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Opéra-palimpseste
Cendrillon de Pauline Viardot
à l'Opéra Comique

Salle Favart, 19 avril

Par Frédéric Norac

Cendrillon, opéra comique Pauline Viardot, « Cendrillon », Opéra-Comique de Paris, avril-mai 2013. Photographie © Pierre Grosbois

Pour son premier vrai spectacle sur la grande scène de la Salle Favart, l'Académie lyrique de l'Opéra Comique a fait le bon choix : une œuvre légère, pleine d'humour et de clins d'œil. La Cendrillon de Pauline Viardot tient  en effet de la pochade, du pastiche et du palimpseste. Y passent des réminiscences du conte de Perrault, de l'opéra de Rossini et de celui de Massenet et de bien d'autres sans doute que nous ne connaissons plus. Le livret de la compositrice actualise avec beaucoup de finesse et parfois un rien de grivoiserie l'histoire de Cendrillon, la transposant dans un univers fin dix-neuvième légèrement trivial où le méchant parâtre de l'héroïne est devenu  un épicier enrichi, bien de son époque, et le valet du Prince, le Comte Barigoule, un ancien client.

Cendrillon, Pauline ViardotPauline Viardot, « Cendrillon », Opéra-Comique de Paris, avril-mai 2013. Photographie © Pierre Grosbois.

Tout ici n'est qu'allusion, référence et mise en abime. Thierry Thieû Niang a su  trouver le ton juste pour traiter ce petit opéra de salon  qui ne se prend jamais au sérieux mais joue de façon diserte et cultivée avec une multiplicité de registres du burlesque au pathétique en passant par le tendre et le sentimental. Musicalement les personnages et les situations sont tout juste esquissés mais les dialogues, puisqu'il s'agit d'un opéra comique, permettent de compléter les portraits et de développer l'action.

Pauline Viardot, « Cendrillon », Opéra-Comique de Paris, avril-mai 2013. Photographie © Pierre Grosbois.

Intelligemment, la mise en scène ne cherche jamais à représenter mais se limite à évoquer et à suggérer. Sur le plateau nu, avec trois bouts de ficelle (des chaises et des bancs d'école, une toile peinte qu'on ne lèvera pas même entièrement, des carafes et une fausse citrouille), le metteur en scène imagine une représentation impromptue menée par la compositrice, dans son propre salon, dont elle sera tout à la fois la narratrice et la régisseuse. En guise d'introduction les concepteurs du spectacle ont eu l'idée d'intégrer  quelques mélodies  qui servent à planter le décor musical et quelques textes qui dressent un portrait vif et sympathique d'une Pauline Viardot anticonformiste. La scène du bal donne l'occasion de farcir l'œuvre de quelques numéros de bravoure en guise de divertissement et d'étoffer un peu les trois actes qui sinon ne pèseraient à eux seuls qu'une petite heure.

Cebdrillon de Pauline ViardotPauline Viardot, « Cendrillon », Opéra-Comique de Paris, avril-mai 2013. Photographie © Pierre Grosbois.

La musique de Pauline Viardot rappelle tantôt le Rossini des Péchés de vieillesse, tantôt le grand opéra des années 1850, surtout dans les ensembles, et nous renvoie parfois aussi au vieil opéra italien. Elle n'est pas sans évoquer Offenbach et l'opérette française et fait preuve d'une jolie veine mélodique et d'un sens aigu de la prosodie.

Pauline Viardot, CendrillonPauline Viardot, « Cendrillon », Opéra-Comique de Paris, avril-mai 2013. Photographie © Pierre Grosbois.

Au piano, Marine Thoreau La Salle a la main légère et mène avec délicatesse et subtilité son petit monde. L'ensemble est assez homogène, encore un peu vert du côté du Prince Charmant au timbre prometteur de François Rougier ou  de l'Armelinde d'Alix Le Saux  et déjà bien affirmé chez la Maguelonne de Cécile Achille et le Baron de Pic-Tordu de Ronan Debois. Safir Behloul doit encore régler quelques problèmes techniques sinon il risque à terme de se voir cantonner aux rôles de trial. Le beau timbre lyrique de Sandrine Buendia communique avec beaucoup de justesse la mélancolie intrinsèque du rôle-titre. Mais la grande révélation de ce spectacle reste l'exquise colorature de Magali Arnault Stanczak, dans le rôle de la fée. La jeune chanteuse s'offre le luxe de mener de façon éblouissante ses variations sur « Ah vous dirais-je Maman » (du Toréador d'Adolphe Adam), tout en exécutant un numéro désopilant de femme ivre. A coup sûr, voilà de la graine de star.

Pauline VIardot, CendrillonPauline Viardot, « Cendrillon », Opéra-Comique de Paris, avril-mai 2013. Photographie © Pierre Grosbois.

La seule erreur de ce spectacle réside dans sa dernière réplique. Pourquoi faire reprendre la parole à Marie Bunel après le finale pour évoquer la mort de la compositrice et suspendre les applaudissements. La musique n'avait-elle pas déjà dit l'essentiel ?

Frédéric Norac

Deux représentations à l'Opéra de Reims, le 14 mai à 14h30 (scolaires) et 20h (tous publics)

Diffusion sur France Musique le 27 mai à 14h

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