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Mozart entre génie et banalité :
Davidde penitente

(Festival de Saint-Denis, 25 juin)

Par Frédéric Norac

Mozart, Louis Langré, Saint-DenisFestival de Saint-Denis, 25 juin 2012
Photographie © FSD / S. Chambert

Le Mozart de Louis Langrée possède une grâce particulière : léger, aérien, coloré, dynamique, et toujours parfaitement équilibré, en fait d'un classicisme sans lourdeur. Dans la quarantième symphonie qui ouvre le programme, l'Orchestre de chambre de Paris en très grande forme sert particulièrement bien sa vision. Le molto allegro bien connu emporte immédiatement l'auditeur mais c'est surtout dans l'andante que les qualités plastiques de sa direction, la tension mélodique qu'elle crée, captivent vraiment. Malheureusement dès que le discours se complexifie un peu, comme dans le menuet et le trio, la matière orchestrale se heurte aux limites de l'acoustique très réverbérée de la basilique qui brouille les plans sonores et génère une sorte de halo dans les tutti, gâtant une des qualités majeures de cette exécution : sa précision.

Mozart, Louis Langré, Festival de Saint-Denis 2012Festival de Saint-Denis, 25 juin 2012
Photographie © FSD / S. Chambert

Donné en seconde partie, l'oratorio Davidde penitente, rarement entendu, est en fait une parodie — un contrafactum. Mozart y réutilise, sur une traduction italienne des psaumes, la musique de sa messe inachevée, K.427. Les airs eux-mêmes — sauf celui de la soprano « Tra l'oscure ombre funeste » — sont assez banals mais la grandeur dramatique de l'écriture chorale où l'influence de Bach est patente, frappe d'emblée et semble annoncer le Requiem par son intensité et sa puissance. Il y a tout au long de l'œuvre un certain hiatus entre l'évidente hauteur d'inspiration des chœurs et la convention des airs solistes que Mozart ne réussit pas vraiment à intégrer, même dans le morceau final qui les réunit. Ici encore, l'acoustique dessert l'exécution. Si le chœur Accentus, placé derrière l'orchestre réussit aisément à en percer le mur et à se faire entendre dans toute sa plénitude, les chanteurs à l'avant semblent quelque peu absorbés. Il faut dire qu'aucun deux ne paraît vraiment très concerné et tous trois, accrochés à leur partition, semblent faire de grands efforts pour un résultat peu convaincant. L'implication très limitée de leurs talents ne nécessitait peut-être pas de déplacer des solistes de cette envergure. Seule Sandrine Piau parait un peu plus engagée mais sa voix reste celle d'un soprano lyrique léger et elle ne peut donner toute la coloration souhaitée à cette musique écrite tout de même pour Anna Cavalieri — la créatrice de Constance dans l'Enlèvement au sérail — et qui du coup parait laborieuse et conventionnelle. Renata Pokupic manque quant à elle un peu de corps dans les graves d'une tessiture assez longue et Richard Croft ne parait pas dans une forme vraiment éblouissante, même si pas une vocalise manque à son deuxième air. A l'arrivée si la découverte suscite l'envie d'une réécoute, le concert très bref, laisse un peu l'auditeur sur sa faim. Un beau motet ou un mouvement de messe l'aurait sûrement agréablement complété.

Mozart, Louis Langré, festival de saint-Denis 2012Festival de Saint-Denis, 27 juin 2012
Photographie © FSD / S. Chambert

Frédéric Norac

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