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On désigne par
madrigal deux genres de musique vocale originaires d'Italie,
l'un du XIVe siècle, l'autre du XVe. On associe le premier madrigal à l'
Ars nova et aux formes les plus anciennes connues de chant
polyphonique. Les diverses tentatives pour donner un sens
historique ou analytique au
madrigal à partir de considérations étymologiques ne nous semblent
pas pertinentes : les livres de musicologie font état d'une déformation de
l'expressions
matricalis cantus (chant en langue maternelle).
Le terme madrigal est attesté par Francesco Barberino
dans son
Documenti d'Amore daté d'environ 1313, qui le décrit comme une
forme poétique volontaire et sans ordre (sans métrique ou forme de
versification définies ?).
Dans son ouvrage
De arte rhythmica daté de 1332, Antonio da Tempo, juge à Padoue,
évoque une forme métrique simple appelée
madrigal, sans ritournelle et formée de trois versets
(tercets) à la suite.
Les plus anciens témoins de madrigaux, qu'on pense être
originaires de Padoue, datent des années 1335. Il sont conservés dans
le Codex Vaticano Rossiano 215.
Le madrigal est donc une poésie en langue
vernaculaire formée d'une suite de 2 à 4 tercets en vers
libres et plats, souvent terminés par un refrain. A l'origine poésie
profane, les sujets en sont variés : bucoliques, politiques, amoureux etc.
On en trouve chez Pétrarque, Boccace, Soldanieri, Sacchetti, le
compositeur Francesco Landini (1335 ? - 1397). Ces premiers madrigaux ont
été mis musique par Johannes de Florentia, Jacopo da Bologna, Magister
Piero, Gherardellus de Florentia, Donatus de Florentia.
Au début du XVe siècle, les témoins conservés font un
silence relatif sur le madrigal et l'art vocal profane. Le
manque d'informations ne doit pas conduire à penser qu'on se détourne de
la musique vocale profane, puisqu'à la fin du siècle les documents font
état d'une floraison et d'une variété de formes, dont une est appelée de
nouveau
madrigal.
Ce nouveau madrigal est issu de la tradition de la
poésie de Pétrarque et de sa mise en musique. Il s'agit alors d'une poésie
recherchée, savante, dont on a des échos de mise en musique dès les années
1520 avec la publication de la
Musica ... sopra le Canzone del Petrarca (Petrucci, Fossombrone
1520)
, un recueil de madrigaux polyphoniques de l'organiste florentin
(et espion du pape) Bernardo Pisano (1490-1509 / 1512 ?). Dix ans
plus tard, en 1530 paraît à Rome les
Madrigali Novi de diversi excellentissimi Musici Libro Primo de la
Serena.
La musique, d'abord dans la tradition de la
Frottola ou de la
Villota, tend à traiter à égalité les quatre parties de la
polyphonie au détriment du soprano (superius). La madrigal se rapproche
alors du Motet. Outre Bernardo Pisano, on trouve les compositeurs
Sebastiano Festa ou Philippe Verdelot († Florence 1552), Jakob Arcadelt (†
av. 1572), Francesco Corteccia. Ils introduisent des effets
descriptifs qui ont pour effet d'enrichir la palette rythmique (par
exemple des valeurs longues sur des mots qui expriment la lenteur et vice
versa). Le madrigal, en général à quatre voix, peut comporter de 1 à 6
voix.
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Le madrigalisme
ou figuralisme
On désigne par ce terme les effets expressifs
volontairement introduits dans les compositions musicales. Ces effets sont
déjà employés avant et hors du madrigal. Mais ce genre les a systématisé,
particulièrement dans la seconde manière. Il s'agissait d'exprimer au plus
près la poésie textuelle
Ces effets peuvent être spaciaux, comme l'aigu pour le
haut, les anges, le ciel, les sentiments nobles, la joie. Le grave pour le
bas, l'enfer, le diable, la fourberie, la tristesse, la mort. Bien
entendu, les mouvements musicaux menant au grave et à l'aigu sont alors
chargés de sens. Le rythme peut aussi être descriptif, y compris dans les
accelerations ou les ralentissements.
La musique peut aussi tendre à rendre les
inflexions expressives de la voix, par l'intensité mais encore par
les tenues, les arrêts brusques, les silences.
