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Magie wagnérienne
à l'Opéra Nice Côte d'Azur

Par Jean-Luc Vannier

Inscrire au programme d'une soirée le seul Acte I de la Walküre de Richard Wagner pouvait laisser perplexe. Après le prélude du Rheingold, cette pièce de la « Tétralogie » occupe en effet une place à part. Surtout à l'acte II où tout le destin du Walhalla, le monde des Dieux, mais aussi celui des géants et des pauvres créatures humaines bascule après la spectaculaire désobéissance de Brünnhilde à Wotan. Au nom de l'amour. Bref, ce concert exceptionnel donné samedi 24 septembre à l'Opéra Nice Côte d'Azur risquait de frustrer les inconditionnels du Maître de Bayreuth et d'en faire sourire ses détracteurs.


photo D. Jaussein

C'était sans compter sur la puissance de la magie wagnérienne lorsque celle-ci est mise en œuvre par des artistes lyriques d'un talent exceptionnel et une philharmonie en parfaite symbiose avec un chef d'orchestre lui-même placé sous l'influent empire de l'inspiration. Le miracle wagnérien s'opère dès l'ouverture : Philippe Auguin impulse de bout en bout une énergie inextinguible, au point d'apparaître comme « terrassé » à la fin de la performance. Sa direction exigeante permet à l'orchestre de restituer avec précision la fulgurance inattendue des alternances entre les célèbres leitmotivs. Son irréprochable direction se double d'une interprétation qui privilégie la dimension humaine, charnelle presque de la partition wagnérienne : sollicités les uns après les autres, les instrumentistes — l'amorce du duo entre Sieglinde et Siegmund par le premier violoncelle est superbe — maintiennent ce cap.


photo D. Jaussein 

Si l'orchestre et son maestro nous épatent, les voix quant à elles nous subjuguent : reconnu comme l'un des meilleurs chanteurs des rôles de « Heldentenor » dans les opéras wagnériens, Robert Dean Smith allie intensité du souffle et profondeur interprétative : son appel incantatoire  « Wälse, Wälse, wo is dein Schwert ? » et son chant final « Siegmund heiss ich und Siegmund bin ich » sont tout simplement éblouissants. Régulièrement invitée au festival de Bayreuth, la soprano californienne Linda Watson étourdit elle aussi par l'autorité de sa présence et l'incroyable acuité de son regard : à l'affût de la moindre nuance musicale, son jeu vocal aux ardentes pointes telluriques — héritées sans doute de son ancien registre de mezzo — et son charisme scénique s'adaptent et s'enrichissent pour culminer dans son duo amoureux avec Siegmund « Winterstürme wichen dem Wonnemond ». Malgré sa courte apparition, la basse polonaise Rafal Siwek maintient ce niveau d'excellence.


photo D. Jaussein 

Par des tonnerres d'applaudissements et quelques ovations debout, le public espérait obtenir un bis…qui ne vint pas. Sur le parvis de l'opéra, un jeune touriste étranger téléphonait : « tu aurais dû venir, c'était extraordinaire ! ». Un autre spectateur sifflotait un air connu du même répertoire. Une imposante délégation du Vietnam semblait vivement commenter cette inoubliable soirée. L'émotion wagnérienne jusqu'au bout de la nuit.

Nice, le 25 septembre 2011
Jean-Luc Vannier


Références / musicologie.org 2011

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