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Michel Rusquet
Trois siècles de musique instrumentale
Un parcours découverte

Table des matières

II. Le xviie siècle baroque

France

 

Et quelques autres …

Marc-Antoine Charpentier (1643-1704)

Au nombre des « oubliés » de cette revue, s'il est un nom à citer en premier, c'est bien celui du grand Marc-Antoine Charpentier (1643-1704), ce disciple de Carissimi à qui nous devons tant de trésors en musique vocale sacrée, à commencer bien sûr par les sublimes Leçons de ténèbres, ainsi qu'une riche production en œuvres destinées à la scène. On sera tenté de croire qu'il n'est évoqué ici que pour ses collaborations avec Molière (Le Malade imaginaire, Le Mariage forcé), ou alors pour tel ou tel de ses préludes et ouvertures (et l'on pense tout de suite au Prélude de son « Te Deum » qui s'est acquis une belle célébrité en tant qu'indicatif pour l'Eurovision). Mais ce serait oublier qu'il fut également l'auteur d'une quarantaine d'œuvres instrumentales, un ensemble assez disparate où figurent certes des pièces de circonstance dénuées de toute ambition, mais aussi des œuvres d'une réelle consistance comme la Symphonie pour un reposoir, le Concert à 4 parties de violes, ou encore cette Sonate à 8 qui vaut à Charpentier d'être cité pour avoir signé la première sonate française. Peut-être d'ailleurs reste-t-il à découvrir dans ce corpus des œuvres injustement ignorées…

Marc-Antoine Charpentier

Prélude du « Te Deum »
Le Poème Harmonique
Vincent Dumestre

Sonate à huit (dernière partie)
Les Folies Françoises
P. Cohen Akenine

Notice biographique musicologie.org

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Michel-Richard Delalande (1657-1726)

Autre nom tout aussi prestigieux, surtout s'agissant d'un musicien qui, lui, fut couvert d'honneurs et de charges par Louis xiv : celui de Michel-Richard Delalande (1657-1726). Il fut le grand compositeur officiel à Versailles et succéda à Lully comme surintendant de la Musique royale. « Au lieu d'un arriviste génial mais sans scrupule, tout entier tourné vers l'opéra et la musique des divertissements de la cour, voici un homme modeste, qui parviendra sans intrigue, par l'effet de son seul talent, aux plus hautes destinées musicales de son temps, et plus volontiers tourné vers la chapelle que vers le bal et l'opéra. »1 Et en effet, le meilleur de son talent est allé à ses motets et autres œuvres religieuses. On ne saurait cependant dédaigner son répertoire instrumental, en particulier ses fameuses Symphonies pour les Soupers du Roi, dix-huit suites — et plus de trois cents morceaux au total ! — dans lesquelles il a largement et adroitement réutilisé des pièces issues de ses ballets et divertissements. c'est grand, c'est noble et paré de couleurs instrumentales souvent savoureuses. Bref, une musique suffisamment riche et inspirée pour qu'on ne l'abandonne pas aux seuls nostalgiques du Grand Siècle.

 

Michel-Richard Delalande
Symphonies pour les Soupers du Roy

5e suite, « La Grande Pièce Royal »
Symphonie du Marais
Hugo Reyne

« Concert de trompettes pour les fêtes
sur le canal de Versailles »
Symphonie du Marais
Hugo Reyne

7e Suite, airs du « Ballet Flore ou de Trianon »
Symphonie du Marais
Hugo Reyne

1. Philippe Beaussant, dans Jean & Brigitte Massin (dir.), Histoire de la musique occidentale, Fayard, 2003 , p. 420.

Notice biographique musicologie.com

 

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Robert de Visée (v.1650-v.1725)

