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Université protestante au Congo
Faculté de Théologie
B.P. 4745
Kinshasa II

Pour une hymnologie
protestante congolaise efficiente.
Lecture de l'hymnographie
de  Noé Diawaku

Par

Maurice MONDENGO Iyoka B.

Table des matières 

 

Chapitre I.
Quelques  articulations  biographiques
de  Noé  Diawaku

Le présent chapitre qui ouvre l'examen proprement dit de notre étude sur l'hymnographie que nous avons bien voulu consacrer à la mémoire de Noé Diawaku veut tout simplement présenter celui - ci dans ses quelques articulations biographiques  en vue d'informer nos lecteurs sur le personnage de Noé Diawaku qui est, comme on le remarquera, à la fois complexe et fascinant.

Nous regrettons de ce que nous avons eu beaucoup de difficultés pour rassembler ces quelques lignes autour de la biographie de notre auteur. En ce sens qu'il nous  a été très difficile de trouver  ne fût ce que quelques-uns de ses traces bibliographiques même auprès de ses propres enfants. La reconstitution de ces quelques articulations biographiques nous la devons aux amis de l'auteur et à son fils aîné. C' est ainsi que ce chapitre  n'est pas  à comparer, par le nombre de ses pages, aux trois autres  qui constituent  ce travail.

De ce fait, nous ne pouvons qu'espérer voir dans les jours à venir beaucoup de travaux  se réaliser autour de cet auteur et compléter ainsi les hiatus qui marquent cette étude. Sur ce, passons à l'essentiel de ce que nous pouvons dire de Noé Diawaku.

Le nom de Diawaku s'impose de lui - même lorsqu'il s'agit de considérer, sur le plan de la musique chorale, son répertoire dans l'hymnologie protestante au Congo. En écrivant ses chants en français, en Lingala et (surtout) en Kikongo, Diawaku a réussi à se faire connaître où ses pieds n'ont pas pu fouler. Et par ses hymnes  le peuple de Dieu dans son hétérogénéité, fait monter vers Dieu, jusqu'aujourd'hui, l'expression de leur foi. Pour la théologie, l'expérience qu'il a faite avec son Dieu dans ses chants continue à réveiller les esprits et à susciter un intérêt certain chez les théologiens comme chez les leaders d'Eglise. Mais qui est Noé Diawaku ?

Noé Diawaku dia Nseyila naquit en 1760 à Lufuntoto, un village situé à 30 km de Mbanza-Ngungu. Fils de Nseyila Damas, un ancien travailleur à l'OTRACO (actuelle ONATRA), et de Luzinunu Marie. Noé Diawaku était l'aîné d'une famille de dix enfants dont sept garçons et trois filles. Il passa sa vie à Lufuntoto et à Sonampangu où il commença ses études pour aller les terminer à Kimpese. Très jeune, il avait fait montre de son talent musical et ceci lui a valu une sorte d'adoption par les missionnaires qui firent de lui membre de la chorale.

Au départ des missionnaires, Diawaku était désigné pour prendre la direction de la chorale jusqu'à l'amener à l'exposition internationale de Bruxelles en 1958, alors qu'il enseignait déjà à l'école secondaire de Kimpese où il avait lui  même terminé ses études en 1956 pour enseigner les mathématiques et la musique.

En 1960, il partit étudier aux Etats-Unis d'Amérique ensemble avec Jean Masamba et deux autres de leurs amis. C'était à l'université de Redlands, en Californie qu'il étudia et  décrocha sa licence en sciences de l'éducation dans domaine de la mathématique. En 1965, Noé Diawaku revint au pays comme professeur à l'Ecole de Pasteurs et d'Instituteurs (EPI) à Kimpese où il deviendra directeur de l'école en 1966 et dirigera encore la grande chorale de l'école des pasteurs et d'instituteurs pendant près de quatre ans  jusqu'en 1970 quand il devrait repartir aux Etats-Unis d'Amérique pour ses études doctorales.  Son parcours est remarquable par les fonctions qu'il a remplies dans ce pays.

