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Université protestante au Congo
Faculté de Théologie
B.P. 4745
Kinshasa II

Pour une hymnologie
protestante congolaise efficiente.
Lecture de l'hymnographie
de  Noé Diawaku

Par

Maurice MONDENGO Iyoka B.

Table des matières 

Chapitre IV.
Appréciation critique et perspectives
pour une hymnologie
protestante congolaise efficiente

4.1 Essai d'appréciation critique de l'hymnologie « diawakienne »

Après avoir passé en revue, analysé et commenté l'hymnographie de ce digne fils de l'Église protestante Congolaise qui a fait, de par son apport, une contribution importante à l'hymnologie de notre Église, dans le chapitre précédent, nous voulons à présent tenter d'apprécier de manière critique son besogne hymnographique et relever certaines limites en vue  de  projeter  à la  fois ce que peut être le contenu de notre hymnologie que nous voulons efficiente.

Il nous faut cependant avouer une chose. L'hymnographie « diawakienne » semble être, en grande partie, et cela comme rassemblée dans cette étude, un paradigme de « chanter l'utile et l'agréable » dans nos Églises et dans la chrétienté congolaise tout court. Cette hymnographie a valeur missionnaire pour le présent comme pour le futur de l'hymnologie protestante au Congo. Elle est digne d'éloges à plus d'un titre. Elle réveille les souvenirs de celles et ceux qui l'ont connu. Elle touche même les coeurs de celles et ceux qui ne l'ont pas connu en vue de leur édification. Mais faut-il croire qu'elle échappe à quelques remarques et suggestions pouvant aider l'hymnologie protestante Congolaise à être  efficiente ?

Nous commencerons par rappeler que toute œuvre humaine, même si elle se croirait poussée par le Saint-esprit, est toujours perfectible. En ce sens, nous pensons avouer très humblement que l'hymnographie « diawakienne » peut être passée au crible de la critique sur des points que voici:

    1.      Sa vision dans la locution hymnique;
    2.      La place du Saint-Esprit.

4.1.1  De sa vision dans la locution hymnique.

Un lecteur attentif de l'hymnographie « diawakienne » se rendrait compte, et cela sans effort intellectuel, que pour beaucoup l'auteur de la locution fait dans son hymnographie ce qu'on peut appeler le message du sauvé-pour-les-sauvés. Cette manière de s'y prendre dans la vision de la locution hymnique qu'aborde l'auteur sans trop se rendre compte a été au centre de notre lecture.

Notre auteur fait un travail remarquable d'une communication édifiante. Il exhorte. Il témoigne ce que le Pantokrator a fait dans sa vie et, implicitement, ce qu'il peut faire dans la vie des autres sauvés. Il est donc bel et bien un plus que prédicateur à cause de la clarté de son message. Il communique souvent son expérience religieuse qui pousse les autres à l'expérimenter avec le Pantokrator. Sa locution exhortatrice trouve de fondement biblique. Car il est profondément religieux. Mais, étrangement, sa vision dans la locution hymnique, du moins pour l'hymnographie choisie dans cette étude, il semble s'intéresser peu des pas - encore - sauvés. Notre auteur ne donne pas l'impression d'avoir aussi lancé des messages à leur endroit. Alors que le travail de l'Église, qui dans ses voies et moyens d'atteindre les objectifs de la mission telle que Jésus-Christ l'a ordonné, utilise, entre autres, l'hymnologie pour évangéliser.

Nous concédons à l'auteur le droit de définir l'évangélisation de la façon dont son hymnographie nous enseigne. Nous voulons dire, par le témoignage. Car, cette façon de penser est à prendre ensemble avec Bosch quand il écrit: « l'évangélisation comprend le témoignage envers ce que Dieu a fait, fait et fera. C'est la façon dont Jésus a commencé son ministère selon les synoptiques (...). L'évangélisation est l'annonce que Dieu, créateur et seigneur de l'univers, est intervenu personnellement dans l'histoire humaine et l'a fait de façon suprême dans la personne et le ministère de Jésus de Nazareth qui est le seigneur de l'histoire, le sauveur et le libérateur. En Jésus incarné, crucifié et ressuscité, le règne de Dieu a été inauguré »127.   

