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Un érotisme sensuel
pour « Adagietto » du
chorégraphe Oscar Araiz
aux Ballets Nice Méditerranée

 

Maeva Cotton et Alessio Passaquindici Maeva Cotton et Alessio Passaquindici (Adagietto).
Photographie © D.Jaussein.

Depuis son arrivée en 2009 aux Ballets Nice Méditerranée, Éric Vu-An n'a eu de cesse d'élargir l'horizon du répertoire des danseurs et d'en amplifier leurs défis physiques et psychiques. Le directeur artistique illustrait ses ambitions en présentant, vendredi 5 avril à l'Opéra de Nice, un programme composé en première partie d'une reprise de « Oceana », création mondiale offerte en 2011 aux Ballets Nice Méditerranée par la chorégraphe Lucinda Childs sur une musique d'Osvaldo Golijov et dont Musicologie avait fait un compte rendu élogieux.

Maeva Cotton et Alessio PassaquindiciMaeva Cotton et Alessio Passaquindici (Adagietto).
Photographie © D.Jaussein.

La plus agréable des surprises venait toutefois en seconde partie avec « Adagietto » et « Rhapsody » du célèbre chorégraphe argentin Oscar Araiz. Sur la musique du quatrième mouvement de la Symphonie n° 5 en do dièse mineur de Gustav Mahler, rendue inoubliable par l'ouverture du film « Mort à Venise » de Luchino Visconti, « Adagietto » met en scène un superbe « pas de deux » respectant le tempo « sehr langsam » requis dans la partition du compositeur autrichien. Superbe en raison de l'évolution minutieuse et raffinée de Maeva Cotton et d'Alessio Passaquindici, seuls sur scène pour ce duo au ralenti d'une bouleversante sensualité. Et ce, malgré les multiples contraintes de portage dont les deux danseurs, totalement absorbés par une harmonie corporelle extatique d'apesanteur et les yeux presque révulsés de plaisir, semblent s'être mystérieusement débarrassés.

Maeva Cotton et Alessio PassaquindiciMaeva Cotton et Alessio Passaquindici (Adagietto).
Photographie © D.Jaussein.

L'intégralité de leur corps mobilisait jusque dans l'hallux tendu et la plante des pieds cherchant, comme pour les découvrir, les points d'appuis au sol dans une incertitude qui accentuait la candeur réciproque de leur accouplement physique et spirituel. Pas d'extravagance ni de vulgarité dans la gestuelle et pourtant, une étonnante créativité puisant dans toutes les ressources du langage charnel : une main effleurant une tête, une cambrure marquant une soudaine intensité mélodique, un imperceptible frisson du tronc accompagnant une mutation tonale typiquement mahlérienne, une « Pietà » les bras en croix pour une sobre et pourtant saisissante apothéose finale. De quoi partager le vif enthousiasme du public ovationnant ce jeune couple prometteur.

RhapsodyRhapsody. Photographie © D.Jaussein.

Changement de cadence et d'énergie pour « Rhapsody » sur une musique de Rachmaninov élaborée à partir d'un thème de Paganini : un « déchaînement, selon les propos d'Oscar Araiz, de différents types de communications, d'actions et de conséquences ». Une œuvre qui fait penser aux flux d'une boule de billard électronique où une impulsion initiale sous l'instigation d'un chef – impressionnante agilité et mordant de l'acte chorégraphique du danseur Victor Escoffier –  semble échapper à son créateur pour suivre des trajectoires spatiales aléatoires et des dynamiques physiologiques imprévisibles.

RhapsodyRhapsody. Photographie © D.Jaussein.

Si Mikhaïl Soloviev manque parfois de stabilité dans son « pas de deux », la jeune Yui Uwaha fait des débuts remarqués par les expressions de son tempérament. Habillés par Renata Schussheim, ces danseurs et danseuses (Paula Acosta Carli, Véronica Colombo, Marie-Astrid Casinelli, Vanessa Dirven, Céline Marcinno, Gabriel Barrengoa, Claude Gamba) semblent instrumentalisés par des forces telluriques dont ils épousent ou contrecarrent sans logique apparente, les manifestations intempestives de puissance.

Gabriel Barrenengoa et Véronica ColomboGabriel Barrenengoa et Véronica Colombo (Rhapsody).
Photographie © D.Jaussein.

 

Nice, le 6 avril 2013
Jean-Luc Vannier 

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