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Ercole Amante
Opéra de
Francesco Cavalli (1602-1676)
Source : dossier de presse du Festival d'Ambronay 2006

Le contexte historique

Si le génie de Monteverdi nous a donne les plus grands opéras vénitiens, c'est à son élève Francesco Cavalli que l'on doit la formalisation de ce genre. Arrivé à Venise à l'âge de 14 ans, il travaillera pendant quelques années à partir de 1616 comme choriste extrêmement doué a Saint-Marc sous la direction de Monteverdi.

En 1637, à  Venise, apparait une nouvelle forme d'opéra : l'opéra public qui ouvre ses portes a un auditoire acceptant de payer pour assister à un spectacle entièrement chanté, non plus réservé a des princes ou de riches mécènes. Ce fut l'aboutissement d'un long processus de transformation et de convergence d'expériences précédentes realisées par les compagnies des acteurs chanteurs de la commedia dell'arte.

En 1639, Cavalli entre en partenariat pour la production d'opéras au San Cassiano ou il créera son premier opéra : Le nozze di Teti e di Peleo.

Pendant les trente-quatre annees qui suivront, Cavalli connaîtra un succès sans précédent, avec près de 30 opéras produits. Il deviendra le compositeur le plus réputé et le plus prolifique de la ville, mais aussi une célébrité, à qui Milan, Naples, Florence et Paris cornmanderont des ceuvres.

Son immense succès repose sur sa capacité a créer du divertissement, à travers des ceuvres rythmées, peuplés dune riche diversité de personnages qui conduisent le public sur toute la gamme des émotions, du pathétique à l'humour de bas étage. Le non-respect des supérieurs se retrouve dans tout l'opéra vénitien, ou les ordres les plus bas commentent constamment les activités amoureuses de leurs supérieurs.

À cette même époque, à la cour du roi de France, Mazarin veut importer le luxe italien a Paris. Par sa volonté, l'Italie s'implante en France et la présence de Lulli s'inscrit dans ce courant. Les talents de danseur de Lulli séduisent le jeune roi qui le propulse compositeur pour la musique instrumentale, puis lui permet de fonder son propre orchestre : La petite bande. La carrière de Lulli est alors liée à l'ascension du roi. Trés vite, Lulli œuvre pour sa position, et ses ballets intégrés aux opéras du venitien Cavalli assurent sa réussite.

C'est dans ce contexte que Mazarin, en 1659, commande naturellement pour le mariage de Louis XIV et de l'infante Marie-Thérèse en 1659 un opéra a Cavalli : Ercole Amante, mêlé de ballets de Lully.

Malheureusement, à cause des retards dans la construction de la salle puis de la mort du Cardinal Mazarin, l'opéra ne put être créé à cette occasion. C'est Serse qui est représenté finalement au Louvre pour le mariage de Louis XIV. Les danses de Lulli se détachent et l'imposent comme compositeur français. Ainsi au début des années 1660, a la mort de Mazarin, l'ambition du musicien se dessine : Lulli l''italien meurt et laisse la place a Lully.

La collaboration avec Cavalli pour l'Ercole Amante favorise le retour définitif de Cavalli l'italien a Venise. L'opéra, joué en 1662 devant la Cour est un échec. Les six heures de musique pâtissent des machineries trop bruyantes installées dans la nouvelle salle des Tuileries. Mais les ballets, danses par le roi et la reine en personne, ont séduit : Cavalli quitte Paris et Lully triomphe.

L'Académie baroque d'Ambronay a produit cet opéra en septembre et octobre 2006 à Bourg-en-Bresse, Vichy, Toulon, Reims, Paris (en version de concert, où l'opéra sera engistré) et Besançon.

 

L'Ercole amante :
La perle et les cochons
par Pierre Kuentz
Metteur en scène

 

Pierre Kuenz a mis en scène « Ercole amante », avec l'Académie baroque d'Ambronay en 2006, dans le cadre d'une résidence. On peut suivre son travail final, au jour le jour des répétitions , par des textes, des vidéos et des photos sur son site (blog) :
http://www.pierrekuentz.com/ambronay/index.php/

Nous reproduisons le texte qu'il a écrit à cette occasion pour la présentation de cette  œuvre.

