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Depuis tant d'années, on répète
que cet attardé de Giovanni Artusi n'a vraiment
rien compris à musique, donc en conséquence,
à pas grand- chose. Comment a-t-il pu critiquer
le génie de Monteverdi, faire l'injuste violence
d'avoir trouvé cette musique laide ; comment
est-il possible de passer à côté
d'une révolution aussi évidente et écrite
d'avance par les histoires de la musique après
?
Mais comment aussi, peut-on avoir
l'idée d'aller voir de plus près, ce qui
est si bien ancré et harmonisé dans la
mémoire collective ? C'est comme cela que naissent
les cas d'école. Après tant d'années
de certitudes, on peut avoir l'idée de traduire
en français, pour la première fois après
quatre siècles, les divagations de ce Giovanni
Artusi, qui ne devrait sa notoriété qu'à
sa pitoyable critique du grand Monteverdi. D'un autre
côté, c'est aussi grâce à
lui que Monteverdi gagne ses galons de révolutionnaire
contre l'adversité.
En réalité, les deux
dissertations d'Artusi contre la nouvelle musique, sont
loin d'être des pamphlets de polémique
sournoise.
L'élève de Zarlino,
défend l'équilibre d'un monde peaufiné
par une tradition pugnace. Un monde, une représentation
du monde, un ordre du monde et du ciel, dans lequel
la musique, avec sa théorie, a sa place.
Il est musicien, compositeur, et
savant, et pose des questions théoriques qui,
si elles sont résolues dans les pratiques musicales,
sont toujours ouvertes pour la théorie d'aujourd'hui,
particulièrement cette question de l'opposition
de la résonance naturelle, et du tempérament
égal, et de la transposition égale dans
un système qu'on ne peut imaginer égal,
et qui ne le sera jamais vraiment, pour l'arithmétique.
C'est un ouvrage difficile à
lire, plus à cause de la forme, qui se place
dans la tradition des ouvrages dialogués savants
de l'époque, que du fond.
Mais ce livre vaut aussi par son
introduction, par laquelle les auteurs, certainement
lecteurs de Michel de Certeau, rappellent que les choses
de l'histoire n'ont pas la simplicité des modes
de représentation historiques, mais celle de
ne plus être dans les conditions dans lesquelles,
ce qu'on observe aujourd'hui, a été produit.
Aujourd'hui n'a pas à juger
d'hier, mais doit comprendre comment les choses ont
été produites.
Les pratiques liées au développement
urbain, celui de la culture profane des cours princières
avec, a poussé la vie, plus fort que les théories
les plus assurées. Il faudra attendre 150 ans,
pour que Rameau, donne à cette nouvelle musique,
des principes théoriques définitifs.
Jean-Marc Warszawski 28 janvier
2009
Notice
sur Giovanni Maria Artusi Notice
sur Monteverdi
L'ouvrage propose la première
traduction française annotée et commentée
du traité de musique L'Artusi, ou des imperfections
de La musique moderne que le chanoine Giovanni Artusi
fit paraître à Venise en 1600. Bien que
le nom même de Claudio Monteverdi n'y apparaisse
jamais, le texte d'Artusi est imprégné
de la musique et de la personnalité du grand
musicien italien.
En effet, citant et analysant
les madrigaux de Monteverdi, Artusi proteste vigoureusement
contre ce que le compositeur lui-même considérera
peu après comme une seconde pratique (seconda
prattica) qui est une reconsidération radicale
de la finalité et des moyens de la musique de
son temps. Ce livre plonge ainsi le lecteur contemporain,
qu'il soit ou non musicien, au cœur d'une des querelles
artistiques les plus importantes de l'histoire de la
musique puisque s'y inventent, dans le dialogue des
arguments de deux personnages, la pratique, l'écoute
et la pensée de la musique moderne. Par-delà
l'intérêt historique de ce traité,
la connaissance directe de la pensée d'Artusi
nous ramène aux principes musicologiques, esthétiques
et philosophiques de la musique de Monteverdi. Elle
nous permet de saisir, au moment fragile de l'invention
de cette musique, ce que cette dernière avait
(et qu'elle a encore) d'étonnant et d'émouvant
parce que tel était justement son projet explicite.
Bref, la connaissance directe de la pensée d'Artusi
nous permet de comprendre notre relation à la
musique et à l'art comme se tenant bien, depuis
plus de quatre siècles, dans l'ombre de Monteverdi.
Sommaire
Studiosi lettori… Aux studieux lecteurs
- L’ombre de Monteverdi : des dangers de la
musique moderne
- Argument des deux dialogues
- Principes de traduction et d’annotation
L’Artusi, ou des imperfections de
la musique moderne
Voir
le brillant texte d'introduction mis généreusement
à disposition par les Presses niversitaires de
Rennes
Presses
Universitaires de Rennes
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