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L'héritière d'Alicia de Larrocha : Judith Jáuregui

 

Judith Jáuregui. Photographie © D. R.

Montpellier, Festival Radio-France Montpellier Roussillon Languedoc, Opéra Le Corum, 16 juillet 2015, par Eusebius ——

Ignorerait-on qu'elle a dédié son dernier enregistrement à la grande Alicia  de Larrocha1 que le rapprochement s'imposerait naturellement. Comme elle, née Espagnole, évidemment, formée très jeune dans son pays, puis auprès de grands maîtres, à Munich en particulier, elle en a adopté le répertoire, et mieux encore, l'approche si particulière du clavier.

L'Andante et variations en fa mineur, écrit à Vienne en 1793, entre deux séjours à Londres, est un chef-d'oeuvre de Haydn que les pianistes inscrivent heureusement plus fréquemment à leur programme. D'emblée, la lecture surprend par sa simplicité naturelle, son absence d'emphase. Le toucher est très fin, léger, d'une superbe articulation. La délicatesse, la sensibilité, mais aussi la puissance sont au service d'une œuvre rendue transparente (pratiquement sans pédale), fraîche et profonde. Un moment de grâce !

Les qualités énoncées seront confirmées dans les Estampes de Debussy. La fluidité légère, les couleurs chatoyantes de Pagodes introduisent la Soirée dans Grenade, où plane l'ombre de Alicia de Larrocha. La progression est remarquablement construite, avec une délicatesse souriante, un art très retenu, une maîtrise singulière des tempi : cela vit, respire et chante comme jamais. Les Jardins sous la pluie nous rafraichissent. Le toucher est admirable, subtil… une évidence rare.

Antón García Abril, auteur de nombreuses musiques de films et de séries, est encore peu connu ici pour sa musique pianistique. Judith Jáuregui nous permet de découvrir Tres Piezas alejandrinas, colorées, inventives, post-debussystes empreintes d'hispanisme. La 2e surprend par une amplification spectaculaire à base d'une gamme mineure descendante. La 3e, alternant trépidations et mélopée, requiert des moyens techniques exceptionnels. De l'ami d'Alicia de Larrocha, Federico Mompou, les Scènes d'enfants, 5 pièces claires, fraîches, animées d'un lyrisme pudique (qu'apprécie à juste titre Philippe Cassard).

Trois des chefs d'œuvres d'Albeniz, tirés de la Suite opus 47 couronnent magnifiquement ce concert.

Granada, avec un modelé, une délicatesse rares, Asturias2 qui paraît un jeu malgré son staccato redoutable, et enfin Aragon, avec le flamboiement virtuose de la jota, toutes les facettes de l'extraordinaire talent de Judith Jáuregui sont là. Cela respire sainement, naturellement. Au matin d'une très belle carrière, cette grande pianiste nous ravit par la maturité et la fraîcheur de son jeu, au toucher exceptionnel. Heureux auditeurs, non seulement de la salle Pasteur, mais aussi de France Musique, puisque le concert était diffusé en direct !

Eusebius
16 juillet 2015

PS : Elle jouera le 20 juillet à Nohant, et le 13 octobre à angoulême, à ne pas rater !

1. « Para Alicia », label BerliMusic.

2. qui évoque davantage d'Andalousie et le flamenco que les âpres Asturies

 

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