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PAN ! À Caen, un festival multicolore de petites formes en grande forme !

 

Clémence et les garçons en ouverture de Pan! Photographie © Christian Mariette.

25 et 26 septembre 2015, par Alain Lambert @——

Environné des photographies de Béa Gillot et de Christian Mariette, qui fixent la musique dans ses détails ou moments intrigants pour l'une, et ses instants méditatifs pour l'autre — tous deux illustrent cette chronique — le festival PAN !, 3e du nom, s'est ouvert (aux jazz) ce vendredi avec un superbe trio inédit.

Celui de la flûtiste Naïssam Jalal [voir notre chronique cédé de son quintette Rythms of Resistance] fort bien accompagnée de Matyas Szandai à la contrebasse et de Wassim Helal aux  percussions. Une énergie souvent intériorisée, qui coule comme une source vive et parfois s'emballe dans les effets vocalisés, chantés ou soufflés, ricochant entre les frappés rapides et la ligne grave de la basse. Une courte complainte en duo en hommage au peuple de Syrie dont Naîssam est originaire, sonne presque quand elle s'éteint comme une minute de silence, et un thème enragé en hommage aux mères de martyrs, nous répercutent la fureur du monde, pas si loin d'ici.

Wassim Helal, Naïssam Jalal, Wassim Helal. Photographie © Béa Gillot.

Suit un nouveau quartette caennais, Knoonk, dont le principe est de jouer Monk sans piano, avec un duo de saxs. Yann Letort aux saxophones ténor ou baryton, Martin Daguerre au saxophone alto, François Demichelis à la contrebasse et Jean-Luc Mondelice à la batterie. Des musiciens bien connus dans d'autres contextes. Work, Crepuscule with Nelly... Les thèmes y retrouvent de nouvelles couleurs. Un pari réussi. Encore peut-être un brin sage ?

Knoonk à PAN !. Photographie © Christian Mariette.

La folie douce, à la Tex Avery, c'est ce qui ne manquait pas au duo formé par Élise Caron, originaire de Rouen et vivant à Montreuil, vocaliste et flûtiste, et Edward Perraud, percussionniste, guitariste, mais aussi photographe et musicologue, venu des pays de Loire. Un véritable numéro de clowns phoniques, à la fois construit et déjanté, jouant avec humour et musicalité sur tout l'éventail de sons à leur disposition, acoustiques et électroniques. Le dialogue chuchoté le long de la flûte, et mis en scène devant deux micros, était un petit chef d'œuvre. Quand l'expérimental ne se prend pas au sérieux.

Elise Caron et Edward Perraud à PAN! Photographie © Christian Mariette.

Venu de Montreuil également, Zetlab, inédit lui aussi sous ce format à cinq, sans sax, mais très complet quand même :  Julien Mercier à la trompette et aux compositions, Rafael Paseiro à la basse électrique, Matthieu Jérôme aux claviers, Pierre Mangeard à la batterie. Et Bruce Sherfield, le maître chanteur, pardon rappeur, qui ajoute fortement à la puissance scénique et musicale de ce groupe electrojazz hip hop, très rythmique, que la voix comme la trompette, et aussi le clavier, utilisent comme tremplin pour mieux improviser. La poésie en anglais, pour beaucoup des spectateurs sans doute, fonctionne parfaitement dans sa seule dimension instrumentale. Du très bon groove électrique pour finir la soirée en beauté.

Zetlab à PAN! Photographie © Christian Mariette.

La Fermeture Éclair, un ancien garage sur le port de Caen qui devrait être détruit depuis des mois, est occupée par l'Amavada pour du théâtre, des chorales autour de Vian, Barbara, bientôt Nino Ferrer. Et une fanfare Demi-Ecrémée, qui s'est produite au dernier changement de plateau en fin de chaque soirée. Le lieu, agencé cette année comme un grand club de jazz, peut accueillir du monde tout en conservant la proximité avec les musiciens. Le son est excellent. Un espace extérieur associatif  permet de faire patienter le public entre les changements de plateaux, pendant que deux comédiens de la radio Bazarnaom délirent gentiment sur le thème de la musique, jazz surtout. Le public, bien présent, est souvent jeune.

