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Hérouville-Saint-Clair, 21 septembre 2019 —— Alain Lambert.

Encore Floyd au Big Band Café, de remarquables interprètes ! 

C'est ainsi qu'ils se voient, comme des interprètes, plus que comme un « tribute band » réduit souvent au rôle de best off avec les morceaux les plus connus. Ici du Pink Floyd entre 1967 et 1977. Il y a avec eux une recherche des instruments anciens, ou s'ils ne bonifient pas, de leur reconstitution fidèle, comme la batterie proche de celle de Nick Mason au milieu des années soixante-dix.

Et la recherche de versions moins connues que celles immortalisées par les vinyles historiques. Par exemple Atom Heart Mother commence comme celle, improvisée par le quartet à Saint-Tropez en 1970 (connue par l'émission Pop 2 qu'on peut trouver sur Internet) pour revenir en seconde moitié sur une plus proche de la version orchestrale de l'album, grâce au synthé cuivré et à la voix vocodée et démultipliée du chanteur.

Le spectacle Before The Wall — avant leur dernier chef d'œuvre, écrit principalement par le  bassiste Roger Waters qui va ensuite quitter le groupe — commence donc par Let There Be More Light et Set the Control of the Heart of the Sun, deux compositions du même dans Saucerfull of Secrets, leur second opus.

Curieusement, c'est après leur belle relecture d'Atom Heart Mother, qu'ils placent Arnold Layne, le premier tube du premier single, la seule chanson de ce soir composée par Syd Barrett, le premier guitariste, formidablement chantée par Michaël Mieux, qui retrouve dans les autres morceaux les voix de David Gilmour ou de Roger Waters.

Ensuite la chronologie reprend ses droits, avec de larges extraits de Medlle, dont One of These Days et Echos, de Dark Side of the Moon, puis de Wish You Were Here, et en grand final une superbe et large reprise de Animals, œuvre moins connue, baroque et orwellienne, toute en tensions entre chiens et cochons, où le guitariste Mark Truman, excellent, échange sa Fender contre une Gibson, au son plus âpre, qui colle bien à l'atmosphère sombre et politique du concept album.

Las autres musiciens sont remarquables aussi, Sylvain Cottet à la batterie, reprenant toutes les subtilités coloristes du jeu de Nick Mason, Frédéric Hervieu jonglant avec les multiples claviers tout en participant aux chœurs, tout comme Richard Wright, et Olivier Prieur à la basse pulsante et puissante.

Quant au show vidéo, paysagiste, historique, pédagogique ou surréaliste, il fonctionne à merveille, et dans les deux premiers morceaux, retrouve l'ambiance psychédélique des anciens light shows.
Bref, avec le rappel repris bien sûr de The Wall, plus de deux heures de spectacle total vraiment réussi. J'ai eu la chance de voir le Floyd en novembre 72 au palais des sports de Caen, venu de Cherbourg dans un bus affrétés par les lycéens que nous étions alors, et j'ai chroniqué depuis, ici même, trois expériences différentes de relecture de leur musique, par la Compagnie Inouïe, puis Nguyen Lê et Empty Spaces, toutes très intéressantes dans leur approche, musicologique ou jazz ou tribute. Celle d'Encore Floyd, dans son interprétation au plus près, tout en ajoutant sa propre touche, est une belle introduction à la musique live du groupe mythique du rock progressif, telle qu'on ne l'entendra plus jamais. Ne les manquez pas !

 

 

Alain Lambert
2019

 

 

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