Mais, Bosch ajoute quelque chose, mieux une dimension très importante qui soutient notre argumentation. C'est quand, par rapport à ce qu'il dit, il renchérit :

    A la lumière de tout cela, l'évangélisation ne peut être définie en fonction de ses résultats ou de son efficacité, comme si elle n'avait lieu que là où il y a des ' convertis'. Mais l'évangélisation devrait être considérée selon sa propre nature, comme transmettant la bonne nouvelle de l'amour de Dieu en Christ qui transforme la vie, proclamant, en parole et en action, que le Christ nous a libérés et nous d'ajouter220. près des pas -encore-sauvés.

C'est la problématique du lieu des convertis que nous conceptualisons ici. Dans notre entendement, nous appelons « sauvés », l es convertis que l'auteur exhorte, console, ... dans son hymnographie destinée au chrétien universel. Nous n'avons presque pas relevé une locution destinée aux non-encore-sauvés  qui ont besoin du salut en Jésus Christ et surtout pour qui Christ porte le nom comme celui de « le crucifié ». De l'autre côté des « sauvés », ils sont nombreux, celles et ceux qui attendent une locution les invitant à se mobiliser pour le règne de Dieu. Une locution capable de les libérer eux aussi, de leur péché, de leurs chaînes, afin qu'ils soient libres pour Dieu et pour leur prochain. En un mot, gagner leurs coeurs à Jésus et les rendre obéissants aux priorités de Dieu.129

La vision locutrice de Diawaku succombe à la tentation de l'hymnographie du sauvé - pour - les - sauvés. Cette vision semble guider le choix qu'il fait préférentiellement de l'exhortation, de la prière et de l'adoration (...) comme objet de sa locution hymnographique.

4.1.2  De la place du Saint - Esprit dans son hymnographie

Comme nous l'avons dit dans les pages  précédents, Noé Diawaku, profondément chrétien engagé, a fait de l'exaltation de Dieu, de Jésus Christ, de l'amour de prochain, de la prière, de l'exhortation l'ossature de son hymnographie. De ce fait, ces thèmes principaux ont droit de cité dans ses hymnes. C'est vrai. Mais ne pas faire mention du Saint - Esprit dans ce qu'on peut appeler une hymnographie purement pneumatologique, nous pensons qu'il y a là une faiblesse. Notre auteur nous donne l'impression d'être de la lignée de celles et ceux qui prennent globalement les choses dans la trinité. Cette lecture a le désavantage de taire l'action du Saint-esprit en qui le pouvoir  créateur et re-créateur habite.   L'action du Saint-esprit ou mieux la personne du Saint-esprit ne doit pas être réduit au silence par un grand hymnographe baptiste de haute facture comme Noé Diawaku. Ceci est curieux d'autant plus que les baptistes accordent beaucoup d'importance à la suprématie des  Écritures130.   Cette affirmation soutient implicitement que le Saint-esprit a une place  de choix dans la trinité et dans le travail que fait l'Église.

Comme pour tenter de parler du Saint-esprit et lire en quoi Diawaku, dans son hymnographie, est faible, nous proposerons de revenir au Symbole des apôtres tel qu'expliqué par la Commission Foi et Constitution, du Conseil Oecuménique des Églises. Dans son ouvrage précité « Confesser la Foi commune », l'art. 1220 il stipule que

    la foi chrétienne et la confession de cette foi ne sont possibles que dans la puissance de l'Esprit Saint, celui qui donne la vie. Le Dieu que nous confessons dans le symbole nous étant révélé comme un Dieu trinitaire, nous ne devons jamais séparer la foi dans le Saint-Esprit de la foi du Père et le fils. L'Esprit Saint, Seigneur et dispensateur de vie, rend possible la communion avec le Père et le Fils, et il est donc fondamental  pour la foi, la vie et l'espérance des chrétiens.131

Cette citation de l'art. 1220 montre que le Saint-Esprit est lié au Père et au Fils. De ce fait, il ne peut pas être pris séparément. Car il n'existe pas en dehors de cette réalité. Nous croyons que c'est pour cette raison l'art. 220 complète en disant « (...) Dans l'Église, on ne connaît, on ne confesse et on n'adore jamais le Saint-Esprit sinon avec le Père et le Fils »132.  