En 1973, Noé Diawaku est Secrétaire Général Administratif à l'Université de Kisangani jusqu'en 1976 quand il devint Vice-Recteur en cette même université en 1979. En 1980, il enseignera à l'Institut Pédagogique National (IPN) jusqu'en 1985. Il fût membre du Comité Central de Mouvement Populaire de la Révolution jusqu'au 24 avril 1990, l'année à laquelle le Président Mobutu libéralisa les activités politiques pour un processus démocratique au Zaïre. Diawaku  donnera aussi le cours de l'hymnologie à l'Université Protestante au Congo jusqu'en 1992.

Le pasteur Jean Masamba et André Kambwa 11   sont unanimes quand ils nous tracent la personne de Noé Diawaku en ces quelques lignes, car l'ayant connu mieux que quiconque. Les informations qui suivent nous ont été données par ces deux  derniers. Ainsi, elles tourneront autour de ses qualités morales et sociales, ses qualités intellectuelles et autour de sa vie chrétienne, et de son sens du développement. Pour terminer, nous parlerons de sa vie familiale.

I. Qualités morales et sociales

1.  Noé Diawaku, par l'héritage du scoutisme, était stoïque, obéissant à la loi scout de 1953, dans son article 8, il souriait et sifflait quand il rencontrait des difficultés. Il était un Coq. Il reprochait en souriant. Il mettait les gens à l'aise. Même au lit de malade, nous a-t-on dit, il gardait la tradition de sourire pour mettre tout le monde à l'aise et cacher  ainsi sa douleur.

2. Obéissance et adaptabilité au milieu. Diawaku était un homme ouvert et s'adaptait à toute situation. Il acceptait d'être dirigé même par celui que lui-même avait un jour formé. Il savait être grand parmi les grands et petit dans le monde des petits enfants.  

3. La sincérité liée à l'éthique protestante était sa compagne de vie. Il était et voulait toujours être franc avec lui-même et avec les autres.

4. Le soin et l'ordre caractérisaient tous ses travaux et même sa mode de vie en famille, dans l'administration, et bref, dans la société.

II. Qualités intellectuelles

1. Diawaku au travers de ses études a fait preuve de beaucoup de qualités intellectuelles. C'est  ainsi que son cursus scolaire et universitaire présente de résultats brillants. Il était un très bon professeur des mathématiques, de musique et de sciences de l'éducation.

2. Diawaku, comme le montrera notre étude sur son hymnographie, a su pénétrer la poésie musicale. La musique était sa seconde existence. Il y trouvait la voie de s'exprimer, de cacher ou de montrer ses sentiments. Il fut un poète lyrique. André Kambwa dit que ses chants les plus lyriques  sont ceux à contre temps, chant à anacrouse.

III. Vie chrétienne

Sa vie chrétienne s'était frayée un domaine d'une dimension éthique : l'amour. L'amour avait un sens dans la vie de cet homme. Il savait que « aimer "voudrait dire beaucoup de choses à la fois. L'amour chez Diawaku était multidimensionnel. Son amour incarnait le sentiment du désir et d'attachement à ses semblables. Quand il s'agit de la musique, c'était de l'amour - passion. Il expérimenta un grand amour de Dieu à son endroit dans beaucoup de manières et se voyait toujours redevable envers Dieu et autrui.

Noé Diawaku a tenté et réussi à être un digne fils de l'église de Jésus Christ toute sa vie durant. Il a su protéger l'Eglise  et ses biens même quand cela devrait coûter à sa propre vie. C'est de l'amour pour l'Eglise de Dieu. L'histoire du conflit de terre entre l'Eglise à Kimpese et les autochtones Ndibu qui,  vers les années 1960, après le départ de missionnaires à l'indépendance du Congo, voulaient par tous les moyens récupérer leur terre que l'administration coloniale avait accordé à l'Eglise depuis la fondation de la mission de Kimpese, est révélatrice. Car Noé Diawaku a fallu laisser sa peau dans un accident de circulation prémédité et organisé par les autochtones qui tenaient à en finir avec lui parce qu'il se constituait en obstacle pour leurs intérêts. C'est ici qu'on trouve le background du fameux chant « Kiazayamiko". D'aucuns affirment que les Ndibu sont les plus fanatiques de propriétés foncières parmi le peuple Kongo. Et Diawaku, voulant protéger la terre de la mission à Kimpese, devrait s'attendre à une vie sans paix avec les autochtones et surtout que lui-même n'était qu'un étranger du coin, un « besingombe de Kimpese".

