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Création à l'Athénée : Je suis un homme ridicule, un opéra d'après Dostoïevski

Je suis un homme ridicule, Théâtre de l'Athénée. Photographie © Sébastien Gaxie.

Athénée-Louis Jouvet, 25 février 2017, par Frédéric Norac ——

Dans sa nouvelle, Le rêve d'un homme ridicule (1877), Dostoïevski met en scène un de ces demi-fous typiques de son univers, personnage délirant et prophétique qui raconte au prologue à qui veut l'entendre comment désespéré et au bord de suicide, il a été sauvé par sa rencontre fortuite avec une petite fille en détresse puis comment, suite à un rêve initiatique, il a décidé d'assumer son statut d'homme ridicule. C'est à partir de cette donnée que Sébastien Gaxie (compositeur) et Volodia Serre (librettiste et metteur en scène) ont imaginé leur opéra dont l'essentiel se concentre dans la plongée onirique du héros dans un univers utopique, sorte de double idéal du nôtre ou vit une humanité pétrie de bienveillance, de bonté et de foi qu'il va progressivement pervertir par son exemple.

Le style musical de la composition est caractérisé par une polyphonie généralisée, dans l'écriture chorale bien sûr, confiée à cette secte des « humains », incarnée par six solistes de l'ensemble Musicatreize, qui s'exprime an langue Hopi, mais aussi au plan orchestral où ne cessent de dialoguer les huit instrumentistes de l'ensemble 2e2m. Il en découle un travail sur des ensembles très élaborés véritablement captivant. Le rôle-titre même n'échappe pas à cette règle puisqu'il est dédoublé en deux voix, celles du comédien Lionel Gonzalez et du baryton Lionel Peintre (tous deux remarquables), qui tantôt échangent dans le registre parlé et tantôt s'unissent dans un discours authentiquement lyrique. Pendant à peine plus d'une heure d'une belle densité, le spectateur est transporté dans une dimension dont l'étrangeté plus comique qu'inquiétante captive grâce à un subtil travail sur une bande-son remarquablement intégrée. Transmuté par la vidéo de Benoît Simon et Stephane Lavoix, le modeste dispositif scénique dans lequel se meuvent les protagonistes est transformé en un paysage lunaire qui ajoute à l'ensemble une touche cosmique et renforce le caractère dépaysant et hypnotique induit par la musique. Est-ce la présence de Lionel Peintre qui en fut un des interprètes d'élection ? Le style de l'œuvre n'est pas sans évoquer les recherches d'un Georges Aperghis et le théâtre musical des années 1970-1980 car ici aussi la musique de la langue semble conditionner l'invention musicale et l'utilisation de la voix des protagonistes a du reste joué un rôle important dans le processus de composition. Un des principaux mérites de cette partition atypique est son accessibilité immédiate que prouve au final un succès unanime auprès du public de la première. Une grande réussite tant au plan théâtral que musical.

Prochaines représentations les 2, 3 et 4 mars à 20h

Frédéric Norac
25 février 2017

 

Frédéric Norac : norac@musicologie.org. Ses derniers articles : Jonas Kaufmann, le retour : Lohengrin à l'Opéra-Bastille — Musica femina : Isadora, Wanda, et quelques autres à Saint-LeuAux limites de l'hystérie : Les chevaliers de la Table ronde à l'AthénéeKalîla wa Dimna : un Orphée politique — Don Giovanni au Théâtre des Champs-Élysées : mort et résurrectionIdylle tahitienne : L'Île du rêve de Reyaldo Hahn — Tous les articles de Frédéric Norac.

 

 

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Jeudi 2 Mars, 2017 0:32