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Nathalie Stutzmann dirige brillamment « L'elisir d'amore » à l'opéra de Monte-Carlo

 

Monte-Carlo, 22 février 2014, par Jean-Luc Vannier ——

 

elisir d'amorL'elisir d'amore. Photographie © Opéra de Lausanne.

« Melodramma giocoso » en deux actes de Gaetano Donizetti, L'elisir d'amore fut créé au Teatro alla Canobbiana de Milan le 12 mai 1832. Opéra le plus joué en Italie de 1838 à 1848, il demeure l'une des pièces les plus populaires du compositeur. L'une aussi parmi les mieux inscrites au répertoire des établissements lyriques internationaux. En coproduction avec celui de Lausanne, l'opéra de Monte-Carlo en donnait, lors d'une soirée de gala vendredi 21 février, une nouvelle version mise en scène par Adriano Sinivia, astucieusement inspirée du film d'animation des « Minimoys » réalisé par Luc Besson en 2006 : les épis de blés deviennent d'immenses mâts de cocagne, le livre lu dans la première scène par Adina, des pages déchirées et virevoltantes d'un ouvrage abandonné par quelque humain peu scrupuleux de l'environnement, les fleurs offertes par le Sergent Belcore à la belle, un encombrant coquelicot et les soldats recruteurs débarquent d'une boite de conserve géante. Agréable, novateur, léger, ce travail intelligent intègre parfaitement les décors évocateurs de Christian Taraborrelli, les costumes d'Enzo Iorio et les lumières de Fabrice Kebour.

elisir d'amorStefan Pop (Nemorino) et Mariangela Sicilia (Adina). Photographie © Opéra de Monte-Carlo.

La question se pose néanmoins de l'interprétation de l'œuvre : nous avions souligné, en mars 2011, le côté édulcoré d'une production niçoise qui malmenait, malgré d'indéniables qualités, un équilibre voulu par l'auteur entre le buffa et le seria. Equilibre censé concilier une relative épaisseur psychologique des personnages et leur versatilité sentimentale. De même, nous regrettons dans cette performance helvéto-monégasque une orientation qui, à la dimension dramatique et à la substantialité des caractères, privilégie un comique pesant, voire grand-guignolesque.

elisir d'amorAdrian Sampetrean (Dulcamara). Photographie © Opéra de Monte-Carlo.

Heureusement, la direction musicale de Nathalie Stutzmann dynamise ce qui menaçait de s'appesantir. Malgré l'absence d'une authentique direction d'acteurs sur le plateau, celle qui poursuit une double carrière d'alto et de chef d'orchestre et qui nous avait, par surcroît, impressionné par la maitrise de son Ensemble Orféo 55 dans une « Prima Donna » de décembre 2011 ne dément pas sa brillante réputation de maestro féminin.  L'orchestre philharmonique de Monte-Carlo lui a d'ailleurs réservé une ovation lors de son entrée dans la fosse où elle exerçait pour la première fois.

elisir d'amorMariangela Sicilia (Adina) et George Petean (Belcore). Photographie © Opéra de Monte-Carlo.

La distribution révèle quelques contrastes : l'interprétation par le ténor roumain Stefan Pop de Nemorino, personnage pourtant central et le plus empreint de lyrisme dans le livret, déçoit franchement. Sa voix faiblarde à la tonalité monocorde, déjà menacée par un vibrato marqué, ne convainc guère dans un attendu « Una furtiva lagrima » du second acte, sans profondeur et sans charme. Et ce, malgré un prometteur « Quanto è bella, quanto è cara ! » lors de son entrée sur scène à l'acte I. La soprano calabraise Mariangela Sicilia le domine aisément dans le rôle d'Adina : ses aigus clairs qui servent de très beaux cantabili à l'acte I, accentuent sa frivolité tandis que ses vocalises alertes à l'acte II la rapprochent d'une héroïne tragique, convenant à ce double registre de riche et capricieuse métayère.

elisir d'amorStefan Pop (Nemorino). Phtographie © Opéra de Monte-Carlo.

Deux consistantes voix masculines consolident l'architecture de cet édifice vocal : le baryton roumain George Petean, entendu dans le rôle d'Enrico, frère d'une magnifique Lucia di Lammermoor du Deutsche Oper de Berlin en décembre 2012 campe un sergent Belcore dont la truculence ne cède en rien à la puissance, notamment dans son « Personne ne peut me résister » de l'acte I. De même, la basse Adrian Sampetrean incarne un Dulcamara plus buffa que jamais, de son majestueux « Udite, udite, o rustici » à la vertigineuse énumération rossinienne des innombrables vertus de son élixir. Laquelle n'est pas sans rappeler l'« Air du catalogue » de son tout aussi désopilant Leporello joué dans un inoubliable Don Giovanni dirigé en novembre 2013 par Daniel Barenboim au Staatsoper de Berlin. Emmenés par Stefano Visconti, les chœurs de l'opéra de Monte-Carlo furent, eux aussi, salués par le public.

 

Nice, 22 février 2014
Jean-Luc Vannier

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Dimanche 23 Février, 2014 2:34

 

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