A la question de « connaissez-vous Noé Diawaku", deux personnes nous  répondent.

1. Joseph Nsumbu : « Le tout puissant Diawaku, nous l'avons connu. Un monsieur très important à l'école et à la mission protestante de Kimpese. Il avait restauré la discipline à l'école. Cette discipline avait un nom : un seul ticket, « aller. Ce  nom voulait dire que l'école ne pouvait, face aux indisciplinés de l'école, que leur octroyer le ticket qui les aidait à rejoindre les parents. Et, cela sans aucune possibilité de revenir à l 'école  ni à la mission de Kimpese.  C'était le prix de celles et ceux qui ne se conformaient pas à la discipline ni à l'éthique de l'Eglise. Monsieur Diawaku était   directeur de l'école, directeur de la station missionnaire de Kimpese, et directeur de la chorale. Bref, un directeur en trois personnes. Nous le connaissions  par ses chants liés à des événements comme le cas de « kiazayamiko"et l'histoire de son accident de circulation entre Lukala et Kimpese. Ses chants sont toujours centrés sur la Bible. Nous regrettons qu'il soit mort d'une histoire banale où une personne souffrante qui, voulant rencontrer son médecin sur rendez-vous, se fait  arrêter sans motif pendant plusieurs heures par un roulage incivique. Souffrant du cœur, tout se compliqua à cause du choc de cette histoire nerveuse. C'est triste comme histoire... Diawaku est mort, heureusement, son œuvre hymnographique  et son souvenir sont un enseignement pour nous". 12  

2. Miezi Vuvu, une de ses anciens étudiants,  dit :

    Il est souvent difficile d'oublier les beaux souvenirs vécus avec les gens qu'on a aimés et surtout celles et ceux dont la nature a disposé d'un regard attentif aux difficultés des autres. Je voudrais ici raviver la mémoire de mon regretté professeur et père Diawaku dia Nseyila. Professeur d'abord du fait qu'il le fût pour moi en premier graduat de Biologie à l'institut pédagogique national, dispensant le cours de l'introduction aux problèmes de l'éducation. Un père, Diawaku le fût par son encadrement et l'attention particulière aux difficultés me concernant. En effet, au cours d'un exposé sur la délinquance juvénile, la moralité apportée par le professeur concernant la responsabilité des parents sur ce fléau ainsi que les symptômes qu'accompagnent un enfant déséquilibré effectivement, dans ses rapports en famille et les conséquences en découlant dans la société, m'avait bouleversées. Ainsi, tenant compte de son rôle de professeur et d'éducateur, il invita après le cours, tout étudiant qui a connu une enfance déséquilibrée à s'ouvrir à lui car, disait-il, les enfants à problèmes affectifs ont du mal à s'affirmer dans la société et à se défendre, mêmes adultes. Ce jour là, j'étais la première à le suivre après le cours et depuis, nous ne nous sommes plus quittés. Ses conseils et son soutien ont fait de moi aujourd'hui, une responsable dans la société. J'ai obtenu ma licence en biologie et travaille actuellement à l'institut national des recherches biomédicales de Kinshasa. Je garde toujours ses phrases moralisantes mais surtout celles qui m'aideraient à devenir un jour comme lui, c'est- à-dire un vrai parent   responsable" c'est celui qui aide son enfant à devenir adulte, à s'assumer dans ses rôles futurs de parent en famille et de responsable dans la société". 13  

Ces quelques témoignages nous montrent combien la vie d'un homme a pu influencer son entourage dans le bien. Les témoignages des autres personnes peuvent aussi être beaucoup plus criants que ces deux derniers. Il suffirait d'écouter, entre autres, les pasteurs Masamba, Kitikila, Mushila, Munduku, Lusakueno, Nlandu, Diakiese,... et certains fils de l'Eglise comme M. Nlandu,  M. Kambwa, M. Ndondoboni, M. Luhahi, M. Masiala, M. Munayi  et la longue liste des anonymes. Chacun d'eux et chacun de nous a quelque chose  à  dire sur cet  homme d'Eglise.

