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Natalie Dessay et Emmanuelle Haïm ouvrent avec « Giulo Cesare » de G.F. Haendel la saison lyrique à l'opéra de Monte-Carlo

 

Natalie Dessay, Emmanuelle Haïm, Le Concert d'Astrée. Photographie © Opéra de Monte-Carlo, novembre 2014.

15 novembre 2014, par Jean-Luc Vannier ——

Eclairée mais encore vide, la scène de l'opéra de Monte-Carlo laisse échapper des coulisses, les échos des quelques notes égrenées par Natalie Dessay échauffant sa voix. En compagnie du contre-ténor Christophe Dumaux et sous la direction d'Emmanuelle Haïm et de sa formation Le Concert d'Astrée, la soprano se préparait, vendredi 14 novembre, à ouvrir la saison lyrique avec des extraits du Giulo Cesare de Georg Friedrich Haendel. De cet opéra créé au King's Théâtre de Londres le 20 février 1724, le récital avait retenu certains des plus beaux airs des deux principaux personnages Cleopatra et Giulo Cesare : pour la reine d'Egypte « V'adoro » (Acte II, scène 2), « Se pietà di me non senti » (Acte II, scène 8) mais surtout deux pièces vocalement plus exigeantes « Piangero la sorte mia » (Acte III, scène 3) et le célèbre « Da Tempeste » (Acte III, scène 7). De son côté, Christophe Dumaux interprétait « Presti omai » (Acte I, scène 1), « Se in fiorito prato » (Acte II, scène 2) magnifique dialogue vocalisant et impromptu compétitif avec le premier violon (David Plantier), « Al lampo dell'armi » (Acte II, scène 8) et « Aure, deh per pietà » (Acte III, scène 4). Les deux artistes concluaient par le superbe duo de l'acte III « Caro ! Bella ! ».

Le Concert d'Astrée. Photographie © DR.

La direction musicale d'Emmanuelle Haïm nous comble d'aise et de bonheur : de dos, elle semble s'agiter mécaniquement comme un automate et pourtant le fruit de sa gouvernance sur cet ensemble instrumental fondé en 2000 n'apporte que son contraire : densité charnelle des couleurs musicales, sensibilité extrême dans les nuances. L'exécution de la suite en sol majeur HWV 350 extraite des Water Music d'avril 1736 et, en particulier, le 3e mouvement, menuet plus lent où domine cette délicatesse mélodique de la flûte (Sébastien Marq) et du violoncelle (Félix Knecht) furent d'une indicible beauté. Un voisin de rangée, joueur de jazz et pour la première fois de sa vie à l'opéra, confiera avoir été très « ému » par ce passage. Nous ne pouvons qu'acquiescer.

Natalie Dessay elle aussi nous émeut : pas seulement par quelques aigus filés du « V'adoro » ou du « Se pietà di me non senti » : devenue plus intimiste, sa voix s'irise, notamment dans son air « Piangero » de cette humanité qui la rend plus fragile, plus accessible, plus belle aussi dans ce registre.  Les audaces vocalisantes du « Da tempeste » ont cédé la place à cette énergie toute intérieure, nettement plus tellurique. Certaines expressions de son visage marquées par une forme de gravité, témoignent sans doute des efforts de la soprano dans cette prise de distance, cette « acceptation de la perte » dit-on en psychanalyse, afin de mieux conquérir et appréhender tout ce par quoi, encore, elle peut prétendre — légitimement — nous ravir.

Christophe Dumaux. Photographie © DR.

Malgré une voix aux forts beaux accents et aux intonations chaleureuses, le contre-ténor Christophe Dumaux est, regretterons-nous, demeuré trop neutre, trop didactique dans ses interprétations. Et très certainement en dessous de capacités amplement reconnues. Il serait ainsi vain — ou alors pour les opposer radicalement — de tenter une comparaison avec l'exubérant Max Emmanuel Cencic dont nous avions entendu le récital sur le Rocher en février de l'année passée.

Son émouvant duo final avec Natalie Dessay n'en suscite pas moins l'enthousiasme de l'audience. Audience à laquelle il sera offert en « bis » une « Ode pour l'anniversaire de la Reine Anne » (1713), dont la première phrase « Eternel source of light divine » convenait à l'atmosphère de la soirée.

 

Monaco, le 15 novembre 2014
Jean-Luc Vannier

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Lundi 17 Novembre, 2014 0:51

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