L'Ercole amante : la perle et les cochons

L'Ercole Amante est une apothéose et cette apothéose est une noce : la noce d'Hercule et de Bellezza, la Beauté. Dans d'autres traditions, l'apothéose d'Hercule est Jeunesse éternelle : il épouse Hébé, la jeune fille de la maison. C'est une apothéose au sens fort : un processus de déification. La noce est éternelle et céleste, elle arrache Hercule à sa condition d'homme mortel et le libère de la servitude des travaux. Hercule sauvé séjourne glorieux parmi les dieux et jouit pour l'éternité de la Jeunesse et de la Beauté.

L'Ercole Amante, apothéose d'Hercule, est commandé par le Cardinal Mazarin à l'abbé Butti et au compositeur vénitien Cavalli à l'occasion des noces du jeune souverain de France : Louis XIV épouse Marie-Thérèse infante d'Espagne. Le mariage consacre et légitime la descendance d'un lignage qui jouit depuis Clovis d'une onction de nature divine. Il est, avec le sacre, un moment privilégié où doit se manifester le lien particulier qui unit, à travers ses rois, la France et le(s) Dieu(x). Ce mariage de Louis XIV avec l'infante est en outre une promesse de paix qui se veut définitive entre la France et l'Espagne (Traité des Pyrénées, 1659).

Bref, ce mariage est une apothéose et l'opéra commandé par Mazarin doit, en la figurant, en la rêvant sur son mode propre, couronner cette apothéose. Il doit rappeler la connexion spéciale du royaume de France avec le royaume de Dieu, il fait l'éloge de l'oint du Seigneur, de ce Roi Christ, ce souverain sauveur, qui dans cette alliance particulière avec l'Espagne, libère son peuple des servitudes de la guerre et du désordre. Pour parfaire ce travail de rêve ou de figuration, Mazarin ne fait pas seulement appel à l'opéra italien, nouveauté encore méconnue en France, il fait aussi appel à la tradition française des ballets de cour en commandant à Lulli des entrées qui doivent s'insérer dans le drame chanté. Un spectacle qui sera total : le ballet et la tragédie chantée, Lulli et Cavalli. Une apothéose... ?

Le Mariage a lieu en 1660. Mais l'opéra de Cavalli, pour lequel on a fait construire une salle gigantesque, ne sera pas donné à cette occasion. Les travaux ont en effet pris beaucoup de retard. L'opéra sera joué en 1662. Mazarin est mort entre-temps. L'Ercole Amante qui devait être, en même temps que le mariage de la France et de L'Espagne, celui de la France et de l'Italie, de l'opéra et du ballet, qui devait être une apothéose en réunissant les goûts, les arts et l'excellence des pays dans l'harmonie, jouera finalement à contre-temps : il révélera un noeud critique et conflictuel.

Au centre de cette crise, il y a cet objet impossible, ce joujou précieux: l'opéra. Il devient le centre brûlant de tous les discours, de toutes les querelles esthétiques et littéraires (et cela durera en France jusqu'à l'âge des Lumières, avec des arguments qui varieront peu). S'il est haï, c'est toujours par amour, au nom de ce qu'il devrait être : la perle des arts. L'opéra doit être sublime. Où est le sublime de l'Ercole Amante pour le public parisien de 1662 ? Où est l'apothéose et où est le gouffre, l'informe ? La grande majorité ne retiendra que les ballets de Lulli : des joyaux, selon eux, perdus au milieu d'un flot de musique inaudible ( la musique de Cavalli ). D'autres, plus rares, des Italiens de passage, quelques Français, peut-être Lulli lui-même ( secrètement ? ) qui s'inspirera par la suite du modèle Cavallien et l'adaptera au goût français, verront dans cette musique sublime, des perles jetées au milieu d'une rumeur de cochons : la rumeur du public parisien qui n'entend rien à cette musique et ne sait y prendre part.

L'apothéose d'Hercule sera aussi un effondrement, la chute de Cavalli. Mais ce sera la gloire de Lulli.

Pierre Kuentz
Lyon, juin 2005

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