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Nathalie Stutzmann
et son Ensemble Orfeo 55
envoûtent l'Opéra de Monte-Carlo

Par Jean-Luc Vannier

 

Nathalie Stutzmann
Nathalie Stutzmann (Photographie © Opéra de Monte-Carlo)

Chef d'orchestre et contralto. Impressionnante de maîtrise dans la direction musicale. Emouvante jusqu'aux larmes par la voix empreinte d'une gravité suave comme un velours. Les superlatifs venaient presque à manquer, vendredi 9 décembre à l'Opéra de Monte-Carlo, à l'issue de la prestation de Nathalie Stutzmann et de son Ensemble Orfeo 55, créé en 2009. Un programme « Prima Donna » entièrement dédié au compositeur italien Antonio Vivaldi et composé dans une première partie de L'Estro Armonico (RV 578), deuxième pièce extraite d'un recueil de douze concertos pour cordes publié en 1711. Il ne suffit pas d'entendre Nathalie Stutzmann : il faut aussi la voir à l'œuvre — et l'admirer — dans l'imposante conduite de son orchestre composé d'une dizaine d'instrumentistes qu'elle a minutieusement et personnellement sélectionnés : ses poings serrés donnent une impulsion vivace, quasi électrique, aux attaques d'une partition où les archets mordent davantage les cordes qu'ils ne glissent sur les boyaux des violons. Un instant après, ses bras et son corps se balancent, patelins, pour indiquer à l'ensemble la souplesse d'une cadence ou appeler à plus de rondeur dans une mélodie. Longues mesures aux rythmes soutenus et soudains morceaux lents s'enchaînent avec une précision métronomique doublée d'une netteté cristalline. Rien d'excessif pourtant malgré ces apparences dictatoriales : dans les nombreux morceaux dévolus aux solistes, le chef féminin semble abandonner toute prétention de pouvoir et laisse à ces derniers une entière liberté d'inspiration. Au final, des exécutions qui insufflent aux sonorités, une généreuse humanité, une texture sensuelle, une harmonie toute lumineuse.

Quant à la performance vocale de Nathalie Stutzmann, la seconde partie est — définitivement — venue écarter les quelques inquiétudes inspirées par la première et qui pouvaient prolonger une interrogation initiée lors d'un précédent concert.

En début de programme, il est vrai, l'interprétation de la Cantate pour contralto et orchestre tirée du Stabat Mater (RV 621) a fait sombrer l'artiste dans un registre intensément grave. Au risque de susciter le sentiment diffus d'une atténuation de sa puissance vocale et celui de vouloir échapper aux notes aiguës. Un choix qui, certes, n'a rien ôté de la profondeur expressive, émouvante des modulations vocales : à l'évidence, Nathalie Stutzmann savoure ces moments où elle semble susurrer à l'oreille d'un public sous le charme, la douceur d'une mélodie, le parfum sonore d'un mot.

Après l'entracte, celle qui avait brillé à l'Opéra de Nice en mai 2009 dans une inoubliable Rhapsodie, pour alto et chœur d'hommes de Johannes Brahms sous la direction de Marco Guidarini, a su mieux exploiter dans des extraits d'opéras de Vivaldi, Orlando Furioso, Arsilda, Regina di Ponto, Tieteberga, l'Olimpiade, le rayonnement d'une tessiture plus ample et l'éclat d'un timbre qu'on lui connaît. L'audience de la salle Garnier de Monaco ne s'y est d'ailleurs pas trompée : après plusieurs rappels, l'interprète et les musiciens d'Orfeo 55 eurent à satisfaire par un bis le légitime enthousiasme monégasque.

Nice, le 10 décembre 2011
Jean-Luc Vannier

Orchestre Orfeo 55
Ensemble Orfeo 55 (Photographie Vincent Catala © DR)


Références / musicologie.org 2011

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