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Piété intime
Les Vêpres de la Vierge
au festival de Saint Denis
14 juin, Basilique

Par Frédéric Norac

 

Ceux qui connaissaient le disque, sorti en 2011, n'auront pas été surpris. Ce n'est pas tant le message sacré des Vêpres de Monteverdi qui intéresse Christina Pluhar que leur caractère élégamment virtuose, plus exposé ici encore d'être interprété à la manière d'un concert chambriste, avec un effectif réduit de dix voix dont certaines, il faut bien le dire, plutôt diaphanes en termes de timbre (la soprano Hannah Morrison) ou limitées en projection (la soprano Raquel Andueza et le contreténor Günther Vandeven) . Peu importe car l'acoustique de la basilique y pourvoie et personne jusqu'au fond le nef — bourrée à craquer — n'aura manqué une note.

Arpegiatta, Catherina Pluhar, Les Vêpres de la Vierge de Monteverdi
Festival de Saint-Denis, 14 juin 2012 © FSD/S.Chambert.

Pourtant, il faut bien l'avouer les pièces proprement chorales déçoivent. Elles manquent de plénitude et ainsi mises à nu, de netteté et de précision,  brouillées par l'acoustique très réverbérée de la Basilique. D'évidence cette vision n'est pas faite pour les grands espaces. Elle demande, comme le théâtre et la musique de chambre, la proximité. C'est du reste plutôt dans les concerti que le parti pris interprétatif s'avère le plus convaincant. On retient le « Nigra Sum » où pour la première fois la voix solaire et corsée d'Emiliano Gonzalez-Toro — l'une des authentiques personnalités vocales  de cet ensemble — vient se faire entendre. Le « Duo Seraphim »  où il est rejoint par  Fernando Guimaraes à la voix plus claire mais tout aussi brillante puis par Jan van Elsacker plus pâle de timbre mais non moins expressif, est sans doute un moment les plus inspirés  et les plus magiques du concert.  C'est encore à Jan Van Elsacker avec sa voix caressante et d'une bouleversante expressivité que revient l'Audi Caelum.

 

Si le sentiment religieux est moins présent ici que dans d'autres interprétation, c'est le caractère poétique du traitement des textes qui captive.  Au fil des pièces, l'ensemble semble  se chauffer et après un « Hymnus » de toute beauté,  le Magnificat éclate comme un véritable feu d'artifice, éblouissant et plein se surprises. Il fait oublier un certain sentiment de froideur dû en grande partie à des timbres vocaux dans l'ensemble peu colorés. L'ensemble instrumental — 12 instrumentistes — est dominé par la profusion labile des  cornets à bouquins qui s'imposent dès la toccata qui n'a jamais autant rappelé celle de l'Orfeo mais tous ici sont au même diapason et se fondent dans cette conception qui privilégie la volubilité sur le grandiose. De Christina Pluhar, on ne verra pendant tout le concert que le manche de son théorbe et la magnifique chevelure d'acajou clair qui semble rythmer la musique de son flux mouvant, délivrant une vision atypique et quasi madrigalesque d'une piété intime.

 

Frédéric Norac

 

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