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Vaudeville

Le mot vaudeville apparaît vers les années 1500 dans les titres de recueils de chansons, il désigne une chanson, vaul de ville, voix de ville. (il y a aussi les vault de Vire en Normandie). Le dictionnaire Le Robert date ce mot de 1507. Il fait découler Vaudeville de Vaudevire (vauder = tourner et de vire = virer) = chanson de circonstance à sujet satirique.

Le vaudeville désigne parfois le genre littéraire (les paroles) : Ici dessus sont nommez les commencements de plusieurs chansons tant de musique que de vau de ville ( La condamnation de bancquet, 1507).

Il peut désigner l'ensemble musique et paroles. Aux XVIIe et XIIIe siècle, il peut aussi désigner de la musique purement instrumentale. Le vaul de ville s'oppose à la chanson de composition savante. Tous ses couplets se chantent sur le même air (Du Bellay, l'Olive, 1501). Il se danse et chante par les villes (Chardavoine, Recueil, 1576). Mersenne, dans son Harmonie universelle (1636, Livre des chants) écrit que c'est la manière la plus simple de mettre de la poésie en musique. En 1656, Oudin, dans ses Curiosités françoises, écrit qu'il s'agit de la chanson du commun peuple. Il s'agit en fait de la chanson populaire de Paris, d'allure légère, et qui adapte différents textes sur un fonds de mélodies réutilisées. Lefèvre de Saint-Marc définit ainsi le vaudeville : Sorte de chansons faites sur les airs connus, auxquelles on passe toutes les négligences imaginables, pourvu que les vers en soient chantant, et qu'il y ait du naturel et de la saillie.

En 1703, Lecerf de la Viéville, dans sa Comparaison de la musique française et italienne écrit : Ces petits airs en vaudeville, dans lesquels, tout courts qu'ils sont, nous mettons souvent beaucoup de musique, et qui, comme les airs à boire, sont des biens propre à la France et que les Italiens ne connaissent pas ... Les François, depuis les Grecs et les Latins, sont à peu près les seuls qui aient entendu cette brièveté raisonnable qui est la perfection des vaudevilles, et cette naïveté qui en est le sel ... Nous avons vingt airs des vaudevilles d'un gout peu remarqué, mais exquis.

Dans son Dictionnaire de musique, Jean-Jacques Rousseau expose une pensée différente : L'Air des Vaudevilles est communément peu Musical. Comme on n'y fait attention qu'aux paroles, l'air ne sert qu'à rendre la récitation un peu plus appuyée du reste on n'y sent pour l'ordinaire ni goût, ni chant, ni mesure. Le Vaudeville appartient exclusivement aux François [voir la notice complète plus bas]

En 1555, Adrien Le Roy publie à Paris Le Second Livre de guiterne, contenant plusieurs chansons en forme de voix de ville. Ballard publie à Paris en 1717 La Clef des Chansonniers, ou recueil des Vaudevilles depuis 100 ans et plus, notez et recueillis pour la premiere fois (plus de300 vaudevilles). En 1733, à Paris apparaît une société de chansons, “Le Caveau” qui prend le nom de “Dîners du Vaudeville” de 1796 à 1801. En 1810, Cappelle publie La Clé du Caveau à l'usage des chansonniers . Avec un supplément en 1816 qui porte le nombre de vaudevilles notés O 2350.

Le privilège accordé en 1669 à l'Académie royale de musique interdit à tout théâtre de faire de la concurrence à l'Opéra. Au début des années 1700, des théâtres furent ouverts à la Foire de Saint-Gernain et à la foire de Saint-Laurent. Ils présentèrent des pièces légères entremêlées de chansons qui leur valurent des complications juridiques au regard du privilège. On arriva à un compromis : en échange du versement d'une redevance à l'Opéra, les directeurs des théâtres purent ajouter, dans des proportions limitées, la musique à leurs pièces.

Limités par le privilège de l'Opéra et inspirés par les pantomimes populaires italiennes, ces théâtres développèrent un genre de comédies parlées entrecoupées de chansons : l'opéra-comique. Ils puisèrent dans les vaudevilles. En 1782 Piis et Barré donnèrent à l'un de leurs opéras-comiques le titre de “comédie-vaudeville” . En plus de désigner les chansons parsemant les comédies, ce fut toute la pièce qu'on appela vaudeville.