IV. Homme d'Eglise pour le développement.

On peut retenir en cet homme, le souci permanent de voir l'Eglise s'engager dans le développement. Car pour lui, évangélisation et  développement doivent toujours marcher ensemble comme les deux pieds de l'existant humain. Il semble beaucoup rejoindre Klaus Peter Blaser quand il écrit ce qui suit :

    L'action chrétienne d'évangélisation ou mieux l'action de l'éducation chrétienne qui se veut la mission de réconcilier l'homme avec Dieu ne peut pas être globale si elle ne prend pas en compte l'action sociale qui lutte pour faire participer toujours l'homme (et la femme) à son mieux être, plus - avoir et plus - être afin de se prendre en charge vis-à-vis de son aujourd'hui et son demain qu'il veut   meilleur. 14 

Et Kitikila Dimonika, son ancien élève de renchérir qu' « évangéliser n'aura pas de sens s'il ne veut pas dire à la fois développer l'homme et rien ne peut aller sans l'autre". 15

Mais que dit Diawaku lui-même du développement ? L'article posthume, qu'il a écrit trois mois avant sa mort 16   publié dans la Revue Congolaise de Théologie Protestante n° 11 (1997), intitulé « Eglise et projet de développement communautaire, théorie et praxis ecclésiales pour la promotion humaine en Afrique noire", Diawaku étale sa vision du développement se fondant sur le discours programme de Jésus-Christ tel que rendu dans Luc 4,18-19: l'Esprit du Seigneur est sur moi, il m'a choisi pour apporter la Bonne Nouvelle aux pauvres. Il m'a envoyé pour proclamer la délivrance aux prisonniers et le don de la vue aux aveugles, pour libérer les opprimés, pour annoncer l'année où le Seigneur manifestera sa faveur. Pour lui,

    La vraie mission de l'Eglise du Christ dans le monde est celle de libérer l'homme dans sa totalité. Le libérer de ses insuffisances matérielles; le libérer de l'ignorance qui le ravale au niveau de la bête; le libérer de tout ce qui pourrait l'empêcher de devenir plus soucieux du bien commun et respectueux envers lui. 17 

Dans sa démarche définitionnelle, Diawaku tente  de rapprocher le développement au  changement qui doit s'opérer au sein d'une communauté. Ainsi, pour lui parler  du développement c'est évoquer « tout changement positif ou tout processus qui conduit à la croissance économique, à la justice sociale et à l'autosuffisance (ou à l'indépendance) en vue d'améliorer les conditions de vie d'un individu ou de toute une population". 18   Et, de là , il pose des conditions pour un réel développement qui doit passer par un changement s'opérant en trois dimensions différentes, à savoir: une dimension matérielle ou « le plus- avoir" où les efforts des individus sont orientés vers une production de plus en plus accrue en vue de répondre aux besoin matériels de toute la communauté. 19

Une dimension intellectuelle ou spirituelle ou « le plus - savoir". Ici, explique-t-il, les membres de la communauté essaient d'être de mieux en mieux outillés intellectuellement de façon à faire face aux exigences du monde d'aujourd'hui d'une manière intelligente. Raison pour laquelle il y a des écoles tant formelles qu'informelles. 20  Une dimension morale ou « le plus- être" où « chaque citoyen est imprégné des valeurs qui le rendent plus humain, respectueux du bien communautaire et capable de vivre en harmonie avec d'autres membres de la communauté 21. Diawaku trouve que l'organisation de l'école religieuse, l'éducation civique, l'éducation familiale ou l'éducation traditionnelle qu'on rencontre dans toutes les sociétés humaines se fonde autour de l'intérêt de la moralité dans la société.