Nous croyons que notre auteur s'est  retrouvé dans cette façon de voir et lire les choses par rapport au Saint-Esprit. Et beaucoup des gens peuvent soutenir sa position silencieuse mais à la fois criante dans l'absence hymnographique de locution destinée au Saint-Esprit. A en croire ces deux articles, Noé Diawaku a raison. Car le Symbole affirme que la divinité de l'Esprit est exactement celle du Père et du Fils. Et que c'est pour cette raison qu'on attribue à l'Esprit Saint  le titre de « Seigneur »133.   Encore que croire en l'Esprit Saint, c'est croire que la puissance de Dieu est présent dans le monde134.    De ce fait le nommer ou non, quand Diawaku exalte Dieu le Père, quand il loue Jésus, le Roi des rois, l'Esprit Saint y est présent pour amener l'humanité en communion avec l'être saint du Dieu Trinitaire.

Mais la question que nous voulons soulever dans ce point est celle de savoir : Peut-on parler, un jour, de la théologie du Saint-Esprit dans l'hymnographie « diawakienne » ? Si oui, quel en sera le contenu ? Car elle reste à trouver et à se défendre, tandis que la théologie par rapport au Dieu le Père et celle par rapport au Christ - la christologie - sont à mêmes de se forger et se défendre avec le contenu hymnographique que Noé Diawaku met à notre disposition. De manière convergente avec  Jean Masamba que nous avons interviewé, la problématique  d'une théologie du Saint-Esprit dans l'hymnographie « diawakienne » est bel et bien omniprésente. C'est ainsi qu'il manquerait  dans cette hymnographie des locutions destinées au chrétien politique, économique, social, écologique... capables d'anticiper le règne du Royaume de Dieu dans les coeurs des congolais en vue de la transformation  de leur vie et du Congo en général. Il faut avouer que Diawaku n'en a pas fait trop allusion. Peut-être ses raisons profondes et cachées inconnues par nous étaient fondamentales pour lui et son temps.

L'hymnographie « diawakienne » a parcouru un  long chemin. Aussi, nous permettrions-nous de dire que le chemin à parcourir était encore long. Si Diawaku  n'a pas parlé clairement du Saint-Esprit, nous nous contenterons de dire qu'il était  fils de son temps. Le temps où l'Église limitait le rôle du Saint-Esprit en la compréhension et interprétation des Ecritures pour la prédication. Alors que Moltmann conseille qu'il faille se dire que l'Église ne doit pas seulement être là où la parole est prêchée et le sacrement administré, mais encore et surtout là où il y a des manifestations du Saint-Esprit.135

Il faut bien  dire que, dans les lignes ci-dessus, l'heure n'était pas à l'apologie de Diawaku  mais plutôt à une prise en charge lucide et surtout tolérante de l'hymnographie produite par lui dans le compte de l'hymnologie protestante congolaise afin d'en tirer tout intérêt qu'il faut dans une action réfléchie, discutée avec les hommes et les femmes d'Églises en vue de la qualité  de notre hymnologie qui est appelée à  (re)devenir meilleure dans le fond et dans la forme.