D'une part, puisant dans le folklore urbain populaire, ces spectacles ont d'autre part été un vecteur de popularité de la chanson de rue, la “chanson de Pont-neuf”, jusques y compris dans le monde rural.


Le théâtre du Vaudeville
boulevard des Capucines
à Paris en 1904

Documents

Les airs de Vaudeville
Revue Musicale 6ème annnée n° 25, 20 juin 1839
par Alf. D-s.

On s'est demandé souvent ce que devenaient les vieilles lunes et de même ne pourrait-on pas se demander ce que vont devenir les airs de vaudeville. C'est une question toute nouvelle dans la science musicale, et qui, malgré son apparente futilité, vaut la peine d'être examinée sérieusement, du moins autant que possible.

Et d'abord, disons ce qu'étaient jadis les airs de Vaudeville, au temps où il y avait de bons pots-pourris, et où l'on marchait, agissait, discutait en chantant, où la maxime s'aiguisait en couplet, où il n'était pas permis de boire un verre de vin sans le préliminaire d'un flon-flon, ni de danser sans l'accompagnement d'un gai-gai, ni d'être enfin joyeux sans faire entendre un larira dondaine. Alors le plus franc abandon régnait dans ces petites pièces imitées de la comédie italienne et de Favart : le paysan y jetait à tout propos son refrain rustique, le soldat y entonnait sa déclaration d'amour, l'ivrogne balbutiait en titubant l'air de Grégoire, l'ingénue disait : mon coeur soupire, et le public ajoutait tout bas : La nuit et le jour, le don Juan de l'empire en culotte collante, bottes à revers et frac écourté s'écriait : J'ai longtemps parcouru le monde, et chacun savait qu'il allait faire une énumération de toutes ses conquêtes.

Les airs de vaudeville pris dans les traditions musicales de nos pères, le plus courant et le plus facile de Feydeau, étaient comme le signalement des personnages : un aveugle eût su tout de suite de quoi il s'agissait, rien qu'en entendant chanter tel ou tel couplet et si Jocrisse ou maître Adam ou le soldat laboureur était en scène. C'était vif, jovial, pointillant, scintillant, hérissé de calembours, rimé par Piis, par Désaugier, Par Brazier, par Dumersan, tous hommes sans prétention, mais bons observateurs, mais pleins de verve et qui vous lançait leur dernier vers comme une flèche bien acérée ; leur vaudeville était malin et pas du tout larmoyant. Etiez-vous triste, ennuyé, fatigué de la grande musique, de la musique sérieuse et solennelle, que vous pouviez aller chercher une autre musique plus parlée que chantante, soutenue par quatre maigres violons, une flûte, un hautbois et une contrebasse. Ce qu'on voulait saisir c'était le sens des paroles et non des roulades manquées et des choeurs enroués et hors de mesure ; on ne connaissait donc pas encore ce progrès théâtral qui a fait des vaudevilles autant d'opéras ou de drames ; les passions échevelées ne hurlaient point encore sur ces petites scènes qu'elles ont envahies ; l'adultère n'y gémissait pas en accents plaintifs, le duel n'y engageait pas de grands duos, les finales étaient inconnus à cette heureuse époque. Tout au plus un amoureux pouvait-il exprimer sa flamme avec l'air : De ma céline amant modeste, ou traduire ses reproches par celui d' Aristippe ; l'air de Ténier a été pendant 10 ans, pour M. Scribe, le nec plus ultrà de la passion.

Mais maintenant tout est changé, renversé, les vieux airs sont dédaignés, mis de côté, à peine a-t-on fait grâce aux moins connus. Le galop a envahi les théâtre du vaudeville tout se dit sur les refrains de Musard on danse le couplet, on ne chante plus, les cavatines sont de la monnaie courante, bien heureux encore lorsqu'elles ne sont pas de la façon des compositeurs du cru, et quand c'est Rossini ou Meyerbeer qu'on daigne écorcher. De là, dans les vaudevilles cette fausse tournure d'opéras aussi ridicule, aussi déplacé que les falbalas d'une robe de toile ou les plumes sur un vieux chapeau de toile. Il est vrai que jadis les acteurs comiques étaient destinés à amuser et non à jouer le drame moderne, et que ceux du drame n'avaient pas été appelés à renforcer ces petites pièces par leurs cris et leur grands gestes. Le public savait enfin où il pouvait aller chercher le rire, où il pouvait verser des larmes et n'était point exposé à tomber dans un piège inattendu, c'est à dire au milieu d'une pièce à sanglots au lieu même où le plaisir devrait être complet et obtenu sas effort.