Mais, d'après notre auteur, Diawaku, ces trois dimensions ne suffisent nullement à elles seules pour conduire au développement. Il faut passer par un nombre d'approches pour y parvenir. Il en cite quatre:

1. L'approche capitaliste qui propose de générer le développement essentiellement à travers les forces de la libre entreprise de l'offre et de la demande. Ici la tâche essentielle du gouvernement est de garantir que les forces libres du marché soient autorisées à opérer. 22 Malheureusement cette approche ne réduit pas l'écart entre les riches et les pauvres et ne donne pas lieu à la justice  sociale. 23

2. L'approche de Nations -Unies se basant beaucoup moins sur les notions des profits et la loi de l'offre et la demande pour stimuler la croissance et le développement. 24   Cette approche considère plutôt les gouvernements des Nations -Unies comme agents principaux de développement. Toutefois, cette approche nourrit trop d'optimisme sur la capacité des dirigeants des gouvernements d'initier des changements ou d'aller au de-là de leurs intérêts personnels. 25

3. L'approche basée sur le changement des structures politiques. C'est ici l'apanage de l'idéologie socialiste. Elle trouve en gouvernement l'incapacité d'initier le développement et la justice sociale et lutte pour une nouvelle structure politique et sociale, et prône même la violence comme recours des pauvres contre la violence du pouvoir du gouvernement. Ici, la faiblesse est en la valeur de la violence comme instrument de changement social. 26

4. L'approche de conscientisation. Cette approche est celle que Diawaku prône pour développement motivé par les opprimés et les pauvres. Car elle met très peu de confiance dans les efforts de développement initiés par le leadership de la société, quel qu'il soit, d'une part, et que toute forme d'imposition provenant de l'extérieur serait une nouvelle forme d'aliénation et d'oppression. La population est au centre du développement au lieu et place des structures impersonnelles. 27

En un sens, comme Mushila Nyamakank pouvait bien le dire, Diawaku incarnait en lui

    le savoir d'un laïc engagé dans la dimension socio-politique de la foi chrétienne. Prospérité, bonheur, et liberté constituent l'essentiel du développement que l'auteur souhaite. Par le biais de la conscientisation des communautés de base et de la décentralisation de ses mécanismes et de ses organes d'intervention, l'Eglise se met au service de plus pauvres. 28

Diawaku, disons-le, était vraiment un homme de développement de l'Eglise Protestante au Congo.

V. Vie en famille

Avant de clore ce bref chapitre, parlons de la vie de l'auteur en famille. Noé Diawaku dia Nseyila  était comme le seul grand arbre de la forêt qui, pour avoir pris son élan de croissance devrait s'attendre, en conséquence, à toutes les attaques du vent de la famille et de son coin natal. Car comme l'écrit Mengi, dans sa thèse doctorale,

    Les relations humaines sont vitales pour le Kongo. La vie Kongo est en effet une  vie communautaire; aucun Kongo ne peut vivre par lui-même, il est un chaînon de toute la communauté. A la naissance, l'enfant appartient à la communauté qui l'accueille avec joie comme un de ses membres. Dès le premier jour de sa vie, il est conditionné par la communauté, il est l'enfant de tout le clan, l'enfant du 'Kanda' de sa mère; il porte un nom commun à tous les membres de ce clan, ce qui veut dire entre autres qu'il ne pourra pas se marier à l'intérieur de ce clan. Lorsqu'il voyage, il cherche toujours un membre de son propre clan et s'il en trouve un, il sera hébergé et nourri comme un membre de la famille. Les liens claniques sont extrêmement forts. 29

Diawaku était considéré par la famille, comme le traduit l'esprit du vécu et la solidarité Kongo, comme quelqu'un qui appartenait à toute la famille, c'est-à-dire, quelqu'un qui était appelé à prendre soin de siens. Car vivre autrement face au principe de la solidarité Kongo, qui est basée sur les relations humaines, bien définies au sein d'un clan ou mieux de la communauté, c'est accepter de rendre ces relations non - harmonieuses et fléchir aux conséquences qui peuvent coûter la vie.