4.2 Perspectives d'avenir pour une hymnologie protestante congolaise efficiente

L'avènement d'une hymnologie protestante congolaise efficiente est plus qu'attendu. Après avoir examiné avec un coup d'œil analytique l'hymnologie protestante congolaise où notre effort était concentré à la fouille de son contenu pour nous rendre attentifs des hymnes qui se chantent dans nos cultes des communautés issues de la Réforme au Congo, il s'est avéré que l'hymnologie protestante congolaise existe bel et bien. Ses caractéristiques lui sont particulières. Elle a toujours été depuis le temps missionnaire l'autre main de l'évangélisation. Toutefois, avons-nous remarqué que, son avenir était en danger. Et sans accepter la résignation face à cette réalité qui pourrait malheureusement nous entraîner à la peur du lendemain, nous avions lancé un cri d'alarme en vue de rendre tout le monde attentif de ce que notre identité hymnologique se perdait devant la machine hymnologique à tendance pentecôtistes et aussi celle des Églises  dites de Réveil. En ce sens qu'elle était chassée de la liturgie de ces Églises, mais aussi et malheureusement mal aimée dans nos propres communautés chrétiennes comme si son sort n'était plus que la persécution dans la rue et dans sa propre maison. Mais, avions-nous dit, tout se jouait entre le danger et la chance et qu'il fallait désormais agir et agir vite pour la sauver et la protéger.

Ainsi l'hymnographie de Noé Diawaku  est venue comme pour un paradigme de chanter l'utile et l'agréable dans nos Églises protestantes congolaises. De nature fondamentalement biblique, elle nous a démontré comment un recours si pas un retour à la source était plus que souhaité pour libérer l'hymnologie protestante congolaise des envahisseurs qui chantent et font chanter les chrétiens dans nos Églises des chants qui, pour beaucoup, n'ont de valeur que dans les cris et la danse. Car c'est du « Church business » où n'importe qui fait n'importe quoi pour vivre de l'hymnologie chrétienne  de tout un pays comme le Congo. L'hymnographie « diawakienne », dans sa spiritualité, nous a présenté une sorte d'antithèse à ce qui se fait en nous proposant une hymnologie du type traditionnel, versée dans l'exhortation et l'exaltation. Exhortation au chrétien universel dans le temps et dans l'espace, exaltation de Dieu le Père et de son Fils  Jésus-Christ. Noé Diawaku nous a enseigné par ses locutions qu'il faille, dans l'entreprise de la composition des hymnes d'Église, réunir le soin, la compétence, l'art, les textes bibliques... pour que le message qui se donne dans une locution soit complète, compréhensible, gagneur d'âmes à la fois.

Dans cette étude, il nous est arrivé de relever quelques faiblesses dans notre l'hymnographie paradigmatique. C'est  par rapport à la problématique d'une théologie du Saint-Esprit et celle d'une locution destinée aux pas - encore - sauvés dans l'hymnographie « diawakienne » qui posaient problème. Mais aussi l'absence d'une locution destinée à l'interlocuteur  politique, économique, social, écologique  en ce sens que c'est de tout l'Homme qu'il s'agit dans le travail que fait l ' Église  dans le monde . Cependant, comme nous l'avons dit  ci-dessus, ceci traduit les limites de œuvre humaine.

C'est pour dire qu'il y a encore du travail à abattre dans le domaine hymnologique pour que naisse une hymnologie protestante congolaise efficiente pour l'Église qui est appelée à se réformer d'une manière continuelle. Ce travail pour plus d'engagement hymnologique de l'Église par celles et ceux qui proclament, nuit et jour, l'Evangile du salut,  est un rêve pour que l'Église chante un cantique nouveau  dans la communauté chrétienne congolaise et marque ainsi sa différence qui, du reste ne sera qu'une démonstration de sa richesse .

Trois volets feront l'essentiel de ce rêve :

      1. L'objet à définir
      2. La méthode à appliquer
      3. Les perspectives à rêver.

4.2.1  De l'objet  à définir

L'objet de l'hymnologie protestante congolaise doit être congolais si on le veut efficiente. C'est ici que se pose un préalable important à la conjugaison d'une hymnologie authentique, efficace, au Congo. Comme on le sait dans la théologie chrétienne que c'est Dieu seul qui fait naître tout à partir de non - être, ex nihilo, et sachant que « nul n'étant de nulle part », l'hymnologie protestante congolaise efficiente ne peut que se forger et partir des questions qui lui pose la société congolaise. Cette circonscription de l'objet de l'hymnologie protestante congolaise que nous reconnaissons comme l'une des conditions de l'efficacité nous donnera sans doute les moyens à réunir pour son originalité et sa particularité face à l'hymnologie chrétienne en général.