A cette volonté de décrire paysages et sentiments,
manifestations climatiques comme l'orage, naturelles comme les éruptions
volcaniques, le madrigal a aussi développé une rhétorique qui ne s'est pas
nécessairement traduite de manière sonore. Il peut s'agir de l'énumération
d'objets par le nombre de notes jouées ensemble, de mouvements musicaux
contraires pour évoquer des oppositions, de jeux le nom des notes.
Cette pratique a pu se développer au point de devenir
un genre en soi, réservé à un public lettré capable de saisir ou
d'interpréter le détail de ces formules, transformant alors la musique en
langage imagé : la
musica reservata.
 Johann Mattheson (1681-1764)
Des théoriciens allemands du XVIIe siècle se sont
attachés à théoriser le figuralisme musical. Joachim Burmeister (v.
1566-1629) dans sa
Musica poetica, publiée en 1609 par Reuser ; Johannes Nucius
(v. 1566-1620) dans
Musices Poeticae Sive de Compositione Cantus Praeceptiones,
Scharffenberg, Neiße 1613 ; Joachim Thuringus,
Opusculum bipartitum de primordiis musicis, quippe 1° De tonis sive
modis, 2° De componendi regulis, G. Runge, Berlin 1624, ouvrage
élargissant son
Nucleus musicus de modis seu tonis, paru deux ans plus tôt chez le
même éditeur ; Christophe Bernhard (1627-1692),
Von der Singekunst oder Manier ;
Tractatus compositionis augmentatus ;
Ausführlicher Bericht vom Gebrauche der Con- und Dissonantien,
manuscrits ; Johann Gottfried Walther
(
1684-1748),
Praecepta der musicalische Composition,
édité par P. Benary,
Leipzig 1955 et dans son dictionnaire de musique publié en 1632 ;
Johann Mattheson (1681-1764),
Der Vollkommene Capellmeister (de nombreuses éditions à partir de
1739). [ suite ]
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 Cipriano
de Rore (1516-1565)
 Roland de Lassus (1532-1594)
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Vers les année 1550, les compositeurs, parmi lesquels
se distinguent les flamands installés en Italie, comme Adrian Willaert
(v.1490-1562) ou Jaches de Wert (1535-1596), donnent une nouvelle
impulsion au madrigal, en le soumettant plus étroitement à l'expression du
texte poétique et à la sentimentalité, en accentuant les procédés
expressifs qui peuvent apparaître aux «conservateurs» comme des outrances,
par plus de flexibilité dans le traitement des parties intérieures, en les
rendant concertantes, par l'emploi du chromatisme, par l'amplification du
nombre de voix, et la diversité des types de madrigaux, tant profanes que
religieux, notamment dans les recherches du spectaculaire de la
Contre-Réforme. C'est selon mes termes de Claudio Monteverdi la
seconda pratica en opposition à la
prima prattica. On parle encore de madrigal
sérieux, bien que le madrigal peut avoir des sujets bucoliques ou
légers. On compte parmi les compositeurs de cette seconde manière Cipriano
de Rore (1516-1565), Roland de Lassus (1532-1594), Andrea Gabrieli (1510 /
1520 - 1586), Giovanni Gabrieli (?), Alessandro Striggio (v. 1535- v.
1590), Giovanni Croce (v. 1557-1609), OrazioTiberio Vecchi (1550-1605),
Adriano Banchieri (1567-1634), Luca Marenzio (v. 1567-1599), Carlo
Gesualdo de Venosa (v. 1560- 1613 ?), Sigismondo d'India (v. 1580-av.
1629) et bien entendu Claudio Monteverdi.
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 Heinrich Schütz
(1585-1672)
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L'engouement pour le madrigal dépasse largement
l'Italie, particulièrement en Allemagne et en Angleterre. Les éditeurs
publient en Europe des livres de madrigaux italiens (chansons dans le
style italien), mais encore de nombreux compositeurs composent des
madrigaux, comme Heinrich Schütz (1585-1672) en Allemagne (1585-1672), Peter
Swibbertszoon Sweelinck (1562-1621) ou Cornelis Verdonck (1563-1625) en
Hollande, Hans Nielsen (Giovanni Fonteio) (1580-1625) au Danemark, Pedro
Alberto Vila (1517-1582) ou Mateo Flecha le Jeune (1530-1604) en
Catalogne, William Byrd (1543-1623), Giles Farnaby (1560-1620), Thomas
Morley (1557-1602 ?), John Wilby (1574-1638) en Angleterre. Apprécié en
France, le madrigal italien n'a pas ou peu de
ramifications.
