Michel Rusquet,
Trois siècles de musique instrumentale :
Un parcours découverte

 

 

 

Fantaisies pour flûte seule

De vrais petits chefs-d'œuvre que ces douze fantaisies pour flûte traversière sans basse publiées en 1733. Avec le brio qu'on lui connaît dès qu'il touche à cet instrument, Telemann y fait le tour des mouvements de danse en usage tout en offrant une étonnante synthèse des formes musicales de son temps, de l'ouverture à la française à la sonate en passant par la toccata et fugue ou la suite. Les flûtistes les affectionnent, qui peuvent y déployer une large part des sortilèges dont leur instrument a le secret, et le public ne peut que suivre.

 


Fantaisie no 4
Jean-Pierre Rampal (flûte)

 

Fantaisies pour violon seul

Moins fréquentées (elles souffrent du voisinage redoutable des sonates et Partitas d'un certain Jean-Sébastien…), les douze fantaisies pour violon sans basse (1735)  « surprennent par leur caractère sérieux. Certes, l'invention mélodique de Telemann y sacrifie à son habituel talent pour le style galant et le charme, mais techniquement ces pages expérimentent toute la grammaire baroque de l'archet, osant doubles cordes, arpèges brisés, sauts d'octave et ébauches polyphoniques avec une constance et une variété qui nous changent du Telemann réputé désinvolte ou suspect de facilité. »7

 


Fantasia I en si bémol majeur
Rachel Podger (violon)

 

Sonates méthodiques

Au nombre de douze, et  réparties en deux cahiers publiés en 1728 et 1732, ces Sonate metodiche pour flûte (ou violon) et basse continue se veulent didactiques, le compositeur s'y étant donné comme but d'exercer les musiciens dans l'art d'ornementer la ligne mélodique principale. Ces pages, où Telemann se laisse parfois aller à la facilité dans les formules ou les redites, recèlent de nombreux petits trésors d'invention et de séduction mélodique qui leur valent d'échapper à l'oubli.

Essercizii Musici

Édité en 1740, ce vaste recueil d'« exercices musicaux » est constitué de vingt-quatre morceaux : douze sonates pour un instrument soliste et basse continue, écrites respectivement pour flûte à bec, flûte traversière, hautbois, violon, viole de gambe et (on l'a vu plus haut) clavecin, à raison d'une paire pour chaque instrument ; et douze sonates en trio où deux instruments dialoguent en sus du continuo, le compositeur proposant à ce titre six combinaisons différentes entre les instruments précités. On a là une des réussites de Telemann en musique de chambre : « Tout y est d'une invention chaleureuse et décontractée, catalogue raisonné de ce que permet la sonate baroque. Les deux suites pour clavecin seul ne sauraient certes égaler les pages équivalentes de Bach, mais les autres combinaisons permettent des effets d'une délicatesse et d'une beauté qui ne cessent de séduire. Ce ne sont qu'accords folâtres, dialogues piquants, harmonies galantes, phrases élégantes. De ces quatre heures de musique, on retiendra surtout les trios avec clavecin concertant, ou encore les combinaisons entre archet et bois qui suscitent de vrais moments de délices baroques. »8

 


Trio VIII en si bémol majeur
Markus Zahnhausen (flûte à bec)
Georg Staudacher (clavecin)

 

Œuvres diverses

Hormis les solos et trios inclus dans la Tafelmusik, le catalogue de chambre de Telemann dévolu aux pièces en solo, en duo ou en trio n'offre guère d'autres œuvres marquées du sceau de l'immortalité. Mais le passionné y trouvera un champ d'investigationà la mesure de sa curiosité, avec à la clé la découverte d'un Telemann inhabituel comme dans les Partite à deux luths ou dans un certain Carillon pour deux chalumeaux . Dans le registre des duos, outre une sonate dite Gulliver pour deux violons, il retrouvera sans déplaisir, à travers diverses Sonates et autres Canons mélodieux pour deux  flûtes sans basse, le penchant du compositeur pour la flûte traversière. Chemin faisant, les six sonates Corellisierende pour deux violons (ou flûtes) et basse continue de 1735 viendront lui confirmer les incomparables talents d'imitateur du musicien. D'autres œuvres le renverront aux années où, à Francfort, celui-ci s'était plu à fournir quelques-uns des instrumentistes à sa disposition : c'est le cas de la Kleine Kammermusik, six partitas a quattro où le hautboïste est particulièrement gâté, ou — mieux, car ils comportent de forts beaux moments — des six trios de 1718 écrits pour deux instruments et basse continue, dans lesquels le violon invite tour à tour six instruments différents (dont la viole et la flûte à bec) à lui donner la réplique. Enfin (ceci n'étant qu'une façon de parler…), le fouineur ne dédaignera pas de s'intéresser à un étrange recueil presque contemporain de la Tafelmusik : les Six Concerts et Six Suites pour flûte et clavecin concertant de 1734, qui, comme le titre le laisse supposer, accordent au clavecin un rôle si consistant que le compositeur, décidément très arrangeant, propose de remplacer au besoin cet instrument par un violon en confiant la partie de basse continue au violoncelle, au clavecin, voire aux deux réunis.

 


Sonate en trio en re mineur
Flûte à bec, violon et clavecin
Tripla Concordia
Fabio Biondi, Alfredo Bernardini, Lorenzo Cavasanti

 

Biographie de Georg Philipp Telemann

Notes

7. MACIA JEAN-LUC, dans « Diapason » (413), mars 1995

8. MACIA JEAN-LUC, dans« Diapason » (432), décembre 1996

À propos
Contact

Recherche dans le site
S'abonner au bulletin
Liste musicologie.org
Collaborations éditoriales

rss Flux rss

Biographies
Encyclopédie musicale
Articles et études
La bibliothèque

Analyses musicales
Colloques & conférences
Universités françaises

Soutenir musicologie.org

Actualités musicales
Nouveaux livres
Nouveaux cédés
Agenda

Petites annonces
Téléchargements
Presse internationale

musicologie

ISSN2269-9910

Références / musicologie.org 2013

Jeudi 23 Octobre, 2014 23:50

Recherche

rectangle

rectangle

rectangle