Définir un objet congolais ne veut nullement  prioriser la démarche d'une hymnologie congolaise en vase clos. Mais bien plus, la laisser ouverte aux autres et à leurs préoccupations à cette période où tout crie mondialisation, et cela sans se laisser diluer dans un quelconque mimétisme où tout sera copie -conforme.

Exiger que l'hymnologie protestante congolaise de demain ait un objet congolais ne va pas de soi. C'est autrement obéir à un principe, celui de sélection lucide et vraiment raisonnée des objets du discours hymnologique tel que présenté dans la locution  hymnographique. C'est une manière d'examiner la typologie de l'hymnographie qui est l'épine dorsale de toute hymnologie. Ici une tendance inflexionnelle doit s'articuler sur des objets que porte l'hymnographie pour que les questions que soulève la communauté chrétienne trouvent des réponses efficaces. D'où un appel à une forte capacité d'intuition et de lecture lucide de notre société en crise par celles et ceux qui composent un chant nouveau pour le Seigneur dans l'Église.

Avec le principe de sélection on assistera plus efficacement à la réalisation de ce qu'on peut appeler l'intention émancipatoire de l'hymnologie de l'utile et l'agréable où le chaïros sera pris en compte pour que la locution hymnographique soit à même d'apporter sa contribution à la société et pas apporter de problèmes comme c'est le cas à nos jours. Ainsi, l'hymnologie protestante congolaise  accroîtra sa capacité d'impact en se centrant, de  manière préférentielle, sur le présent et le futur de notre société. Et cela ne se fera pas sans un regard sur le passé où les méandres de l'histoire peuvent contribuer efficacement à rechercher de bonnes solutions aux problèmes actuels.

Prendre en compte le chaïros dans le travail hymnographique c'est accepter le principe d'actualité qui ne doit pas être limitatif dans le temps et dans l'espace. Ceci pour exiger  que le Weltanschauung de l'hymnologie protestante congolaise puisse s'ouvrir aux différents domaines tels que l'économie, la politique, le social et avec la mention spéciale sur l'écologie. De ce fait le message de l'Église penchera par ses enseignements, à privilégier la pensée sociale chrétienne dans un évangile qui tient compte du social de l'Homme.

Aujourd'hui, au Congo, croyons-nous, le grand problème qui fait souffrir notre liturgie est celui de «  chanter pour chanter »  dans la veine de notre hymnologie protestante. Prendre en considération ce problème comme objet au centre de l'hymnologie protestante qui se voudrait efficiente au Congo, c'est répondre positivement aux exigences de l'heure. Ces exigences appellent à prendre ensemble l'actualité économique, politique, sociale, écologique dans l'hymnographie aujourd'hui pour que l'hymnologie soit réellement la servante de la proclamation de l'Evangile entier. C'est ici, encore, qu'il faut  une prise de conscience hymnologique dans l'agir de l'Église.

4.2.2  De la méthode à appliquer

L'objet seul ne suffit pas pour nous aider à l'avènement d'une hymnologie protestante efficiente. Il faut aussi chercher et trouver une méthode adéquate. Pour ce faire, il faut une démarche analytico-comparative d'un côté et herméneutique de l'autre. Avec la première il s'agira de :

1. prendre une zone culturelle déterminée et en identifier les éléments qui dénotent de l'ancrage du message évangélique incarné dans le vécu traditionnel et rendu en son trésor musical même folklorique, soit-il.

2. Étendre ensuite ces recherches sur l'ensemble de l'aire protestante, dans le but de vérifier si les mêmes éléments s'y retrouvent ou pas. Ceci nous permettrait d'affirmer ou d'infirmer l'unité de la zone culturelle protestante congolaise.

