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Violetta et les chemises noires
« La Traviata » de Verdi à
l'Opéra-théâtre de Limoges

15 avril 2012

Par Fédéric Norac

En quelques décennies, la France est devenue un pays d'authentique démocratisation culturelle,  notamment pour ce qui concerne l'opéra. On peut désormais voir, dans une ville comme Limoges (180 000 habitants intramuros — 250 000 avec l'agglomération), une véritable saison lyrique, avec des productions maison et des distributions de qualité. Le système des coproductions est évidemment à créditer en partie pour cette heureuse évolution. C'est le cas de cette Traviata que reprendra Reims en mai prochain (les 11, 13 et 15) et qui sera au programme de l'Opéra de Rennes en 2012-2013.

La traviata, Opéra de LimogesLa Taviata, Opéra de Limoges. photographie © Ville de Limoges / Laurent Lagarde

L'originalité de la production de Jean Romain Vespérini tient dans le climat délétère qu'elle crée autour de la tragédie de Violetta transposée dans l'Italie des années 20 en pleine montée du fascisme. Entre le premier tableau et la fête chez Flora, les chemises noires se sont multipliées et, quand au finale Alfredo revient vers Violetta, lui aussi est habillé en milicien.

La mise en scène fait du divertissement du deuxième acte une pantomime décadente dont les « bohémiennes » sont de fausses girls ridicules avec leurs éventails de plume dont elles protègent leurs ébats avec le marquis. La scène des matadors se résume à une chorégraphie douteuse où un travesti aguiche une sorte de minotaure — un milicien en masque de cuir — qui finit par le rouer de coups et le piétiner. Le décor unique d'Emmanuelle Roy — une architecture art déco représentant une salle basse où des piliers soutiennent une monumentale verrière — sert aussi bien pour le salon de Violetta que pour celui de Flora. Il s'en dégage une sensation d'oppression, particulièrement sensible dans la fête du iie acte qui tient autant du tripot que du bordel clandestin. Seule finalement la maison de campagne du iie acte ne parvient pas à trouver sa place dans ce contexte et aurait justifié d'un véritable décor à elle seule. De belles trouvailles comme cette idée de passer de l'acte ii à l'acte iii sans solution de continuité et de faire mourir Violetta sur la table jeu où elle vient de subir le coup qui la tue, plus que la maladie.

La traviataLa Taviata, Opéra de Limoges. photographie © Ville de Limoges / Laurent Lagarde

Une excellente direction d'acteurs et une bonne gestion des chœurs sont autant d'atouts d'une mise en scène fluide et efficace dont le concept trouve son plein épanouissement dans les deux derniers tableaux, d'une très grande force visuelle.

La distribution est dominée par la belle Venera Gimadieva, jeune soprano russe de 27 ans, à qui siéent merveilleusement les robes de soirées de starlette dessinées pour elle par Sonia Bosc. Le timbre argentin, les sublimes piani laissent entendre les promesses d'une voix qui va sûrement s'épanouir avec les années et à qui ne manque qu'un peu plus de chaleur dans le médium et de liberté dans les coloratures du premier acte. Son « Addio del passato », d'une superbe concentration, révèle quelle interprète elle est en passe de devenir.

La Traviata, Venera GimadievaLa Taviata, Venera Gimadieva, Opéra de Limoges. photographie © Ville de Limoges / Laurent Lagarde

Face à elle, l'Alfredo de Francesco Demuro déçoit quelque peu. Comme dans Don Pasquale au Théâtre Champs Elysées en février dernier, le jeune ténor sarde séduit par ses qualités de timbre mais laisse entendre de gros problèmes dans une tessiture plus large qu'il n'y parait à première vue et pour laquelle il ne possède pas le soutien, ce qui l'oblige régulièrement à ouvrir ses aigus d'une façon très désagréable.

Marzio Giossi est un Germont solide et bien rôdé qui trouve de belles ressources musicales, notamment dans son duo avec Violetta à l'acte ii.

La galerie des petits personnages est particulièrement bien dessinée tant théâtralement qu'au plan vocal et on retient le d'Orbigny de Bardassar Ohanian, l'imposant Docteur Granvil de Julien Véronèse et le Gastone de Julien Dran. Annina apparaît ici plus comme une sœur aînée protectrice et maternelle que comme la camérière de Violetta. En costume tailleur et souliers plats, Sophie Angebaut fait songer à la Comtesse Geschwitz, créant une sorte de parenté entre l'héroïne de Verdi et la Lulu de Berg, ce qui finalement est assez logique, étant donné l'époque où est située l'action.

À la tête de l'orchestre et des chœurs de l'opéra-théâtre, d'un niveau tout à fait honorable, Giacomo Sagripanti a le défaut commun aux jeunes chefs. Il dirige systématiquement trop vite, ce qui prive l'œuvre de quelques contrastes nécessaires sans lui donner nécessairement plus d'impact dramatique.

Frédéric Norac


Références / musicologie.org 2012

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