Lui aussi musicien officiel à la cour de Louis XIV, mais dans un rôle plus effacé, Robert de Visée (v.1650-v.1725) mérite plus qu'une simple citation. Ce guitariste, théorbiste, violiste et même chanteur, ne se contenta pas d'être le guitariste favori d'un souverain qui aimait lui-même toucher l'instrument. Dans les années 1680, il a publié trois livres de suites pour la guittarre dont le premier (1682) est tout simplement dédié au roy et précédé d'un Avis assorti d'un hommage au tout puissant Lully. Il fallait à l'évidence montrer patte blanche pour avoir le privilège d'égayer les royales soirées. A en juger par ce que le musicien nous a laissé, Madame de Maintenon et Louis XIV devaient être souvent comblés : ces pièces sont gracieuses à souhait et souvent très belles, « marquées par cette élégance de ligne et de tournure très française qui dote chaque danse d'une légèreté chorégraphique charmeuse et poétique. »1       

Robert de Visée

Chaconne de la « Suite en la mineur »
Pascal Montheillet

Suite en re majeur
Pascal Montheillet

Tombeau pour Mesdemoiselles De Visée
Hopkinson Smith

Notes

1. Jean-Luc Macia, dans « Diapason » (473) septembre 2000

Notice biographique dans musicologie.org

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Charles Mouton (1626-1700)

Au même rayon des luthistes, outre Denis Gaultier (1603-1672), on se gardera d'oublier Charles Mouton (1626-1700) qui, parmi d'autres, perpétua brillamment une tradition bien ancrée en France.

Charles Mouton

Chaconne
Hopkinson Smith

Pièces pour luth
Franco Pavan

Sarabande en rondeau
Hopkinson Smith

 

Notice biographique dans musicologie.org

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Jean de Sainte-Colombe (v.1640-1700)
Le Sieur de Machy (seconde moitié du xviie siècle)

Du côté des violistes, même si Marais leur a fait de l'ombre, comment ne pas rendre hommage à deux autres grandes figures de ce xviie siècle : d'abord à son maître vénéré, Monsieur de Sainte-Colombe, puis à « Monsieur » Damachy, dont les Suites de viole (1685) témoignent d'un art austère, plus porté vers le jeu harmonique et contrapuntique que vers la mélodie, mais d'une profonde gravité et d'une émouvante intériorité.

Sainte-Colombe
Gavotte du Tendre
Jordi Savall

Sainte-Colombe
Tombeau Les regrets
Jordi Savall & Wieland Kuijken

Sainte-Colombe
Concert à deux violes: Le Retour
Jordi Savall & Christophe Coin

De Machy
Pièces de viole
Jordy Savall

 

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Gaspard Le Roux ( ....–1707)

Quant à la musique pour clavecin, elle a connu à cette époque un autre contributeur de talent dont le nom n'encombre guère les dictionnaires : Gaspard Le Roux ( ....–1707). On ne sait à peu près rien de sa vie même s'il semble qu'il ait eu une grande réputation à travers l'Europe. Mais il a eu l'heureuse idée de publier en 1705 un recueil de Pièces de clavessin constitué de sept suites dans lesquelles il assemble des séries de danses en les corsant parfois de titres (L'incomparable, La Vauvert, La Lorenzany, La Favoritte, Le Bel-Ebat…) bien dans l'esprit du temps. c'est une musique libre et inventive, riche de bien des joyaux, et si quelques pièces (préludes non mesurés) peuvent être taxées d'archaïsme, la plupart du temps Le Roux se montre « tourné vers le futur : la richesse de son écriture, le grain serré de sa trame, l'opulence de ses harmonies, la sûreté de leur conduite, et jusqu'à cette oreille qu'on sent gourmande de dissonances [ …], tout cela confère à ses pièces une étonnante modernité. Ses allemandes et ses courantes, notamment, les plus travaillées, les plus ornées de ses danses […] annoncent les plus belles de Couperin. »1

Gaspard Le Roux

Suite n° 1 en re mineur pour 2 clavecins
Les Cyclopes
Bibiane Lapointe & Thierry Maeder

 

1. Jean-Luc Macia, dans « Diapason » (473) septembre 2000.

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François Roberday (1624-1680)

Enfin n'oublions surtout pas de citer quelques compositeurs organistes qui ont aussi compté dans le paysage de ce XVIIe siècle français :

