Michel Rusquet,
Trois siècles de musique instrumentale :
Un parcours découverte

 

La musique instrumentale de Georg Philipp Telemann

 

 

Né à Magdebourg en 1681, mort à Hambourg quatre-vingt-six ans plus tard, ce contemporain et ami de Bach, qui — on a peine à le croire aujourd'hui — fut en son temps le musicien allemand le plus réputé et recherché, trouva le temps d'écrire la bagatelle de six mille œuvres : plus de mille cantates, quarante-quatre passions, cent oratorios, quarante opéras, six cents ouvertures françaises,  des centaines de concertos et d'innombrables pièces de musique de chambre.

« Et s'il n'avait fait que cela ! Mais sa vie est pleine de voyages, d'affaires à organiser, d'occupations de toute sorte. Il la jugea si intéressante qu'il finit par écrire ses Mémoires, par curiosité pour l'étrange homme qu'il était. Enfant, il apprit tout : latin, grec, géométrie, langues. Il aimait la musique ; on lui donna un professeur. Il s'ennuya au bout de quinze jours et le quitta pour apprendre tout seul. A douze ans, il fit son premier opéra : affolement familial. En pension, le garnement ! Mais en pension il composa des cantates et les dirigea lui-même. A quinze ans, il composait chaque jour quelque chose. A vingt, il s'en alla à Leipzig étudier le droit. Il l'étudia et passa ses diplômes universitaires. Mais entre-temps il avait fondé le Collegium musicum (disons l'orchestre des étudiants) que Bach dirigea vingt ans plus tard. Le voilà organiste de la nouvelle église de Leipzig. Il s'ennuie, il y a autre chose à apprendre. Il s'en va chez le comte von Promnitz, comme maître de chapelle… »1

Les quelques années qu'il passe dans cette cour hautement francophile, en terre aujourd'hui polonaise, ne sont que le début d'un brillant parcours professionnel qui le conduira en 1708 à Eisenach où il se liera d'amitié avec Bach et où il sera promu Kapellmeister de la cour, puis en 1712 à Francfort comme directeur musical de la Ville, où il ne manquera pas de fonder un nouveau Collegium musicum, et enfin en 1721 à Hambourg où il se fixera définitivement, tout en s'autorisant de nombreux voyages comme celui qu'il fit à Paris en 1737-1738.

Durant ses longues années à Hambourg, « il fut directeur de l'Opéra, surintendant des cinq églises de la ville et composa, pour elles cinq, la musique qu'il fallait, enseigna la musique dans les deux grandes écoles de Hambourg et, comme c'était trop peu pour l'occuper, fonda de nouveau un Collegium musicum pour y jouer  ses œuvres. Il y avait encore dans sa tête place pour des idées : il fonda en 1728 une revue musicale […] On nous signale en outre qu'il était maître de chapelle de la cour de Saxe, qu'il envoyait de la Tafelmusik (musique pour la table) à celle d'Eisenach, des cantates et des oratorios à Francfort, un opéra chaque année à Bayreuth. La fatigue monte d'y penser… »2  À ce régime, on ne sera pas surpris d'apprendre que lui aussi finit aveugle.

Surabondante, l'œuvre de Telemann souffre nécessairement de la facilité avec laquelle elle a été écrite, et il est de bon ton d'y voir l'exemple même de ces musiques « tout-venant » produites « au kilomêtre » à la grande époque du baroque. On connaît à cet égard la boutade du musicologue Philipp Spitta qui, dès le XIXe siècle, déclarait : « Bach = si mineur, Telemann = ut majeur ». Mais cet homme, qui épatait son entourage par sa bonne humeur permanente, visait avant tout « la légèreté et le naturel dans l'art », et destinait sans doute sa musique au moins autant aux amateurs qu'aux professionnels. Pour autant, celle-ci est rarement faible, et souvent plus savante qu'il n'y paraît ; sa « facilité » reflète surtout la souplesse du génie du musicien, qui lui a permis de pratiquer tous les styles et de s'adapter sans effort aux évolutions de son temps. Car, au fond, Telemann est « un compositeur-caméléon. Aucun compositeur allemand de cette époque n'a écrit dans un style « à la française » aussi parfait. Mais ses concertos sont absolument et complètement italiens : impossible d'imaginer que le même homme ait écrit la suite Les Plaisirs et tel concerto pour trois violons. Mieux encore : français et Régence en 1720, ses œuvres relèvent en 1760 d'un style prémozartien. Polyphoniste à vingt-cinq ans, il abandonne le contrepoint à mesure qu'il vieillit, et que le style galant s'impose en Europe. On découvre alors en lui un don mélodique qu'on ne soupçonnait pas, d'une délicatesse et d'un charme merveilleux. »3

Evidemment, la revue à suivre de son catalogue instrumental ne peut consister qu'en un rapide survol. Elle visera avant tout à donner quelques clés permettant d'accéder au meilleur de la production du musicien, lequel, de son propre aveu, se trouve pour une large part dans sa musique de chambre.

 

Biographie de Georg Philipp Telemann

Notes

1. Beaussant Philippe, Un contemporain de Bach : Georg Philipp Telemann (1681-1767). Dans Jean et Brigitte Massin, « Histoire de la Musique occidentale », Fayard, Paris 2003, p. .513-514.

2. Ibidem, p. 514

3. Ibidem, p. 514-515   

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ISSN2269-9910

Références / musicologie.org 2013

Mardi 14 Octobre, 2014 14:51

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