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Opéra de Nice
La Cenerentola, plus musicale que vocale

Par Jean-Luc Vannier

Créé le 25 janvier 1817 au Teatro Valle de Rome, le « drame joyeux » de La Cenerentola fut le dernier opéra-bouffe écrit par Gioacchino Rossini pour le public italien. En co-production avec le Teatro Municipale Valli de Reggio-Emilia et la Fondazione Lirico-Sinfonica Petruzzeli de Bari, l'Opéra de Nice donnait, vendredi 10 décembre, la première d'une nouvelle version. Les amateurs de la « Cendrillon » de Charles Perrault publiée en 1697 n'auront pas été dépaysés malgré les adaptations du livret requises par la censure de l'époque, et effectuées par Jacopo Ferretti : outre la marâtre de belle-mère remplacée par un beau-père et la fée par un précepteur-philosophe, l'escarpin de verre — qui aurait nécessité le fait de dénuder un pied féminin sur scène — le cède à un bracelet scintillant. Exigeante pour les musiciens, la partition est aussi éprouvante pour les chanteurs : airs ciselés émaillés de vocalises, envolées de notes rapides pour les rôles masculins, feux d'artifices syllabiques qui conjuguent célérité et diction. Seules les deux teignes de sœurs sont privées d'arias particulières par le compositeur. Cette Cendrillon niçoise aura souvent brillé plus musicalement que vocalement.


                                                              © Photographie D. Jaussein

L'incontestable mérite en revient à l'impressionnante direction d'Evelino Pido : rossinien dans l'âme, affichant d'un bout à l'autre de l'œuvre un sourire enthousiaste, le maestro débarrassé de toute partition triomphe dans une ouverture impeccable où il s'agite comme un beau diable jusqu'à jouer de sa baguette comme une épée d'escrime. La Philharmonie de Nice et, en particulier, les cordes qui conservent une belle harmonie d'ensemble, lui rendent bien son bonheur de se trouver au pupitre. L'orchestre se lèvera d'ailleurs pour prendre part aux ovations de son chef.


                                                            © Photographie D. Jaussein

Cette direction dynamique et heureuse colmate quelques — rares — brèches dans la distribution des voix. On sait que Gioacchino Rossini souhaitait pour le rôle titre une tessiture de « mezzo soprano colorature ». L'incarnation d'Angelina par Ruxandra Donose est techniquement irréprochable. L'extraordinaire clarté de son timbre, la fluidité de ses élans lui facilitent les acrobaties du rondeau final après lui avoir permis la douceur ingénue du premier acte. Mais les intonations graves et dramatiques de son spectre vocal agissent un peu comme une douche froide dans son air introductif Una volta c'era un re : une soudaine césure dramaturgique tranche avec le registre hystérique requis par les deux rôles, surjoués, de Tisbe (Paola Gardina) et de Clorinda (Mélanie Boisvert). L'artiste lyrique conservera cette mélancolie, parfois décalée au regard de l'extravagance scénique : le « melodramma giocoso » y puise peut-être l'expression de son ambivalence. Dans son interprétation de Don Ramiro, le ténor américain John Osborn traverse sans encombre le délicat susurrement amoureux du répertoire mozartien dans le premier acte avant, son statut de Prince une fois recouvré, d'exprimer avec autant d'aisance, des tonalités rossiniennes et passionnées plus musclées. Le baryton Pietro Spagnoli campe un désopilant Dom Magnifico qui sait garder l'équilibre entre le jeu et les exigences phoniques du grand air au début du second acte Sia qualunque delle figlie. On regrettera en revanche la médiocre prestation du valet Dandini joué par le jeune baryton italien Giorgio Caoduro lequel enchaîne trilles chevrotantes ou paroles inaudibles. Signalons a contrario la magnifique — et très prometteuse — voix de la basse italienne Vito Priante dans le rôle d'Alidoro. Des décors (Gianni Carluccio) et des costumes (Giada Palloni) minimalistes mais de bon goût privilégient une mise en scène hyperkinétique (Daniele Abado) au risque de donner le tournis à force d'escaliers qui montent et qui descendent et de portes qui s'ouvrent et se referment. Le charme de la bonté vainc finalement la cupide mesquinerie. Uniquement, faut-il le rappeler, dans un conte magique et le temps d'une performance musicale réussie.

 

Nice, le 13 décembre 2010
Jean-Luc Vannier


Références / musicologie.org 2010