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Venezia, un récital pour amoureux du baroque Montpellier, Opéra-Comédie

 

27 juillet 2013, par Eusebius ——

Max Emanuel Cencic, contre-ténor et Il Pomo d'Oro, direction et violon solo Riccardo Minasi

 

cencicMax Emanuel Cencic.

Le programme est déjà connu des amateurs, depuis le concert de Baden-Baden — toujours visible sur Arte — et le CD qui a suivi, « Venezia », chez Virgin. C'est l'occasion de comparer les performances de notre merveilleux contre-ténor à celles que restituent les enregistrements. À part le claveciniste, les musiciens sont ceux ayant réalisé les prises signalées.

Le récital s'ouvre sur le concerto RV 181a de Vivaldi. Belle dynamique, timbre soyeux des cordes et du soliste tout particulièrement, cependant la respiration semble faire défaut. Où est l'âme ? On la découvre au second mouvement, tout en souplesse, aux inflexions naturelles, sans pathos. La virtuosité de Riccardi Minasi est indéniable, mais la joie fait défaut.

La formation dirigée du violon par Ricardo Minasi ponctuera le récital de trois nouvelles œuvres instrumentales. C'est l'occasion de découvrir une sinfonia de Brescianello, jouée avec un plaisir communicatif des musiciens, remarquables par leur ensemble et leur maîtrise stylistique : un compositeur à découvrir. Un concerto de Galuppi ouvrira la seconde partie. Si la dynamique de l'adagio est proprement inouïe, avec des opposition extrêmes dans le jeu, on regrette l'introduction à la française du premier mouvement, prise allegretto au lieu de grave, ce qui amoindrit l'effet de contraste avec le mouvement suivant. Mais, ne boudons pas notre plaisir : le dernier mouvement, riche et enlevé, atteint la perfection. Celle-ci sera la règle dans l'ultime œuvre instrumentale : le concerto « La Favorita » de Vivaldi. La rondeur des timbres, les unissons absolus des trois violons, les respirations donnent une vie extraordinaire à cette œuvre.

Max Emanuel Cencic, sympathiquement bronzé, a fait son entrée, tout de blanc vêtu, arborant une veste croisée aux rayures orange, une discrète pochette vert pomme ou turquoise, fluo. Il chantera huit airs — sans compter les généreux bis — extraits d'ouvrages lyriques vénitiens du début du XVIIIe siècle. Le premier, d'Albinoni, une belle plainte d'Apollon déplorant la métamorphose de Daphné, est chanté avec une conduite exemplaire de la voix, avec retenue aussi par un contre-ténor émouvant. L'air suivant, « Barbaro non comprendo », de Caldara, est de toute autre nature : imprécation, violence confinant à la férocité sollicitent toute la tessiture, sans compter l'extrême virtuosité de l'écriture vocale. Ce serait parfaitement convaincant n'était l'inégalité du chanteur dans les registres. Autant son aigu est brillant, vaillant, bien timbré, autant on attend davantage de couleur dans le mediumet surtout dans le grave. La performance est cependant pyrotechnique. Le « Dolce mio ben » de Gasparini, d'une sensualité vocale comme instrumentale, était fait pour séduire, et Max Emanuel Cencic y réussit à merveille. L'intelligibilité ne souffre en aucun cas du modelé de la voix. C'est par un air de La Verità in cimento, de Vivaldi, que s'achève la première partie. Notre contre-ténor y déploie ses superbes aigus et une virtuosité rare.

L'aria di paragone (air de comparaison) Mormorando quelle fronde, de Giovanni Porta, décrit le frissonnement des feuillages et de l'eau avec un art consommé. Puis ce sont les sombres ténèbres de la nuit qui font naître l'effroi. Naturellement l'illustration musicale très figuraliste est le prétexte à un chant très valorisant. Giacomelli fait partie de ces maîtres restés dans l'ombre des grandes figures, et sa redécouverte est gratifiante. L'aria patetico « Sposa, non mi conosci » est un bijou particulièrement bien ciselé, voix et instruments traduisent avec justesse la vérité dramatique. Cette page correspond parfaitement aux ressources de notre soliste. C'est par deux arie attribuées à Vivaldi que s'achève le programme, illustrant la richesse d'invention du prêtre roux. Toute la stylistique baroque s'y développe, fougueuse, trépidante, étincelante aussi, où Max Emanuel Cencic rayonne.

Il offrira à un public enthousiaste de cette belle salle à l'italienne deux bis également appréciés.

Eusebius
27 juillet 2013

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