Avec la seconde , et bien que l'herméneutique, comme le fait si bien remarquer Mushila en interprétant Paul Ricoeur, soit par  l'interprétation  l'activité la plus complexe qui soit136 , les hymnologues et les hymnographes protestants s'en serviront dans leur tâche qui sera donc, dans cette perspective, d'interpréter et d'analyser le contenu de ces hymnologies traditionnelles protestantes du Congo profond en vue d'une réflexion dialectico-herméneutique pouvant revaloriser l'hymnologie traditionnelle et authentique. Il faut avouer que Alfred  Kuen  met à notre disposition une étude remarquable qu'il a faite sur le thème de « Chantez  à l 'Eternel un cantique nouveau  » où  il  lance un appel   pour revalorisation de l'hymnologie traditionnelle. Car, pour  beaucoup, dit-il ,nous ne connaissons pas  nos richesses.137

4.2.3 De perspectives à rêver

Si l'hymnologie protestante congolaise veut être efficiente aujourd'hui et demain, elle doit fondamentalement se forger une philosophie capable de la mener à la trouvaille ou aux retrouvailles de son identité dans la société. Pour ce faire, elle a besoin de voir, en la vision de l'Église, un souci créateur des théories hymnologiques, de propositions de modèles théoriques réfléchis d'organisation de l'hymnologie et de liturgie protestante dans le travail que fait le protestantisme au Congo. Et l'efficacité de ces théories ne peut être manifeste que dans la mesure où elles pourront contenir dans le sens d'une idéologie, celle d'une pensée qui défend le sens de l'éthique et de l'agir protestant au Congo.

Nous croyons qu'une dimension idéologique claire est indispensable à l'hymnologie protestante aujourd'hui. Elle est à l'hymnologie ce que le sang est au corps. Avec ce principe de noyau idéologique, notre hymnologie sera une véritable stratégie de lutte pour la sauvegarde des valeurs devant garantir son existence différentielle. Néanmoins, avouons-le, cette lutte voit certains murs d'obstacle qui depuis toujours compromettent la réalisation de ce rêve d'une hymnologie identitaire ou de la formation, sérieuse, de l'hymnologie dans le cursus de théologiens et pasteurs, appelés à gérer les églises de terrains au sein du protestantisme demain. On peut aussi relever le problème de langue dans l'organisation liturgique dans nos Églises protestantes, le manque de moyens pour la publication des recueils de cantiques, le manque d'une vision claire de l'autorité  de l'Église dans ce domaine, pour nous, cher à l'Église etc.

Dans nos Églises (protestantes) au Congo le Lingala, le Kikongo, le Tshiluba, le Swahili, le Français (ou l'Anglais) sont des langues qui véhiculent la liturgie, alors que la gestion hymnologique ne tient souvent pas compte de la langue liturgique. En ce sens qu'elle ne facilite pas la grande diffusion de l'hymnologie dans la masse en prière. C'est ainsi que bien d'hymnologues congolais soulèvent la problématique de l'usage des langues congolaises comme l'un des traits caractéristiques d'une hymnologie protestante congolaise qui se veut identitaire, authentique et efficiente. Notre hymnographe, Noé Diawaku, semble appuyer ce point de vue. Il suffit de considérer l'usage de Kikongo, la langue de sa culture, dans son hymnographie. Car c'est là qu'il s'exprime le mieux et le lui en empêcher c'est faire disparaître son sentiment profond et sa liberté même chrétienne. Toutefois, nous pensons que la pertinence de ces discussions autour de la problématique mais aussi la construction de l'hymnologie de l'identité, que nous appelons, de tous nos vœux, dans l'Église protestante congolaise, contribuerait à des décisions synodales favorables à la convivialité de langues dans l'hymnologie et dans la liturgie. Car pour être efficiente, l'hymnologie doit être proche de la société qui saisit son contenu évangélique et qui se forge dans les normes. N'est-ce pas que l'hymnologie est une science à part entière ?

Le problème de manque de moyens pour la publication des recueils de cantiques protestants qui devra tenir compte des richesses méconnues de l'hymnologie congolaise, du trésor musical folklorique et de nouvelles créativités... dépend, à notre avis, de la vision de l'autorité de l'Église protestante au Congo à qui revient la tâche d'organiser et de responsabiliser l'hymnologie protestante.

Organiser c'est créer un département de l'hymnologie qui devra veiller  à la vie de chants protestants en vue de la sauvegarde de son identité dans le cursus de formation théologique. Rendre l'hymnologie toujours proche de l'histoire et de la culture du peuple protestant et surtout le mettre au service du message évangélique que le chant doit véhiculer - utilement et agréablement.

