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Voir la lumière
« Iolantha » de Tchaïkovski

Les Grandes Voix, Salle Pleyel, 11 novembre

Par Frédéric Norac

Iolantha, le dernier opéra  de Tchaïkovski, est une œuvre assez curieuse qui commence comme un conte médiéval et s'achève sur un hymne exalté à la lumière céleste, une profession de foi paradoxale chez un musicien connu pour son pessimisme et soupçonné même de s'être suicidé.

Le livret raconte l'histoire de la fille aveugle du Roi René, élevée par son père dans l'ignorance de sa propre cécité, à qui la rencontre fortuite avec le chevalier Vaudémont et son amour pour elle bientôt partagé vont révéler son infirmité et le désir d'accéder à la lumière.

On ne peut manquer d'y voir une sorte de fable symbolique, une parabole, où Iolantha représenterait l'âme humaine à qui l'amour terrestre ouvre les yeux sur l'amour du Créateur et sur la beauté de la Création.

Au plan dramaturgique, cet acte unique assez bref — à peine une heure trente — se révèle assez faible. Les péripéties en sont un peu artificielles et le registre plus épique que vraiment théâtral. Il est du reste rarement monté, sinon en version concert. Musicalement, l'œuvre s'en ressent et peut paraître un peu décousue, voire un rien éclectique.

Iolanda, théâtre des Champs-Élysées
Salle Pleyel, Iolanda. Salut final

Après un prélude très original dominé par les vents (où semble résonner le souvenir de Tristan), elle enchaîne des airs et des scènes d'inspiration inégale où voisine la meilleure veine mélodique du compositeur avec des moments plus conventionnels, comme ce duo de la rencontre un tantinet grandiloquent. Tout l'intérêt repose en fait sur la situation du rôle-titre dont la caractérisation psychologique est au centre de l'œuvre.

Avec cette version de concert montée autour la personnalité d'Anna Netrebko, on pouvait craindre qu'il ne s'agisse d'un simple faire-valoir pour la diva russe. De fait, lorsqu'elle fait son entrée dans sa sublime robe en plissé de mousseline rose pâle, on peut craindre un moment que le concert ne soit qu'un prétexte pour une démonstration de glamour.

Mais la soprano ne se contente pas d'être une des plus belles voix de soprano lyrique du moment et des plus fêtées, elle se révèle au fil de l'œuvre une authentique interprète, incarnant aussi scéniquement cette héroïne mystique dont la tessiture convient idéalement à sa voix longue au  timbre charnu et aux aigus merveilleusement épanouis. Elle en restitue le pathétique et l'exaltation avec un engagement rare et réussit le tour de force de faire oublier la diva pour recréer un personnage entièrement crédible, vraiment bouleversante dans la scène finale du retour à la lumière.

La distribution réunie autour d'elle est absolument irréprochable jusqu'au plus petit rôle et ils sont nombreux puisque l'intrigue ne compte pas moins de dix personnages dont trois, le roi René, le médecin Ibn-Hakia, Robert de Bourgogne, sont dotés d'un air à part entière.  Mais l'autre héros de la soirée est incontestablement le chef Emmanuel Villaume qui à la tête de son orchestre — la philharmonie slovène — et de son chœur de chambre, d'une homogénéité de rêve, donne une vision forte d'une partition dont le Finale s'impose de façon tout à fait saisissante.

 

Frédéric Norac

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