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Singulier Pelléas, version light

Dijon, Grand Théâtre, 13-14 octobre 2012

Par Eusebius

Bonne idée que de donner ce chef-d'œuvre au Grand-Théâtre, à l'acoustique idéale. Mais… choix dicté par la crise (comme pour le beau Ring à Strasbourg il y a un an), ou manie flamande propre à Bruges* que cette réduction pour une formation chambriste, réalisée par Annelies Van Parys, pour la musique, et de Wouter Van Looy, pour le livret et la mise en espace ?

singulier pelléas

Curiosité donc que cette version, originale, le tulle vaporeux se substituant aux moires des soieries somptueuses ou discrètes de l'orchestration debussyste où les cordes jouent parfois à huit parties réelles. N'est-ce pas oublier que, héritière rebelle de Tristan, la partition appelle d'autres moyens ? Mais la plupart des œuvres lyriques de Britten ne font elles-pas appel à une formation comparable ? On allait écouter.

Diable ! le rideau est levé sur un praticable : trois écrans en fond de scène, un petit espace ménagé pour les chanteurs, l'ensemble instrumental bien que très réduit, occupe une large place, laissant trois estrades, derrière le chef, juste avant le proscenium. Puis la musique débute et nous laisse stupéfait : nous commençons par le début de la scène de la lettre, pour revenir à la toute première, amputée, et revenir au récit de Geneviève. Manifestement le texte a été refondu. Il sera ainsi amputé de plusieurs scènes ou passages**, il faudra s'y faire. La compréhension du livret n'en est pas altérée, heureusement.

C'est une version de concert améliorée qui nous est offerte. La vidéo explicitant plus ou moins l'action, à peine esquissée par des solistes très statiques, le tout dans une pénombre conforme aux exigences de l'œuvre, dans un gris soutenu, triste à souhait. Manifestement on cherche la lumière et Mélisande n'est pas heureuse. La version abrégée et réorchestrée ne manque pas de séductions et l'on se prend parfois au jeu, particulièrement dans la scène de la tour. Le Pelléas de Florian Juste est bien campé, la voix est belle, tout comme celles de Mélisande (Mijke Sekhuis) et de Geneviève (Marie-Noële Vidal). Andreas Jankowitsch est un émouvant Golaud, malgré sa diction. Quant à Arkel, son vibrato large le disqualifie pour cet ouvrage. L'ensemble orchestral, solide, est dirigé intelligemment par Margit Strindlund. On peut regretter que la disposition scénique conduise parfois à couvrir les voix, particulièrement quand les chanteurs sont en fond de scène, ce qui est un comble quand on sait quel soin Debussy a mis pour que la déclamation si souple des chanteurs ne soit jamais occultée par l'orchestre.

Si l'on ne connaissait pas le « vrai » Pelléas, dans son intégrité dramatique et musicale, les qualités de ce digest auraient de quoi nous séduire. Et le public, après deux heures sans entracte, a apprécié cette réalisation originale, attachante, qui constitue certainement une excellente introduction au chef-d'œuvre de Debussy, mais n'en constitue qu'un succédané.

                                                                              Eusebius (14 octobre 2012)

 

* Il me souvient que Jos van Immerseel nous avait donné une détestable Symphonie fantastique  en petite formation, avec deux pianos en guise de carillon, avec le culot de justifier ce choix qu'il affirmait conforme à la volonté de Berlioz, avec une parfaite mauvaise foi.

** acte 3 scènes 2 et 3, acte 4 début de la sc. 2, sc. 3 et début de la 4, acte 5 amputé de son début et comportant de multiples coupures.

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