Ainsi, d'une part, les arie de l'Opéra et des italiens, de l'autre les tirades de l' Ambigu et de la Gaîté ont si bien envahi nos scènes secondaires, que l'on y entend plus rien qui ressemble au vaudeville de nos pères. Ces ouvrages sont en définitive ni des drames, ni des comédies, car on y chante trop, ni des opéras, car on n'y chante pas assez, mais ce sont de tristes cacophonies, car on y chante mal.

Et dans ce désordre que deviennent les airs d'autrefois ? Bientôt il faudra les rechercher dans des recueils tout poudreux, et se livrer pour les retrouver à d'incroyables travaux d'archéologie musicale. Ils auront pris place dans le souvenir de quelques amateurs, à côté de Ma tendre musette, La tour prend garde, etc., etc. et si par hasard un vieux comédien de province se prend à fredonner un de ces airs qui charmèrent nos jeunes ans, ses camarades le regarderont étonnés et l'appelleront rococo.

C'est que décidément la musique de vaudeville n'existe plus, et qu'on ne chante plus en France, depuis que tout le monde y veut si bien chanter.


Le théâtre du Vaudeville à Paris
toile de Edouard Cortes (1882-1969)
détail

 

Jean-Jacques Rousseau
Dictionnaire de musique (1738)
Article «vaudeville»

VAUDEVILLE. Sorte de chanson à couplets, qui roule ordinairement sur des sujets badins ou satiriques. On fait remonter l'origine de ce petit poème jusqu'au règne de Charlemagne; mais, selon la plus commune opinion, il fut inventé par un certain Basselin, foulon de Vire en Normandie; et comme, pour danser sur ces chants, on s'assembloit dans le Val-de-Vire, ils furent appelés, dit-on, Vaux-de-Vire, puis, par corruption, vaudevilles.

L'air des vaudevilles est communément peu musical: comme on n'y fait attention qu'aux paroles, l'air ne sert qu'à rendre la récitation un peu plus appuyée; du reste on n'y sent, pour l'ordinaire, ni goût, ni chant, ni mesure. Le vaudeville appartient exclusivement aux Français, et ils en ont de très piquants et de très plaisants

Bibliographie

  • Catalogue du fonds de musiques de vaudevilles et mélodrames.
    http://www.ville-ge.ch/bge/bmus/vaudevilles/
  • BARBIER P. & VERNILLAT F., Histoire de France par les chansons [8 v]. Paris 1956-1961
  • BROWN H. M., Music in the French Secular Theatre, 1400-1550. Cambridge (Mass.) 1963, p. 93
  • CAPELLE P., La Clé du Caveau. Paris 1810
  • CARMODY F., Le Répertoire de l'Opéra-comique en Vaudevilles de 1708-1764. University of California Publ. in Modern Philology (16) n° 4, 1933
  • COIRAULT P., Formation de nos chansons folkloriques. Paris 1953-1963
  • DOUEN O., Clément Marot et le Psautier Huguenot (2). Paris 1879, p. 3-14, 87-89
  • FONT A., Favart, l'Opéra-comique et la comédie-vaudeville aux XVIIe et XVIIIe siècles. Paris 1894
  • GéROLD THéODOR, L'art du chant en France au XVIIe siècle. Strasbourg 1921
  • GROUT D., The Origins of the Opéra-comique (thèse). Harvard 1939
  • HEARTZ D., Preludes, Chansons and Dances for Lute. Neuilly 1964 (chapitrev 3, Dances)
  • LESURE FRANçOIS, Eléments populaires dans la chanson française au début du XVIe siècle. Dans «Musique et Poésie au XVIe siècle», Paris 1954, p. 168.
  • LEVY K., Vaudeville, Vers mesurés et Airs de Cour. Dans «Musique et Poésie au XVIe siècle», Paris 1954, p. 185
  • TIERSOT J., Histoire de la chanson populaire en France. Paris 1889
  • VERCHALY A., Le Recueil authentique des chansons de Jehan Chardavoine (1576). Dans «Revue de Musicologie» (49) 1963, p. 202


 Le théâtre du Vaudeville,
Toile de Jean Béraud (1848-1935)
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