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 Une révélation (l'Orchestre de Chambre de Bâle),
et une confirmation (Kristjian Järvi)
Par Eusébius

 Samedi 12 mars 2011, Auditorium de Dijon

Maigre public dans cet immense vaisseau de l'Auditorium de Dijon, ce soir. Mais il est vrai que la programmation la veille et le lendemain de la Turandot de Busoni, et la retransmission simultanée de Boris Godounov, du MET, ont découragé sans doute plus d'un mélomane. Un programme alléchant, qui alliait aux goûts du chef ceux de la soliste : Finlande et Norvège pour le premier, un Wagner nordique pour la seconde.

Le cygne de Tuonela, de Sibelius, contemporain du Faune debussyste, est une page bien connue, encore qu'enregistrée plus fréquemment que donnée au concert. Dès les tenues diaphanes des harmoniques des cordes, il est clair que l'orchestre est chambriste au meilleur sens du terme, avec une cohésion, une entente exemplaires. Le solo de cor anglais, particulièrement poignant, qui caractérise la première partie, est un régal. Les cordes soyeuses, la rondeur des vents font merveille sous la direction exemplaire de Kristjan Järvi. Dirigeant par cœur, il fait corps avec l'orchestre dont il est le conseiller artistique, et l'émotion atteint des sommets. Splendide, donc.

Les Wesendonck Lieder, de Wagner, dans une orchestration de Hans Werner Henze (et non celle de Felix Mottl, habituellement jouée), par Angelika Kirschlager, voilà ce qui devait être au cœur de ce concert. Cette orchestration se distingue de celle de Mottl par une palette de timbres élargie aux vents. Pour ma part, sans doute la meilleure. Ne serait-ce que pour le recours au cor anglais solo (toujours magnifique, Tristan n'est pas loin) et aux bois dans Im Treibhaus. Et là, j'avoue ma gêne : que penser de la prestation de la grande Angelika Kirschlager ? De ma place (bonne) sa voix semblait fréquemment couverte par l'orchestre, si délicat par ailleurs. Faut-il incriminer la soliste, dont la conduite de la ligne vocale aurait manqué de soutien ? J'en doute. Certainement pas l'orchestre ni son chef, toujours attentifs à la mezzo soliste. Alors ? L'acoustique de la salle, malgré les commentaires généralement élogieux ? Le lendemain, dans la Turandot de Busoni, jamais le problème ne s'est posé, où que les solistes évoluent. Mais l'orchestre — de taille équivalente — était dans la fosse. Il faudra écouter France-Musique le 30 mars à 9h pour en avoir le cœur net… si les techniciens ne modifient pas la balance, bien sûr. N'était cette réserve, cette interprétation des Wesendonck Lieder était passionnante tant pas les couleurs orchestrales que par sa passion palpitante, frémissante, enfin extatique (un Träume...de rêve).

Peer Gynt, du moins quelques pièces célébrissimes reprises dans les deux suites, est dans toutes les oreilles. Kristjan Järvi a rassemblé 21 pièces de la musique de scène, qu'il a arrangée pour mezzo et orchestre. Il en est donc familier et dirige par cœur une très belle formation homogène, jeune,  dont l'enthousiasme est communicatif. Ses solistes (tour à tour, un alto, un violon, un violoncelle) sont d'authentiques virtuoses, sans esbroufe. Tour à tour tendre, populaire, épique, champêtre, raffinée, festive, éblouissante, fulgurante, véhémente, fraîche, naïve, cette réorchestration innove par des mixtures surprenantes (bois et xylomarimba à l'unisson, par exemple) toujours appropriées à la pièce. La mort d'Ase est d'une émotion rare. Un régal. D'autant que les deux interventions d'Angelika Kirschlager sont parfaitement intégrées à la trame orchestrale.

Si vous avez la chance d'écouter cet orchestre, et particulièrement sous la baguette de Kristjan Järvi, n'hésitez pas. Kristjan, un prénom à retenir, après Neeme, dont il est le fils cadet. Un nouveau Bernstein, moins extraverti, mais tout aussi efficace !

Eusébius
Dijon, le 12 mars 2011


Références / musicologie.org 2011