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Vampirisation électroacoustique : Dracula de Pierre Henry revisité par Le Balcon

L'ensemble Le Balcon au théâtre de l'Athénée. Photographie © musicologie.org.

Athénée, Théâtre Louis Jouvet, 8 juin 2017, par Frédéric Norac ——

La démarche de Maxime Pascal et de son ensemble Le Balcon est entièrement basée sur une approche sonorisée de la musique. Après Richard Strauss, Stockhausen, Berlioz,  il était normal que le jeune chef rencontre Edgar Varèse et Pierre Henry, deux pionniers de la musique électroacoustique, et les associe. Eux-mêmes le furent pour la création de Déserts, la première pièce au programme de ce concert, dont le second avait réalisé la bande magnétique. Cette œuvre fondatrice, créée en 1954 avec le retentissement que l'on sait, parait désormais bien classique à plus de soixante ans de distance. Les trouées bruitistes de la bande-son nous semblent moins agressives qu'elles ne le furent sans doute aux auditeurs de la première et restent plutôt comme le souvenir adouci et lointain d'une ère industrielle révolue. L'alternance de musique instrumentale et de séquences électroacoustiques donne l'étrange impression que l'orchestre lui-même, à l'instar des auditeurs, en est réduit au rôle d'auditeur et doit se mettre à l'écoute des intrusions de la bande magnétique puis renchérir sur elle à chaque fois que la parole lui est rendue. Le Balcon en donne une interprétation de haute tenue avec des cuivres somptueux et des percussions diligentes.

Avec le Dracula de Pierre Henry, la démarche change de visée et dépasse la simple interprétation. Dans cette pièce originellement conçue pour deux bandes magnétiques superposées, Pierre Henry utilisait la musique de Wagner comme support et liant d'une partition purement électroacoustique, travaillée dans l'optique de la musique concrète, en vue de créer selon ses propres mots  une sorte de « film sans images » traversé par le bruit du vent, celui de la nuit et les réminiscences des films de Terence Fischer et du Nosferatu de Murnau. Le compositeur y triturait via le montage et le mixage les leitmotivs de la Tétralogie (sommeil de Fafner, fuite de Siegmund, chant du printemps, et tant d'autres), en approfondissant le caractère obsessionnel et la fascination hypnotique. Maxime Pascal a eu l'idée de faire retranscrire pour orchestre cette « vampirisation » et de l'associer à la bande-son d'origine. Le résultat est proprement époustouflant, surtout quand la nouvelle partition inverse les rôles et confie à l'orchestre la partie bruitiste réservant à la bande magnétique la partie musicale. Le travail de projection du son réalisé en direct fait de cette interprétation une véritable performance qui constitue une sorte de double hommage à Pierre Henry et à Wagner. De la musique puissance 3 en quelque sorte qui est à la fois une exaltation du génie des deux compositeurs.

On se prend à penser devant l'engagement et l'extraordinaire gestique que réclame la direction de cette œuvre de « troisième main » hautement virtuose que Maxime Pascal, au parcours décidément très original, pourrait bien à l'instar d'un autre pionner de la musique contemporaine, un certain Pierre Boulez, devenir un grand chef du répertoire du XIXe siècle. À preuve cette symphonie de Mahler réécrite pour ensemble de chambre sonorisé par Joël Lasry qu'il doit très bientôt aborder dans le cadre du festival de Saint-Denis et dont son complice Florent Derex assurera la projection sonore, apportant au vieux répertoire une bonne dose de sang neuf pour qu'il survive.

http://festival-saint-denis.com/fr/blog/concert/mahler-chant-de-nuit/

Frédéric Norac
8 juin 2017

 

Frédéric Norac : norac@musicologie.org. Ses derniers articles : Music-hall satanique : Le Timbre d'argent de Saint-SaënsUn couronnement vacillant aux Champs-Élysées : La Reine de Chypre, de HalévyUne bohème soixante-huitardeL'étoffe des héros : Ajax de Marianne PousseurDes Pêcheurs de perles inégauxSix personnages en quête de lumière : Pelléas et Mélisande de DebussyLes voix multiples de Marianne Pousseur : Ismène à l'Athénée Louis JouvetTous les articles de Frédéric Norac.

 

 

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