François Roberday (1624-1680) : « Orfèvre du roi mais passionné de musique… il s'est arrêté de composer après la publication en 1660 de son seul recueil, les Douze Fugues et Caprices à quatre parties. Hommage à l'artcontrapuntique hérité de la Renaissance via Froberger et Frescobaldi, ces pages austères, ésotériques même, plongent dans des abîmes d'introspection. »1

François Roberday

Fugue deuxième et Caprice
Michel Chapuis

Notes

1- Pablo Galonce, Le Monde de la musique (264), avril 2002

 

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Nicolas Gigault (v.1627-1707)

Organiste brillant et grand collectionneur d'instruments, il a laissé deux Livres de Musique, un recueil de Noëls pouvant être touchés sur divers instruments (1683) et un livre d'orgue comportant plus de 180 pièces. Une production volontiers dénigrée : on y entend plus une musique d'organiste qu'une musique de compositeur, même si l'auditeur passionné pourra ici ou là y trouver du grain à moudre.

Nicolas Gigault
Prélude du 1er ton
David Warren Steel

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Guillaume Gabriel Nivers (v.1632-1714)

Grand dévot devant l'Éternel, il fut une grande figure de la musique du grand siècle, et certainement une des personnalités dominantes de l'école d'orgue française. Pleins d'innovations, ses trois Livres d'orgue (1665, 1667, 1675) exerceront  une influence certaine sur des générations de musiciens qui sauront reconnaître leur dette à l'égard de ce grand aîné. L'auditeur d'aujourd'hui risque cependant de rester sur la réserve face à une musique qui ne s'envole guère vers les sommets.

Guillaume Gabriel Nivers
Suite du 1er ton (extrait)
André Isoir

Notice biographique musicologie.org

 

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Gilles Jullien (v.1650-1703)

Ce bon provincial partagea sa vie entre la gestion de ses terres et sa charge d'organiste de la cathédrale de Chartres. Les 80 pièces de l'unique Livre d'orgue (1690) qu'il ait publié trahissent une forte  influence de Gigault, et séduisent parfois par le goût de la couleur et de la mélodie qu'y manifeste le musicien.

Gilles Jullien
Prélude à 5 parties, Cromorne en taille,
Dialogue sur les grands jeux

André Isoir

 

sépareteur

Jacques Boyvin (v.1653-1706)

ongtemps après Titelouze, il officia à la tribune de la cathédrale de Rouen et devait limiter sa production à deux Livres d'orgue (1689 et 1700), une œuvre qu'il serait injuste d'ignorer,  « d'autant plus que l'artiste se montre souvent habile harmoniste et d'un sentiment délicat dans ses tournures mélodiques, lesquelles ne manquent jamais de grâce. »1

Jacques Boyvin

Grand Prélude à 5 parties, à 2 chœurs par Michel Chapuis

Tierce en taille
Michel Chapuis

Notes

François Sabatier, dans Gilles Cantagrel (dir.), Le guide de  la musique d'orgue, Fayard, 2003, p.189.

sépareteur

André Raison (v.1650-1719)

Mentor de Clérambault, lui aussi publia deux Livres d'orgue (1688 et 1714), dont le premier contient cinq messes alors que le second inclut une vingtaine de noëls pour orgue ou clavecin. Dans tout cela, on distingue surtout, et assez justement, une offertoire du premier livre que le musicien composa en l'honneur de Louis XIV sous le titre Le Vive le Roy des Parisiens.

André Raison
Offerte du 5e Ton sur le « Vive le Roy des Parisiens »
André Isoir

 

 


Références / musicologie.org 2012

I.Renaissance- premier xviie siècle

Italie
Angleterre
Espagne & Portugal
Allemagne & Pays-Bas
France

II. Le xviie siècle baroque

Allemagne & Pays-Bas
Italie
France
Angleterre
Espagne

III. Le temps de Bach

France
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Autres nations

IV. Entre Bach et Mozart

Allemagne
France
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Bohème
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Espagne et portugal

V. Le Temps de Mozart
et de Haydn

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Bohème & Moravie
Allemage
France
Angleterre & Espagne

VI. De Beethoven à Schubert

Allemagne
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Bohème & Moravie
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