneuse Célia d'être responsable de ces disparitions en série.

Il y a de la bande dessinée et du cinéma à l’arrière-plan de ce scénario. Orphée (celui de Cocteau) n’est pas loin, mais ici c’est lui qui revient des Enfers pour chercher son Euridyce, car elle l’a assassiné pour s‘apercevoir, une fois qu‘il était mort, qu‘elle était amoureuse de lui. Elle continue du reste a communiquer avec lui par le truchement d’internet et prépare activement leurs noces au grand dam du patron de l’établissement, furieusement amoureux d’elle. Tout finira bien ou mal, selon le point de vue d’où on se placera.

Sur cet argument inégalement développé par son librettiste dans un registre volontiers poétique, mais pas toujours parfaitement convaincant, Guillaume Connesson a composé une partition efficace et bien tournée qui tient du pastiche et de l’hommage. On y sent l’influence des grands compositeurs lyriques du 20e siècle : Poulenc, Debussy, Britten et même Chostakovitch. Si l’originalité n’est pas toujours au rendez-vous, surtout dans une première partie un peu longuette, quelques moments se révèlent très réussis, singulièrement toutes les scènes situées dans l’au-delà ou celles qui jouent sur la rencontre des vivants et des morts dans la deuxième partie et qui stimulent particulièrement l’inspiration du compositeur.

Les bains macabres. Photographie © Nicolas Descoteaux.

Une ouverture au climat hitchcockien à la Bernard Hermann, deux grands duos pour le couple d’amoureux dont le premier tire un peu à la ligne et le deuxième fait penser à Pelléas, de beaux interludes dans les deux derniers actes dont un « marin », une scène chorale très impressionnante qui met en scène les âmes souffrantes, une orchestration classique et une belle veine mélodique, voilà ce que l’on retient de la première écoute.

La mise en scène de Florent Siaud joue sobrement d’un dispositif unique à deux étages pour évoquer les différents espaces de l’action. Quelques touches de vidéo viennent créer le climat fantastique et évoquer cette sixième dimension ou la mort et la vie se rencontrent. D’un excellent plateau de solistes on retiendra le couple vedette, le joli soprano lyrique de Sandrine Buendia en Célia et le poétique Matteo du baryton Romain Dayez. Les rôles secondaires sont tenus de façon efficace par des chanteurs qui jouent dans le registre du vaudeville avec talent. Une mention toute particulière pour la basse de Nicolas Certenais dans le rôle du fantôme d’Aristide qui mène le chœur des ombres incarné par Les Éléments. L’ensemble sous la direction d’Arie Van Beck remporte un succès mérité, mais gagnerait sans doute encore à être un peu resserré.

Représentations jusqu’au 6 février

 

Frédéric Norac
31 janvier 2020

© musicologie.org


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Lundi 3 Février, 2020 3:29