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Tancrède choisira Erminie, tant pis pour Clorinde… Création française de Erminia, Tancredi, Polidoro e Pastore, d'Alessandro Scarlatti

 

Maria Grazia Schiavo (Erminia) et Marcello Di Lisa Maria Grazia Schiavo (Erminia) et Marcello Di Lisa dirigeant le Concerto de' Cavalieri. Photographie © Marc Gillot.

Montpellier, Festival Radio-France Montpellier Roussillon Languedoc, Opéra Le Corum, 22 juillet 2015, par Eusebius ——

Le Festival Radio France Montpellier est toujours aussi riche en découvertes. Seule une demi-douzaine (sur au moins dix fois plus) des opéras du fondateur de l'opéra napolitain, Alessandro Scarlatti, ont été enregistrés. Aussi, la création française d'Erminia, Tancredi, Polidoro e Pastore, représente-t-elle un événement. Cette serenata, écrite comme il se doit pour un mariage princier en 1723, est l'ultime œuvre lyrique du compositeur. Seule la musique de la première partie nous est parvenue. Son sujet est tiré du chant VI de La Gerusalemme  liberata du Tasse1, si souvent illustré par les musiciens : Tancrède, chevalier chrétien, est aimé d'Erminie, qui a trahi son peuple pour lui. Elle souffre de se voir préférer Clorinde (que l'on n'entendra pas), qui s'est jointe aux musulmans … Un berger ému par sa détresse recueille Ermnie. À sa vue, Polidoro, à la recherche de Clorinde, s'en éprend. Il avoue cet amour à Tancrède. Jaloux, croyant que cette bergère est Clorinde, ce dernier part à sa recherche. Erminie, laissée seule chante enfin sa lassitude, en appelle au sommeil pour retrouver la paix. Son dernier air « Torbida, irato e nero, il ciel per me si fa » [Le ciel devient soudain noir et menaçant] où elle laisse éclater ses appréhensions, sa peine et sa peur, est appelé à devenir un morceau d'anthologie, tant l'expression y est juste, tant la virtuosité déployée y est spectaculaire.

La brève ouverture, à l'italienne évidemment, avec fanfares de trompettes naturelles, nous transporte dans la Naples de ce début du XVIIIe siècle2. Elle introduit un récitatif accompagné de l'héroïne qui, d'emblée, impose une attention particulière : sa force, son écriture, riche, variée, traduisent remarquablement un texte très juste d'inspiration. Ici, on mesure l'évolution accomplie en une génération, de Cavalli à Alessandro Scarlatti. Malgré l'effectif restreint de l'orchestre, ses couleurs se renouvellent, en fonction du caractère du chant. Cordes seules, continuo, flûtes à bec, traverso, hautbois, trompettes naturelles se combinent au fil des scènes, toujours éloquentes.

Tous les solistes emportent l'adhésion. L'Erminia de Maria Grazia Schiavo, soprano, a le rôle le plus lourd. Farinelli chanta ce rôle. La voix est splendide, agile, lumineuse, bien projetée, avec le souffle très long. Son premier récitatif met en valeur les qualités expressives, et d'élocution de la soliste, mais le feu d'artifice est réservé pour la fin, signalée plus haut : les traits, les ornements les plus virtuoses et, stylistiquement, les plus justes appellent les acclamations d'un public ravi3. Filippo Mineccia, contre-ténor puissant et souple, au timbre séduisant, dont l'égalité de registre est exceptionnelle, chante Polidorio avec bonheur. Un nom à retenir. L'émouvant berger, Pastore, est Christian Senn, basse sonore et expressive, dont l'articulation et le sens dramatique forcent l'admiration. Les deux airs de Polidorio, très différents sinon opposés, sont confiés au ténor Magnus Staveland. La voix est égale, pleine dans tous les registres, l'émission est colorée, bien articulée.

Le continuo de Concerto de’ Cavalieri Le continuo de Concerto de' Cavalieri. Photographie © Marc Ginot.  

Les amateurs de musique baroque connaissent et apprécient Concerto de' Cavalieri de longue date. L'ensemble, animé par Marcello Di Lisa se montre très réactif. L'attention, l'engagement et le plaisir de jouer ensemble des musiciens sont perceptibles.

Le programme, bien documenté, avec synopsis et livret bilingue, est rédigé avec un soin particulier.

Une soirée napolitaine mémorable !

Eusebius,
22 juillet 2015

 

1. les noces imposent une fin heureuse, aussi la seconde partie du livret ne doit-elle rien au Tasse, nous affirme le programme.

2. Ce concert était organisé en relation étroite avec une exposition temporaire d'une qualité et d'une richesse exceptionnelles du Musée Fabre (jusqu'au 11 octobre) sur « L'âge d'or de la peinture à Naples, de Ribeira à Giordano ».

3. l'air final sera offert, répété, en bis.

4. on allait l'oublier… le concert s'ouvrait par le 4e concerto grosso de l'opus 6 de Corelli. Si remarquable qu'en ait été l'interprétation, en dehors de l'intérêt à faire « chauffer » les instruments, son intérêt demeure secondaire par rapport à la découverte de cette serenata de Scarlatti.

 

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