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Un apothéotique « Stiffelio »
de Verdi clôt la saison lyrique
à l'Opéra de Monte-Carlo

Par Jean-Luc Vannier

 

StiffelioJosé Cura (Stiffelio) et Virginia Tola (Lina). Photographie © Opéra de Monte-Carlo

Le bicentenaire de la naissance de Giuseppe Verdi aura été dignement célébré avec la création, mardi 23 avril à l'Opéra de Monte-Carlo, de « Stiffelio », dramma lirico joué pour la première fois le 16 novembre 1850 au Teatro Grande de Trieste. Les foudres de la censure eurent raison, à cette époque moraliste, du sulfureux scénario. Et pour cause : comment mettre en scène l'histoire d'un pasteur protestant qui pardonne à sa femme adultère au terme d'une lutte déchirante entre l'attachement rédempteur aux idéaux religieux et la fureur pulsionnelle de la trahison ? Une censure humaine qui n'a pas empêché la « divine » surprise de retrouver à Naples dans les années soixante, deux copies non autographes de cette œuvre originale dotée d'un surprenant souffle lyrique.

stiffelioBruno Ribeiro (Raffaele), José-Cura (Stiffelio) et Nicola-Alaimo-(Stankar).
Photographie © Opéra de Monte-Carlo

En co-production avec le Teatro Regio de Parme, ce « Stiffelio » monégasque est une réussite complète. Signée par Guy Montavon, la superbe mise en scène épurée, voire glaciale par ses tons de gris et de bleu pâle (décors et costumes de Francesco Calcagnini), laisse filtrer des lumières en clair-obscur dignes des plus belles peintures de l'École hollandaise et qui privilégient l'intimisme nourri d'ambivalence des principaux personnages. Un travail susceptible de rappeler le brio des arrangements scéniques d'un Robert Carsen dans « Dialogues des Carmélites » donnés à l'Opéra de Nice en octobre 2010. La direction musicale de Maurizio Benini, vivement salué à son entrée dans la fosse par une batterie enthousiaste des instrumentistes de l'Orchestre philharmonique de Monte-Carlo,  impressionne par sa rigueur et son époustouflante énergie. Rigueur jusque dans la conduite « au doigt et à l'œil » des chanteurs sur le plateau. Malgré une ouverture qui semble un peu longue par ses multiples reprises, l'interprétation du maestro passé par les plus grandes scènes internationales, sait à la fois enchaîner sans mélange et distinguer sans rupture, cette cascade fougueuse de rythmes successifs et d'intonations variées (strette, aria, pertichini, largo, cantabile, cabalette…).

Virginia Tola (Lina). Photographie © Opéra de Monte-Carlo

Saluons l'impressionnante distribution vocale. Dans le rôle titre d'un hiératisme verdien aussi sombre que la photo de son compte twitter est fantaisiste, José Cura développe à profusion des accents lyriques très émouvants et d'une rare intensité. La charpente vocale et la richesse tonale du ténor argentin lui assurent un charisme scénique où l'exigence du spirituel le dispute à la fougue du passionnel. Et ce, de son apparition sur scène à sa montée en chaire lors du finale. Après une injonction vocalement digne d'une statue du Commandeur « n'entends tu pas les cris de ces tombes », il s'effondre à la fin de l'acte II dans une prière mystique dont le paroxysme émotionnel saisit littéralement l'audience.

stiffelioNicola-Alaimo (Stankar). Photographie © Opéra de Monte-Carlo

Dans la même veine qualitative, le baryton sicilien Nicola Alaimo déploie, dans le personnage de Stankar, toute l'étendue d'un registre vocal très convaincant où se mêlent la puissance, la foi et l'éprouvante douleur d'un déshonneur paternel. Lors de sa scena ed aria du début de l'acte III, son sublime et solitaire « La mia figlia » constitue un point culminant d'une envergure phonique ponctuée par une chaleureuse ovation. Le ténor portugais Bruno Ribeiro assure très correctement le rôle de Raffaele, volontairement plus modeste dans la partition. Malgré quelques aigus un peu voilés en début de performance, notamment lors de sa prière de l'acte I, la soprano argentine Virginia Tola incarne une remarquable Lina, ravagée par le remord et la culpabilité. Son air du cimetière à l'acte II et ses magnifiques duos, avec son père à l'acte I ou, celui encore plus vibrant de sa contrition avec Stiffelio à l'acte III, débordent de ferveur sans rien altérer de leur justesse vocale. La basse José Antonio Garcia (Jorg), le ténor Maurizio Pace et la mezzo-soprano Diana Axentii, de même que les chœurs de l'Opéra de Monte-Carlo contribuent au succès de cette production. Et laissent le public sur un niveau d'expectative élevé pour la prochaine saison lyrique de l'Opéra.

stiffelioStiffelio, Scène-finale. Photographie © Opéra de Monte-Carlo

 

Nice, le 25 avril 2013
Jean-Luc Vannier

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