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Université protestante au Congo
Faculté de Théologie
B.P. 4745
Kinshasa II

Pour une hymnologie
protestante congolaise efficiente.
Lecture de l'hymnographie
de  Noé Diawaku

Par

Maurice MONDENGO Iyoka B.

Table des matières

 

INTRODUCTION GÉNÉRALE

1. POSITION DU PROBLÈME

Est-il nécessaire de rappeler que depuis près de deux décennies, la République Démocratique du Congo aujourd'hui, plus que hier, influencée par le pentecôtisme et d'autres mouvements religieux, est l'un des pays d'Afrique où l'Église connaît une grande croissance, grâce à la prédisposition à la croyance du peuple congolais, d'un côté, et la souplesse de la législation par rapport à la création des associations sans but lucratif mais encore  la crise multiforme  qui secoue le pays, de l'autre côté. Ces causes font du Congo, un sol fertile pour la foi chrétienne bien qu'il existerait au sein de ces nombreuses communautés chrétiennes des doctrines très variées.

Nonobstant la diversité de doctrines, ces communautés chrétiennes organisent le culte qui, comme le dit judicieusement Jean-Jacques von Allmen, « est une manifestation de l'Église, c'est-à-dire qu'il extériorise ce qu'est l'Église » 1.  Et comme en principe, « tout culte doit être placé sous la responsabilité de toute la communauté, sa préparation, son animation étant le fait de la plus large participation des uns et des autres, pour que ni la séparation ni la hiérarchie ne puissent diviser les membres de l'Église » 2 , l'on y chante et l'on y danse ensemble. N'est-ce pas que chanter ensemble est l'une des activités humaines la plus unifiante? Mais, Josef Nsumbu peut cependant  nous faire observer  que :

    Le chant liturgique et la musique, comme la prédication, occupent une place considérable dans la célébration du culte. Par le fait qu'ils constituent une expression cultuelle et théologique de grande valeur, ils sont, comme le fait aussi remarquer l'ecclésiologue Lars Eckerdal, « peut-être l'expression la plus importante de la liturgie, sans doute parce que les paroles, la mélodie et le rythme d'un chant, plus qu'aucune autre chose engagent toute la personnalité » 3.    

Ainsi, on peut dire qu'il y a lieu de se poser la question  si le chant, qui par ses paroles, sa mélodie et son rythme dans l'ensemble constituant une expression cultuelle et théologique de grande valeur et engageant par ce fait toute la personnalité, celui, qui se chante aujourd'hui dans nos cultes au Congo, en général, et à Kinshasa, en particulier, conduisant à la crise de crédibilité hymnologique, remplaçant la musique de l'Église par les chants populaires calqués sur le modèle profane engage-t-il positivement ou négativement la personnalité de l'Église dans son ensemble ?

Beaucoup de travaux sur le chant et la musique d'Église ont été réalisés et dans beaucoup d'aspects. Ceci dénote que la problématique est donc ancienne et nous ne sommes pas le premier qui abordons cette question. A titre illustratif, nous  citerons les travaux de :

(1)     MASAMBA ma  Mpolo (1977) 4
(2)     NSUMBU Josef. (1987) 5.   

L'époque où l'Église chantait en Église dans un répertoire déjà établi de chant cultuel sous la direction d'un maître conducteur d'Église a presque disparu dans notre pays ; et, même les Églises historiques ont du mal à protéger ce patrimoine qui fait ou mieux qui faisait un plus dans leur identité. Menacées par la recrudescence et l'expansion vertigineuse des églises issues du pentecôtisme dont la plupart se recherchent encore dans les fondements théologiques de doctrines pour se conformer et s'imposer sur l'échiquier  national, les Églises historiques ou missionnaires sont interpellées par ce défi. Le peuple congolais des églises chrétiennes a trop vécu dans ce qu'on peut appeler le syndrome de « peuple qui chante et qui danse » sans trouver une pièce de rechange qui puisse être, par exemple « le peuple qui chante et qui médite », « le peuple qui chante et qui travaille », « le peuple qui chante et qui prie », « le peuple qui chante et qui prêche et vive de sa vie le contenu de la foi en laquelle il se réclame », etc. D'aucuns se sont  alors tournés vers l'Église et lui demandent de faire quelque chose pour trouver une pièce de rechange dans ce domaine. Le silence de l'Église risque d'être une trahison et en appeler à la perte du crédit de son message qui doit toujours  demeurer christocentrique par rapport au Christ, théologique par rapport à Dieu et pneumatologique par rapport à la célébration du Saint-Esprit. 6 

C'est dans le souci de nous lancer dans la recherche d'une hymnologie crédible 'retrouvée qui soit capable d'arrêter l'hémorragie du chant populaire, qui dans la plupart de cas fait fonction de « chanter pour chanter », distillant la foi et véhiculant, de fois, une théologie sans fondement biblique dans l'Église que nous menons cette étude. Pour ce faire, nous nous sommes proposé un paradigme dans ce domaine: l'hymnographie de Noé Diawaku. Ceci  pour essayer de faire un zoom sur le texte de ses hymnes, entrer dans le monde de la poésie, de l'émerveillement et de la beauté et voir dans quelle mesure l'hymnologie protestante congolaise peut (re)devenir efficiente.  Ainsi, notre étude s'intitule : «  Pour une hymnologie protestante congolaise efficiente.  Lecture de l'hymnographie de Noé  Diawaku.»