 Peter
Swibbertszoon Sweelinck (1562-1621)
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Madrigalisme
ou figuralisme
suite
Lorsque les théoriciens allemand des XVIIe-XVIIIe
siècles dissertent sur le figuralisme, ce dernier est passé dans le geste
compositionnel normal de ce qu'on perçoit comme être le style italien.
En France, où le madrigal n'a pas eu de tradition, ce
style peut apparaître comme un maniérisme outrancier, extérieur et
fabriqué qui est à l'origine de diverses querelles entre les amateurs de
la musique française ou de la musique italienne, dont la plus célèbre,
croisée d'enjeux politiques est la
Guerre des Bouffons.
Cette espèce de dramaturgie interne de la musique est
toutefois présente dans le style classique viennois, dans les parties
d'accompagnement du Lied romantique, l'opéra.
On peut penser que le mouvement qui a porté les
musiques sérieuses vers des racines populaires, s'inscrit, au moins en
partie dans ces recherches d'expressivité. L'intérêt que Moussorgsky
portait à l'accent de la voix qui parle, à la manière de parler des
enfants, en témoignerait.
Les recherches de renouvellement musical qui ont abouti
à l'abandon de la tonalité, ont également conduit à la remise en cause de
l'expressivité affective ou représentative de la musique, par une
recherche formelle qui se tend a considérer une expression qui ne serait
que musicale, comme une logique, une esthétique propre à la forme
musicale.
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Bibliographie
LIUZZI F.,
Musica e poesia del trecento nel codice Vaticano Rossiano 215.
Dans «Pontif. Accad. Romana di Archeologia» (13) 1937, P. 59 et
suivantes
WOLF J.,
Die Rossi-Handschriften der Vaticana und das Trecento-Madrigal.
Dans «Jahrbücher der Musikbibliothek Peters» (1938), p. 53 et
suivantes
Discographie
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148 / 01
Harmonia Mundi HMA 1901065
1982 / 1988
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Luca Marenzio
Madrigaux à 5 et 6 voix
Concerto Vocale
René Jacobs dir.
Come inanti de l'alba - Venuta era - Del
cibo onde il signor - Strider faceva - Rimanti in pace - Vezzosi augelli -
Crudele acerba - Sestina : Sola angioletta - Tirsi morir volea - Giunto a
la tomba
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148 / 01
Harmonia Mundi, 1984 / 1985
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Luzzasco Luzzaschi
Concerto delle Dame di Ferrara
Madrigaus à 1, 2, 3 sopranos
Helena Adonso ; Critina Miatello ; Marinella Pennichi ;
Sergio Vartolo
Aura soave, a voix seule - O
Primavera, a voix seule - Ch'io non t'ami, a voix seule -
Stral pungente d'amore, a deux voix - Deh vieni ormai, a deux
voix - Cor mio deh non languire, a deux voix - I'mi son
giovinetta, a deux voix - O dolcezze amarissime d'amore, a
trois voix - Troppo ben puo, a trois voix - T'amo mia vita, a trois voix -
Non sa the sia dolore, a trois voix - Occhi del pianto mio, a trois
voix
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02 / 145
ACCORD 149503, 1984
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Claudio Monteverdi
8 madrigali guerrieri e amorosi (1638)
Basia Retchitzka, soprano - Eric Tappy,
ténor - Rudolfo Malacarne, Ténor - Laerte Malaguti, baryton - James
Loomis, basse
Società Cameristica di Lugano
Edwin Loehrer, dir.
01. Sinfonia
— 02-04. Ninfa che scalza il piede — 05. Ardo avvampo —
05-09. Ogni amante te guerrier — 10. Che vuol haver felice — 11. Ardo e
scoprir — 12. Vago augelletto — 13. Ballet en l'honneur de l'empereur
Ferdinand.
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