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UNESCO : sauvegarde de la polyphonie corse
Par Dominique Salini

La Corse possède un patrimoine polyphonique remarquable et diversifié. On dénombre plusieurs genres polyphoniques : a paghjella, u madrigale, u terzettu, a messa di i vivi, a messa di i morti.

Essentiellement transmise dans l'oralité, sans recours à un quelconque système d'écriture, la polyphonie corse est mentionnée, dans les années 1960 par l'ethnomusicologue belge Paul Collaer, comme faisant partie d'un bloc culturel méditerranéen avec la Sardaigne et la Sicile, ce qui lui confère à la fois une identité, un style méditerranéen et une spécificité, telle qu'elle s'exprime en particulier dans le mode d'agencement des voix.

En effet, contrairement aux polyphonies sardes et siciliennes qui souvent accompagnent les danses et se rapprochent ainsi du chœur, la polyphonie corse est toujours chantée à capella et se présente comme un véritable processus par tuilage.

Quelque soit le genre, la polyphonie corse se chante à trois voix, contrairement à ses voisines qui, elles, en comptent quatre. Les trois voix, désignées de manière très métaphorique, entrent toujours dans le même ordre : a seconda commence, suivie par u bassu et a terza achève l'espace harmonique.

À la différence des autres polyphonies, la polyphonie corse ne présente pas une rythmique régulière, telle qu'elle pourrait être impulsée par la danse. Elle se déploie suivant le rythme du souffle et de la respiration, ce qui lui confère une grande souplesse d'exécution.

Parce que, comme toute polyphonie populaire, la polyphonie corse se transmet oralement, toute réalisation polyphone exige un code comportemental précis de la part des exécutants. Les chanteurs ne disposent pas des repères que sont pour la musique savante, le métronome, le diapason, la partition et le chef. Dans ce cas, l'exécution ne peut se faire que si est respecté un code d'entente : l'œil, l'oreille et la bouche fonctionnent en quelque sorte en circuit fermé et la disposition en cercle devient la condition obligée à la réalisation harmonique.

Mais, si le terme de polyphonie, commode pour désigner les chants à plusieurs voix, est plutôt issu de la tradition savante, il a été hâtivement emprunté par les médias pour qualifier les groupes culturels interprétant des chansons polyphoniques.

Pour montrer que cette ambiguïté lexicale a d'emblée introduit une confusion entre une technique traditionnelle et un nouveau genre issu des années 1970, et a, de ce fait, occulté les risques de disparition, les porteurs du projet Unesco ont préféré utiliser le terme usuel de cantu in paghjella. Lancée en 2005 par deux militants culturels, Petru Guelfucci et Jean-Paul Poletti, l'idée de demander l'inscription du cantu in paghjella sur la liste des chefs d'œuvre du patrimoine immatériel de l'humanité a progressivement pris forme. En 2006, le Centre de Musiques Traditionnelles de Corse, Dominique Salini et Michèle Guelfucci-Glinatsis, ont organisé à Ajaccio un colloque, soutenu par la région Corse, sur le thème « La polyphonie corse peut-elle disparaître ? » Considérées comme le fondement d'une politique culturelle à l'égard des patrimoines immatériels et l'une des étapes intermédiaires dans le processus Unesco, les diverses interventions ont donné lieu, en 2008, à la publication des Actes aux éditions Dumane.

Le 30 septembre 2009, à Abou Dhabi, a été proclamée l'inscription du cantu in paghjella sur la liste de sauvegarde d'urgence.

Dominique Salini
octobre 2009

Dominique Salini est professeure à l'université de Corse.

Salini Dominique, Histoire des musiques de Corse. Éditions Dumane, Bastia 2009 [128 p. ; ISBN 9782915943108]

    Quelle a pu être l'histoire des musiques corses ? Ou plus exactement à quelles histoires peut-on relier des formes élaborées telle la polyphonie, la tradition des chants funèbres ou encore les danses au bâton ? La place de l'Ile de Corse en Méditerranée rend de moins en moins crédible l'exclusif rattachement du patrimoine musical insulaire à la seule branche de l'Occident chrétien. Trop souvent regardées comme de simples lambeaux de terre détachés des continents et vierges de cultures autres que celles des puissances tutélaires, les îles ont vu leurs propres événements racontés voire inventés par les différentes chroniques des pouvoirs. Désormais, il est urgent de proposer un autre décryptage des relations qu'une culture entretient avec l'histoire et les pouvoirs et de s'interroger sur les usages locaux en fonction des situations politiques. A partir d'une lecture renouvelée de la notion de musique traditionnelle, l'ouvrage se propose de montrer que toute musique, en tant qu'enjeu politique majeur, fait partie d'une longue histoire des idées. La réflexion se prolonge sur le contemporain, questionnant la notion ambiguë de culture identitaire et celle des politiques culturelles, désormais territoriales. En somme, approches anthropologique et historique ne cessent de se croiser autour de l'objet musique, mode d'expression privilégié des insulaires.


Références / musicologie.org 2009