2. HYPOTHÈSE

En substance, on peut dire comme pour tenter de donner une réponse qui soit l'hypothèse générale à la problématique soulevée dans cette étude, que la toile de fond réside en la symptomatique d'une évangélisation de surface et non de profondeur chez nombre d'hymnographes.

Les hymnographies qui nous font chanter aujourd'hui, même si elles parlent à/ou (de) Dieu, (de) Jésus - Christ, (du) Saint - Esprit manquent souvent un background biblique et historique. Car poussés par le syndrome de la parabole du semeur et des terrains comme nous les enseignent les synoptiques (Lc 8, 5- 15 ; Mt 13, 1-23; Mc 4, 1- 20), nombre de ces hymnographes sont plutôt en quête permanente de célébrité, de richesses et de plaisirs de la vie. Pour mieux dire, c'est du « Church - business  » qu'il s'agit alors que tout devrait se faire pour la gloire de Dieu.

Les  hymnographies qui se composent pour les offices de l'Église devraient venir des chrétiennes et chrétiens évangélisés, convertis. Et, contrairement aux trois premières  catégories des gens de la parabole du semeur, elles devraient traduire l'ancrage même  de la parole dans la  vie chrétienne  de  leurs auteurs.  

Si aujourd'hui, il y a un problème du fondement théologique dans nombre de chants qui pourtant emballent les chrétiennes et chrétiens dans les lieux de culte qui poussent partout ailleurs comme de champignons dans les coins et recoins de Kinshasa, envahissant domiciles privés, écoles, universités, hôpitaux, stades, transport en commun, radio, télévision,... la troisième catégorie de gens de la parabole du semeur illustre tout de ce déferlement activant les motivations dans la quête du business ou de la célébrité (...) dans le chef des hymnographes de nos Églises qui, sans trop s'enraciner dans la lecture et l'écoute en profondeur de la parole qui créent la foi en Dieu, se lancent dans ce domaine  très capital  du service divin.

Les hymnographes devraient  se souvenir de mot célèbre de La Bruyère : « Toute musique n'est pas bonne à louer Dieu, ni à être entendue dans son sanctuaire » 7   et de ce fait dans l'art de composer les hymnes pour l'Église, les soins, la compétence, le travail, la recherche artistique posée sur les textes bibliques et non sur  la simple expression d'idées personnelles ou d'une idéologie à la mode comme le recommande R. Barilier 8   doivent toujours être leur lot. Car tout chant incarne une spiritualité et exprime une théologie. Fondé sur le texte biblique compris par l'hymnographe lui-même d'abord, le chant portera la prière du peuple, exprimera ou suscitera la repentance et/ou la foi en Dieu, la joie, la louange et l'adoration à la dimension de Dieu.

Aussi comme l'exhorte Saint Augustin : « Lorsque vous élèverez vers le Seigneur des psaumes et des hymnes, n'oubliez pas que vous chantez devant celui qui est le plus délicat des musiciens et le plus redoutable des juges ». 9   C'est à cela que doit s'accrocher tout hymnographe d'Église aujourd'hui plus que hier.

3. INTÉRÊT DU TRAVAIL

Eu égard à cette problématique, nous avons estimé, par cette étude, réfléchir sur les questions du texte du contenu de la foi chanté dans les hymnes de Noé Diawaku. Et, si le retour aux chants missionnaires pose problème - faute de recueils - que le peuple de Dieu au Congo chante les hymnographies, bien qu'évoluant avec la société et sa dynamique, qui tiennent compte non seulement des émotions conscientes et inconscientes du peuple d'un pays en crise mais aussi des Ecritures comme nous le propose l'hymnographie de Diawaku.  Car la crise passera, mais les Ecritures ne passeront pas. C'est en les Ecritures que peuvent se forger le discours et l'agir de l'Église.