Le trio infernal (Ben, Rémi, Emilie) du Bazarnaom. Photographie © Béa Gillot.

La soirée de dimanche commence par une promenade botanique menée par le saxophoniste botaniste  Patrick Martin, avec son groupe Cimes Possibles [voir notre chronique du cédé Écarlate Bleu, une variante possible] accompagné de trois danseuses réparties sur le parcours. Et un morceau collectif pour finir au retour dans la cour du festival. Un public nombreux, avec plein de petiots, a suivi avec plaisir la balade dans la friche sous le soleil vespéral.

Danse en friche pour PAN! Photographie © Béa Gillot.

Cimes possibles à PAN! Photographie © Christian Mariette.

Puis reprise des concerts d'abord sans tambour ni trompette, avec la rencontre inédite, proposée pour cette soirée, entre deux guitaristes, le manouche caennais Daniel Givone, et le mandingue burkinabé Abdulaye Traoré. Une jolie création pleine de fraternité où le blues et les riffs africains répétitifs permettent aux deux guitares de se rencontrer et de batifoler à plaisir, celui des deux musiciens et celui, itou, des spectateurs conquis par ce mélange de virtuosité et de complicité. Saturday Night in Pan Festival ! La radio Bazarnaom a tout enregistré en direct. Espérons qu'il y aura d'autres occasions de les réentendre tous deux, sur scène et sur disque.

Saturday night in Pan festival. Photographie © Béa Gillot.

Le duo suivant est inédit aussi, mais par erreur, le guitariste du trio ayant mangé la date. Mathieu Donarier aux saxophones et Joe Quitzke à la batterie, deux super musiciens un peu désarçonnés face à un répertoire prévu pour trois, mais qui font avec, sculptant tout en nuance, du chuchoté au claqué, du balayé au frappé, la matière sonore en retrouvant parfois de vieilles mélodies de Brassens ou d'autres.

Donarier duo à PAN! Photographie © Christian Mariette.

Suit une vraie paire de Rouennais, Petite Vengeance, venus profiter de la réunification prochaine pour défricher le terrain en vibrant à Caen. Raphaël Quenehen aux saxophones et au chant, Jérémie Piazza à la batterie et à la guitare, souvent en même temps d'ailleurs. Un doublon d'énergie pure, pas toujours dans la nuance, eux, mais qui prend  aux tripes, sur un rythme de batucada survolté, même quand une mélodie d'Ornette Coleman se dégage, en feulant, du sax soprano, Lonely Woman. Avec la chanson mexicaine, désopilante, le batteur se calme un peu, un temps, trop occupé à triturer sa guitare et n'ayant plus que ses pieds pour frapper.

Petite Vengeance à PAN! Photographie © Christian Mariette

Après la « panfare » improvisée, le bal des 20 ans du Collectif jazz de Basse-Normandie peut commencer, alternant les moments variétés, musette ou funk, avec entre autres la superbe voix de Kissia San, du Soul Vintage Orchestra. Histoire de bien prolonger la nuit de pleine lune.

La fanfare Demi-Écrémée à PAN! Photographie © Béa Gillot.

 

Les grandes voix du grand bal ! Photographie © Christian Mariette.

À suivre pour le collectif, avant changement de nom, le 17 octobre le trio 1000 bornes avec Simon Deslandes. Puis pendant les Boréales une soirée Jazz en Nord avec Svin, puis Dass Kaff invitant  Hasse Poulsen, à dominante danoise donc.

Toutes les infos sur l'agenda du CJBN.

Les photos de Béa Gillot.

Les photos de Christian Mariette (choisir Album Festival PAN!)

 Alain Lambert
25 et 26 septembre 2015

 

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Mercredi 30 Septembre, 2015 0:31

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