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« Mors stupebit natura »
Requiem de Mozart

Théâtre des Champs Elysées, 2 mai

Par Frédéric Norac

Rarement aura-t-on perçu à quel point le Requiem de Mozart est d'abord et essentiellement une œuvre chorale, l'expression d'une turba aux prises avec ses doutes, ses frayeurs, ses espoirs. Bref, un théâtre de l'âme humaine se tournant vers son créateur pour en implorer miséricorde et consolation face à l'angoisse de la mort. L'idée du Jugement Dernier est présente avec toute sa violence dans la grande séquence qui va du « Dies irae » au « Rex tremendae » que Mozart actualise avec une évidence quasiment visuelle et presque romantique dans sa barbarie.

Jérémie Rhorer Jérémie Rhorer.

Le quatuor des solistes reste en marge, assumant à travers ses trois interventions (Tuba Mirum, Recordare et Benedictus) la voix de la religion consolante, comme une sorte de conciliabule sacré, une conversation de saints pacifiés. Celui de cette version est dominé par les voix graves, celle chaleureuse et longue de la jeune basse Nahuel di Pierro et celle de la mezzo Renata Pokupic. Miah Persson remplaçant Sandrine Piau, apporte la touche éthérée nécessaire et, seul, le ténor Jeremy Ovenden manque un peu de rondeur et de présence vocale.

Sous la main de Jérémie Rhorer, les vingt quatre choristes des Eléments sont une matière malléable, vive, sensible, répondant à ses moindres impulsions dans une interprétation tout en nuances et, malgré la modestie de l'effectif, d'une imposante présence. Plus que la mort individuelle, c'est la finitude même de l'homme et celle du monde qui résonnent ici, nous rappelant que même si ce Requiem est une œuvre de commande, le texte liturgique ne pouvait qu'interroger le compositeur, un homme malade et éprouvé.

Le Cercle de l'harmonie se fond dans une texture globale dont l'homogénéité entre cordes et vents, subtilement renforcée par le positif, n'est troublée que par la trompette du Tuba Mirum dont l'âpreté trouble et surprend. La direction, rapide et tendue, reste toujours d'une cohérence interne totale et parfaitement équilibrée. Elle nous conduit en tout juste cinquante minutes au terme de cette grande boucle qui ramène après le Lux Aeterna le thème de l'Introit, comme si l'interrogation première n'avait pas reçu de réponse et était prête à ressurgir avec toute sa crudité et son urgence.

En première partie, la Symphonie « Jupiter » apporte une grande respiration, d'un premier mouvement aux cordes transparentes nimbées par le halo lumineux des bois à un finale fugué aux plans sonores un peu brouillés et manquant un peu d'ampleur dans la sonorité, en passant par un second mouvement à la respiration ample quasi beethovénienne et un bref menuet authentiquement dansant. Un concert qui marque précisément la frontière qui chez Mozart sépare classicisme et préromantisme.

Frédéric Norac
2 mai 2013

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