Noé Diawaku comme tout Kongo digne de ce nom assistait les membres de la famille moralement, physiquement, matériellement. S'il y avait un décès, il n'envoyait pas seulement l'argent mais s'y rendait lui-même pour témoigner de son amour. Même s'il lui arrivait à manquer, car tout le monde peut manquer un jour, il s'endettait "plutôt que de renoncer à ses devoirs". 30    Peut être qu'en plus de l'amour du prochain que la Bible lui recommandait comme il le chantait toujours  « Zola Kwantete Kaluyambudiko" (le premier amour ne l'abandonne pas), Diawaku se voyait obligé de garder la tradition Kongo qui est rendue par cette question incarnant l'ethos de son peuple: « Lumbu fwa ba nani bakwiza Kuzika, mbongo evo bantu?" (Le jour de ta mort, qui viendra t'enterrer, l'argent ou les hommes ?). 31   C'est pour dire que Diawaku pouvait se sentir « très malheureux et très pauvre, malgré sa fortune" chaque fois qu'il n'avait pas de bonnes relations avec les autres. Etre en bonne relation avec les autres semblait être une règle d'or pour sa vie. Celles et ceux qui ont vécu avec lui le témoignent.

Dans son intimité nucléaire, avec son épouse Esther Matondo et leurs cinq enfants, dont une  fille qui n'est plus, la vie faisait beau vivre dans l'harmonie où toute correction était verbale; où la liberté d'avis avait son sens même en face des enfants; où les parents pouvaient demander à un  enfant : « Es-tu libre ? Je voudrais que tu me rendes un service...". Ce miroir nous fait montre quel genre de parent fut Diawaku. La famille avait un sens à ses yeux. Les enfants étaient pour lui un sujet de joie sur la terre. Mais il savait qu'il était incapable de prendre soins de ses enfants et de son épouse et de lui même chaque matin, chaque soir. Raison pour laquelle faire mention de sa famille dans ses prières quotidiennes était plus qu'un devoir chrétien et parental. La vie de Diawaku  dans ses rapports avec ses enfants témoigne beaucoup de compréhensions mutuelles qui doivent exister entre les parents et les enfants pour que les parents aussi apprennent à chercher  l'adhésion de leurs enfants  dans ce qu'ils veulent voir  leurs enfants exécuter.

Encore faut-il dire que Noé était un homme d'indépendance dans les rapports et celui de consensus dans les conflits. Il fut vraiment un fils de l'Eglise Protestante entière.

Né en 1760, Noé Diawaku, qui chante encore dans nos coeurs, est mort le 2 juin 1992. Le jour de sa mort et quelques heures avant de rendre l'âme à son « Nzambi a mpungu", le theos pantokrator, nous révèlent André Kambwa et Charles Diawaku, Noé écrivit cette prière qu'il avait coutume de dire :

        Seigneur, Dieu d'amour.
        Inonde ma conscience de santé
        et chacune des cellules de mon corps,
        de lumière.
        Qu'il en soit ainsi pour
        toute ma famille, par
        la grâce et les moyens
        parfaits et au nom du
        Seigneur Jésus-Christ. Amen.

Noé Diawaku dia Nseyila s'endort à Kimpese. Kimpese, une mission protestante pleine de tout une histoire de l'élite protestante  congolaise, qui l'a vu  venir de Lufuntoto, devenir un homme et servir son Seigneur avec passion et aux risques de tout. La lecture de sa vie comme un laïc zélé et engagé nous pousse à conjecturer ses dernières volontés en ces mots de Martin Luther King, Jr., que l'on tire d'un ses sermons prononcé en février 1968 et dont l'enregistrement sur bande magnétique fut rediffusé au cours de ses funérailles à Atlanta.   Ici nous le livrons de manière adaptée à Diawaku.

