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Russes dans l'âme
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Trio Una Corda
Dimitri Chostakovitch (1906 - 1975)
Concert enregistré à Paris, le 15 octobre 2006.
Voici enregistrées en concert, trois œuvres magistrales de deux compositeurs, nés avec le xxe siècle à Saint-Pétersbourg. Dimitri Chostakovitch a participé à l'épopée et aux tourments de l'expérience soviétique, dont la période stalinienne. Alexandre Tcherepnine quant à lui transporte sa Russie d'abord en Géorgie, puis dès 1921 à Paris, et plus tard dans les années 1930, à travers le monde, particulièrement en Chine, inspriratrice au point d'y prendre épouse. Ce disque a de quoi éblouir les oreilles. Il constitue un programme intelligent et gradué, et témoigne de l'excellence technique et musicale des musiciens d'aujourd'hui. Quand il compose son Trio opus 8, Chostakovitch a 17 ans, et use déjà d'un lyrisme ample et émouvant, consommé, à fleur de notes et de sons, plus épique que romantique, qui raconte et dramatise, par de longues montées menant aux tensions extrêmes, puis chutant rapidement, avec des contrastes forts et une expressivité efficace, convaincante. Né quelques années plus tôt dans un milieu musical où se croise toute l'avant-garde de l'époque, dont une partie se retrouvera à Paris, au sein de ce qu'on appelle l'École de Paris, ou autour des Ballets russes, Alexandre Tcherepnine est peut être, en 1925 (il a 26 ans quand il compose son opus 34), plus détaché des traditions académiques que son confrère Chostakovitch. Son lyrisme est peut-être, ici et là, plus distant, cède moins au pathos, il est peut-être ombré de quelque impressionnisme de France, et surtout sa musique se distingue par une pulsion métrique impétueuse, une mécanique fougueuse. Mai il y a quand même un air de famille plus que marqué avec la tradition russe et la musique de Chostakovitch. Si Chostakovitch déclame en tragédien accompli qui sait toutefois être ironique, Tcherepnine, quant à lui, danserait.
On pourrait considérer que la dernière œuvre du programme est en filiation avec les deux précédentes, ou qu'elle s'en nourrit. Chostakovitch a composé son Trio opus 67 dans un moment tragique : celui de la dévastation et de la cruauté de l'invasion nazie, mais aussi celui de la mort à 41 ans, de son très proche ami, grand critique musical et directeur musical de l'orchestre philharmonique de Leningrad, Ivan Ivanovich Sollertinski. Cette œuvre lui est dédiée. Chostakovitch est alors un compositeur chevronné, célèbre dans le monde entier, voire mythique en raison de sa symphonie Leningrad de 1942, créée à New York par Toscaninni et dont la partition parvint à Leningrad encerclée, sou forme de microfilm. On retrouve dans ce Trio le lyrisme et la même technique de dramatisation, qu'en 1923, mais le travail des voix concertantes y est beaucoup complexe, les oppositions plus marquées, notamment dans des superpositions dissonantes. La pulsion métrique est aussi, à des fins expressives, intégrée.
Le trio Una Corda a été constitué en 2002. Il a engrangé à ce jour des distinctions, comme le Premier Prix du Concours international de Trapani, ou de la Fondation Cziffra. Son répertoire comporte un important catalogue, avec naturellement quelques œuvres de Haydn et de Mozart, mais surtout de compositeurs des xixe et xxe siècles. Il prend un soin particulier à la composition de leurs programmes. Ce concert enregistré en témoigne. Ses membres sont issus, entre autres, du Conservatoire National de Musique de Paris. Ils mènent indépendamment du Trio Una Corda, des carrières parallèles, qui après concours et distinctions, les mènent d'orchestres en festivals, de la scène au disque. Biographie
de Chostakovitch
Jean-Marc Warszawski |