4. BUT DU TRAVAIL

Quel but assigner  à ce travail ? Il s'agit de se lancer à l'initiation aux hymnes d'Église. Examiner, comprendre et ressortir, partant de texte poétiquement forgé allant de la parole et de l'expression chrétiennes personnelles au poème, les fondements théologiques qui s'y cachent, peut-être, mais  reflétant la vie chrétienne même de l'auteur. Partant de cette compréhension qui, en ce qui nous concerne ici, porte  sur l'hymnographie de Noé Diawaku, définir le sens à donner au chant liturgique aujourd'hui dans l'Église en crise. Car nous croyons que Noé Diawaku chante encore ce « Dieu Tout - Puissant, Roi des rois et par qui nous vivrons à jamais ». Et, ensuite, proposer à l'église, dans son agir, les voies et moyens en vue d'élaborer un recueil de chant qui tiendrait compte des chants du culte dans le chant religieux africain, en général et (surtout) congolais en particulier, comme l'avait si bien formulé, le pasteur Jean Masamba dans son projet (juin 1977) en y  incluant les oeuvres des filles et fils de l'Église vivants ou morts, et qui ont encore de leçons à nous donner dans ce monde de l'hymnographie et cela  pour une hymnologie d'identité protestante congolaise.

5. MÉTHODE DE TRAVAIL

Nous savons que si tout travail scientifique doit être basé sur une méthodologie appropriée pour aboutir, il n'existe cependant pas de méthode qui s'impose. Car comme l'écrit Merton  « La liberté de méthode en est la règle selon le but et l'objet de la recherche ». 10

Ainsi, l'usage de plusieurs méthodes ou l'approche systémique est celle de notre étude. Nous ferons appel à la méthode exégétique ou herméneutique qui nous aidera à faire une lecture de fond de chants choisis. Car sans laquelle notre compréhension de l'histoire qui entoure la composition hymnique dans l'âme de Diawaku nous sera très incomplète, et enfin la méthode analytique qui nous permettra de nous lancer dans une analyse de la situation du chant afin de ressortir  le  message  et les destinataires des hymnes.

6. TECHNIQUE DE RECHERCHES ET SOURCES

La réalisation de ce travail nous impose le recours à la technique documentaire. Il nous faudra procéder à un examen profond des textes hymnographiques de Diawaku et sur tout autre écrit de lui ou sur lui, sans négliger l'apport combien grandiose de celles et ceux qui l'ont connu de son vivant comme maître chanteur, hymnographe, hymnologue, professeur d'université, mais surtout comme chrétien protestant, fils de Dieu, qui n'a pas eu que bonheur sur la terre.

7. DIVISION DU TRAVAIL

Notre étude sur l'hymnographie de Noé Diawaku s'articule autour des quatre chapitres.  Au premier, nous traitons, de manière succincte, les quelques articulations biographiques de l'hymnographe. Au deuxième, nous donnons les traits caractéristiques de l'hymnologie congolaise aujourd'hui, ce qui nous aidera d'apprécier la particularité de l'hymnographie de Diawaku qui fait la raison d'être du  troisième chapitre.

Avant de conclure cette étude, nous essayerons d'apprécier l'œuvre hymnographique de Diawaku par rapport à l'analyse de ses (quelques) hymnes choisis, d'une part et projeter les  perspectives pour une hymnologie protestante congolaise efficiente. Et, enfin, une conclusion générale met fin à cette étude qui lance un appel pressant pour l'efficience de l'hymnologie protestante congolaise. Ainsi , examinons le tout premier chapitre de cette étude qui est consacré à Diawaku. Nous passerons en revue les quelques articulations de sa vie. Dans ce chapitre, l'effort est de nous donner une idée sur sa vie comme tout mortel parmi les semblables.

Maurice MONDENGO Iyoka B.
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Notes

1- Cf. J. NSUMBU, Culte et société : Le culte chrétien comme réflexion critique d'une société moderne africaine., Uppsala, SIM, 1995, p. 5.

2 -  L. GAGNEBIN, Le culte à choeur ouvert : Introduction à la liturgie du culte réformé, Paris, Labor et Fides, 1992,  p. 84.

3 -  J. NSUMBU, Culte et société, op.cit.,  p.  5.

4 - MASAMBA ma Mpolo, Introduction, projet de collection des chant du culte dans le chant religieux africain. Vers l'élaboration d'un recueil de chant; rapport de la consultation sur le chant religieux africain fait dans le cadre de département foi et identité de l'Église de la CETA, Kinshasa, du 18 - 22 juin 1977.

5 - J. NSUMBU, La place de la chanson dans le culte protestant, Mémoire, Faculté de Théologie, FPZ, 1987.

6 - VIBILA Vuadi, Cours de Théologie Contextuelle, dispensé en L2 Théologie (Inédit), Kinshasa, UPC, 2002.

7 - Cf. R. BARILIER,   «  Une autre musique d'Église » , in Les cahiers protestants, Lausanne, Nouvelle série, octobre 1985,  n° 5,  p. 8.

8 - Ibid.

9 - Ibid.

10 - R. K.. MERTON, Élément de théorie et méthode en sciences sociales, Paris, Sirey, 1960,  p. 46.

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