      De temps à autre, je sens que nous
      pensons tous, avec réalisme, à ce
      jour où nous serons les victimes de ce
      qui est le commun dénominateur final
      de la vie - ce quelque chose que nous
      appelons la mort.
      Si l'un de vous se trouve à proximité
      quand mon tour viendra, je ne veux pas
      de longues funérailles. Et si vous trouvez
      quelqu'un pour prononcer mon oraison funèbre,
      dites-lui de ne pas parler trop longtemps (...)
      Je voudrais que quelqu'un mentionne
      ce jour - là, que Noé Diawaku a tenté
      de consacrer sa vie à servir les autres.

      J'aimerai que quelqu'un dise, ce jour - là,
      que Noé Diawaku a tenté d'aimer
      quelqu'un. Je veux que vous disiez, ce
      jour-là, que j'ai tenté de voir claire
      à propos du développement pour que l'Eglise
      s'engage à une ortho praxis pour la promotion
      humaine en Afrique noire.

      Je veux que
      vous puissiez dire, ce jour-là, que j'ai
      tenté de nourrir celles et ceux qui avaient faim.
      Et je veux que vous puissiez dire, ce
      jour-là, que j'ai tenté, dans ma vie,
      de vêtir celles et ceux qui étaient nus. (....)

      Oui, si vous voulez dire que j'étais un
      tambour-major,
      dites que j'étais un tambour-major de la justice;
      dites que j'étais le tambour-major du bon droit  (...)
      Je ne laisserai pas d'argent derrière moi.
      Je ne laisserai pas dernière moi aucun
      de ces objets qui font le luxe ou la beauté
      de la vie. Je ne veux laisser dernière moi
      qu'une vie de dévouement.

      Et c'est tout ce que je voulais dire (...)
      Si je peux aider quelqu'un au passage,
      Si je peux exhorter, encourager, conseiller,
      évangéliser (...) quelqu'un avec un mot ou
      une chanson, si je peux montrer à
      quelqu'un qu'il est sur une mauvaise pente,
      je n'aurai pas vécu en vain.

      Si je peux
      travailler avec mes chants pour le salut de
      ce monde, si je peux répandre le message
      comme me l'a enseigné
      mon maître, alors je n'aurai pas
      vécu en vain.

La vie de Diawaku ne peut pas s'écrire sur ces quelques pages. N'ayant pas pu réunir toutes les informations sur cet auteur, nous nous sommes contenté de ces quelques articulations biographiques, qui pour nous tracent l'essentiel de sa vie.

 

Maurice MONDENGO Iyoka B.
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Notes

11. Propos recueillis auprès du Pasteur Jean MASAMBA et André KAMBWA,  jeudi le 18 avril, samedi 25 mai et lundi 10 juin 2002, informateurs principaux dans cette étude.

12. Témoignage du Pasteur Josef Nsumbu reçu le lundi 20 mai 2002 dans son bureau à la Cathédrale du Centenaire.

13. Témoignage reçu de Mlle MIEZI Vuvu le 02 juin 2002 dans son bureau à l'Institut National de Recherches biomédicales (INRB).

14. K. BLASER, Encyclopédie du protestantisme, Paris, Cerf, 1955, p. 377.

15. KITIKILA Dimonika, Phénoménologie de sectes, Cours dispensé en G3 Théologie, UPC,  2000.

16. MUSHILA Nyamankank, in Editorial de RCTP, n°11, p. 7.

17. DIAWAKU dia Nseyila, «  Eglise et projet de développement communautaire. Théorie et praxis ecclésiales pour la promotion humaine en Afrique noire", in RCTP, n°11, 1997,  p. 57.

18. Ibid.

19. Ibid., p. 58.

20. Ibid.

21. Ibid.

22. Ibid.,  p.57.

23. Ibid.

24. Ibid.

25. Ibid., pp.  60-61.

26. Ibid..

27. Ibid., pp. 62-63.

28. MUSHILA Nyamankank, in   Editorial de RCTP n°11, op. cit.,  p. 6.

29.  MENGI Kilandamoko, L'Evangélisation missionnaire Protestante face à la culture Kongo, thèse de doctorat, publiée à l'université de Laval, 1981, p. 40.

30. Ibid.,  p. 41.

31. Ibid.

©Références / Musicologie.org 2006