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Le quatuor Arcanto

Dijon, Auditorium, 9 avril 2013

Par Eusebius

 

 

quatuor arcanto

Fondé il y a plus de dix ans, le quatuor Arcanto a atteint maintenant une notoriété équivalente à celle de son principal initiateur, Jean-Guihen Queyras. Consacré par Boulez et l'Intercontemporain, le célèbre violoncelliste, curieux et familier de tous les répertoires, a vite éprouvé le besoin, la nécessité d'équilibrer sa carrière entre deux pôles : soliste un jour, chambriste l'autre. Sans négliger l'enseignement qu'il dispense à la Musikhochschule de Fribourg-en-Brisgau. Concerts et enregistrements se succèdent, toujours longuement mûris et salués par la critique. Quel meilleur apprentissage de l'écoute, de l'humilité et de l'égalité que la pratique du quatuor ?

Le quatuor en la majeur K. 464 de Mozart, tout d'abord. Achevé quatre jours avant « les Dissonances », c'est une réussite équivalente. L'allegro initial, riche de son énergie contrapuntique, confirme sa maturité. Le menuet et son trio sont suivis du mouvement lent le plus ample de tous les quatuors, le plus intéressant, aussi : un andante cantabile, suivi de variations que d'aucuns qualifieraient de pré-beethovéniennes tant leur richesse d'invention est neuve. D'ailleurs, Beethoven copia le finale de sa main… Du plus grand Mozart, évidemment. Dès les premières mesures, on est frappé par l'élégance, la distinction suprêmes. Un raffinement jamais convenu, dépourvu de mièvrerie, marié à une dynamique peu commune.

Un quatuor largement méconnu de Hindemith pour suivre, le cinquième en mi bémol majeur (1943), un chef d'oeuvre : après une courte fugue introductive, un mouvement animé et très énergique, un suivant, calme, à variations, et une conclusion récapitulative, large et virile. D'un caractère général serein et lyrique, il n'a rien à voir avec le Hindemith caricaturé trop fréquemment comme rébarbatif, nourri de scholastique aride. Riche en contrastes, très virtuose, parfois motorique, parfois d'un lyrisme rêveur, c'est une pièce passionnante que l'on aura plaisir à réécouter. Un grand merci au quatuor Arcanto pour la programmation de cette œuvre maîtresse, à placer à côté des meilleurs Bartók et Chostakovitch.

Pour n'être pas une œuvre majeure malgré sa programmation fréquente, le quatuor de Debussy n'est pas écouté sans intérêt. On craint être blasé, et la magie des interprètes joue pleinement : La rondeur soyeuse, irisée du quatuor séduit dès le premier mouvement, et les suivants sont une sorte de redécouverte tant la plénitude énergique, ludique ou rêveuse est permanente.

Le public est conquis, et les rappels sont récompensés par un magnifique bis : le scherzo du quatuor en la mineur, le 3e, de Brahms, qui fait la part belle à l'alto chaleureux de  Tabea Zimmermann. Une soirée mémorable.

 Ce soir le quatuor se produit à l'Auditorium du Louvre avec un programme sensiblement différent : le 3e de Brahms, justement, au lieu du Debussy, qu'ils ont tous deux enregistrés. A retrouver, diffusé par France-Musique, le 23 avril, pour le concert de l'après-midi.

Jean-Guihen Queyras

Eusebius
10 avril 2013

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