Responsabiliser l'hymnologie veut dire rendre attentives et attentifs les hymnologues, les hymnographes, les théologiens, les chercheurs, les chefs de choeur, les chanteurs, les chrétiennes et les chrétiens protestants de leurs responsabilités doctrinales, éthiques, liturgiques. Car tous ces aspects sont à prendre ensemble pour une hymnologie responsable qui tient compte du sauvé et du pas - encore - sauvé dans un monde où le politique, l'économie, le social, l'idéologie, l'écologie attendent un message de l'Église.

Responsabiliser l'hymnologie c'est amener l'Église à se souvenir « que la Bible, comme l'écrit Ratzinger, a son propre recueil de chants, le psautier, qui non seulement est né de la pratique du chant et de la musique liturgiques, mais qui, dans cette pratique, dans sa mise en œuvre vivante, nous apporte aussi des éléments essentiels pour une théorie de la musique dans la foi ».220  

Responsabiliser l'hymnologie c'est l'organiser en lui donnant l'image de la culture et de l'homme - dans la liturgie et son expression dans la musique sacrée. Car la liturgie et la musique ont été soeurs dès l'origine. Parler à Dieu passe les limites du langage humain139   et le langage humain par le chant est unifiant et oecuménique au vrai sens du mot qui demande  que   le monde entier soit  considéré comme une terre habitée.

Il nous faut conclure ce chapitre. L'avènement d'une hymnologie protestante congolaise efficiente, authentique et identitaire est possible. Il passe par la volonté de l'Église dans sa  balance orientatrice qui doit repenser hymnologie en vue de la re-créer, comme le suggère Alfred Kuen , en exploitant le trésor musical traditionnel et folklorique140 congolais; en explorant les richesses longtemps méconnues141  des hymnologies forgées par les filles et fils du Congo protestant vivants ou morts; en créant de cantiques nouveaux qu'il faut chanter  à l'Eternel au Congo; en encadrant, pour un demain meilleur, les enfants dans une éducation musicale évangélique et en ouvrant de portes pour la formation et l'épanouissement de la vision hymnologique au sein des institutions de formations théologiques. Et si, cette hymnologie qui se veut efficiente, restant plus proche de la doctrine et du fondement biblique, elle se justifiera théologiquement d'une part, et, se forgeant comme servante de la liturgie, elle se défendra ecclésiologiquement, d'autre part. Mais, aussi elle sera œcuménique, en ce sens que cette hymnologie, après qu'elle ait retrouvé son identité authentique s'ouvrira à d'autres hymnologies comme un fleuve qui se jette dans l'océan de la musique où la liturgie terrestre ira à la rencontre de la liturgie céleste, et le chant nouveau pour le Seigneur entonné par les humains se mêlera à celui des anges.

Maurice MONDENGO Iyoka B.
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Notes

217. D. J. BOSCH, op. cit.,  p. 555.

220. Ibid.

129. D. J. BOSCH, op. cit.., p. 562.

130. E. HULSE, An Introduction to the Baptists, England, University Tutorial Press Ltd, 1973, p. 89.

131. Document de Foi et Constitution  n° 140, p. 61.

132. Ibid.

133. Ibid.,  p. 62.

134. Ibid., p. 63.

135. J. MOLTMANN., L'Église dans la force de l'Esprit. Une contribution à l'ecclésiologie moderne, Paris, Cerf , 1980, p .92 .

136. MUSHILA Nyamankank, Cours d'Herméneutique, dispensé en 2e Licence Théologie, UPC, 2002.

137. A. KUEN , Chantez à l'Eternel un cantique nouveau, in http:// louange.org / articles/_chantezEternel.php3.

220. J.  RATZINGER, Un chant nouveau pour le Seigneur, Paris, Desclée, 1995, p. 132.

139. Ibid., p. 149.

140. A. KUEN, Chantez à l'Eternel un cantique nouveau, site web déjà citée.

141. Ibid.

©Références / Musicologie.org 2006