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Opera d'orchestra
Don Carlo

Théâtre des Champs Élysées, 28 avril

Par Frédéric Norac

 

Version définitive — en quatre actes et en italien — pour ce Don Carlo qui restera gravé dans les mémoires, comme rarement un opéra en concert. À la tête des forces du Regio de Turin, dont il est depuis 2007 le directeur musical, Gianandrea Noseda réussit le rare tour de force de déchaîner toutes les rutilances, d'exalter toute la richesse orchestrale de cette œuvre grandiose, dans une lecture puissamment charpentée, sans jamais sacrifier un moment ses chanteurs.

Sa lecture, tendue en un grand arc dramatique, bénéficie de l'expérience de la scène — le même ensemble vient de donner une série de représentations dans une mise en scène de Hugo de Ana — et du caractère resserré de la partition de 1884 où l'on entend résonner, avec une étonnante acuité, les œuvres de la dernière période créatrice de Verdi, d'Aïda à Othello, en passant par la version révisée de Simon Boccanegra dont on croirait reconnaître la scène du Conseil  dans le finale du troisième acte.

Gianandrea NosedaGianandrea Noseda. Photographie © DR

Si la baguette du maestro paraît tout d'abord un peu raide et métronomique, dans les moments où l'on attendrait plus d'alanguissement et de sensualité, comme le chœur et la « Chanson du voile », on est très vite saisi par l'urgence de sa vision et sa capacité à gérer les contrastes entre les moments intimes du drame et le déchaînement des grandes masses chorales. Le meilleur de cette version repose dans des préludes d'une finesse de coloris inouïe où se révèle la qualité d'un orchestre de très haut niveau à quoi répondent des concertati menés de main de maître comme le finale de l'acte II dont se déploie dans une totale lisibilité toute la richesse des plans sonores.

C'est finalement à l'orchestre qu'il revient de porter le théâtre car, à n'en pas douter, la même distribution assez inégale et, dans certains cas, sous-dimensionnée, livrée à un chef ordinaire, s'écroulerait. Il faut toute l'attention de Gianandrea Noseda pour la porter avec une fermeté exemplaire tout au long des trois heures que dure l'opéra et qui passent à une vitesse fulgurante.

On a tort d'imaginer qu'Elisabeth soit un rôle pour un simple soprano lyrique. Il y faut la résistance et le spinto d'une Aida associés aux aigus flottés d'Amelia Boccanegra, ce que ne possède en aucun cas Barbara Frittoli. La voix en arrière, au timbre désormais voilé par un large vibrato, ne peut atteindre des aigus systématiquement criés et son grand air de l'acte III, tout comme déjà la romance de l'acte I, la met à rude épreuve.

Daniela Barcellona n'est pas le Falcon attendu pour Eboli dont la tessiture est bien trop tendue pour sa belle voix de mezzo colorature. Le laissait déjà deviner une « Chanson du voile » manquant de chair mais le révèle définitivement un « Don fatale » sur la corde raide. Au moins possède-t-elle une authentique féminité blessée et un engagement qui font du trio de l'acte II un des grands moments de la première partie.

Annoncé malade, Ludovic Tézier paraît en coquetterie avec la ligne qu'il bouscule souvent, se réfugiant dans le parlando quand le soutien vient à manquer. Le timbre est toujours aussi beau mais un petit accident, sur un aigu, dans le duo avec Carlo l'amène par la suite à chanter avec plus de réserve, ce qui finalement ne nuit pas à l'expressivité de la mort de Posa.

Remplaçant au pied levé Ramon Vargas malade, Stefano Secco n'est qu'un Carlo de second plan, plutôt bien chantant mais avec des moyens et un charisme limités qui ne lui permettent de donner au rôle titre toute la démesure attendue.

Ildar Abdrazakov est un Philippe monolithique, certes stylé et fiable,  mais gris de timbre et peu expressif. L'autorité du personnage est bien incarnée mais un certain manque de variété d'accent limite l'impact du célèbre « Ella giammai m'amo ». Très, peut-être même trop proche de lui en termes de tessiture, Marco Spotti en Grand Inquisiteur aurait peut-être apporté plus de couleur et de variété au rôle du Roi. Il faut encore mentionner le Moine imposant de Roberto Tagliavini et l'excellent Tebaldo de Sonia Ciani ainsi que des chœurs d'une homogénéité superlative.

Ludovic Tézier. Photographie © DR

Rarement la formule d'opéra de chef n'aura paru aussi justifiée. Au final, malgré les limites d'une distribution qui trouve ses meilleurs moments dans les ensembles, on se dit que, décidément, la lignée des grands chefs de théâtre italiens n'est pas éteinte et qu'ils ont encore beaucoup à nous apprendre sur ce grand symphoniste théâtral que fut le dernier  Verdi.

Diffusion sur France-Musique le samedi 11 mai à 19h00.

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