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Malgré une abondance documentaire
certaine, puisque Jean-Claire Vançon a bénéficié,
grâce à l'obligeance de la fille du compositeur,
de l'accès aux sources de première main,
ce livre se présente résolument, comme
une biographie problématique. Il n'expose donc
pas l'anecdote, la démonstration d'érudition,
mais se concentre sur la formation du sens et du spécifique,
questionne : comment la musique d'André Jolivet
a-t-elle pu être ce qu'elle a été,
comment a-t-elle, dynamiquement, participé au
mouvement musical du XXe siècle ?
Né en 1905, apprenti pianiste
dès l'âge de de 4 ans, au violoncelle à
13 ans, quand il compose sa « Romance barbare
» pour piano, il est en 1927 instituteur, et prend
des leçons de composition avec Paul le Flem,
mais surtout, rencontre Varèse (qui s'oppose
avec verdeur aux « ismes » en 1929, et rapidement,
bien qu'étant hors institution, devient la figure
de proue de l'avant-garde musicale, et un artiste de
gauche socialement engagé.
Dès 1942 il peut abandonner
sa charge d'instituteur, puis est nommé, pour
de longues années, directeur de la musique à
la Comédie Française. Suite à l'inflexion
dans son esthétique, dès l'après-guerre,
à l'émergence d'une nouvelle avant-garde
dont Pierre Boulez, né en 1925, prend la direction,
la musique de Jolivet semble perdre de son incise révolutionnaire,
tout en étant un compositeur très plus
joué dans le monde.
Tout en suivant un plan chronologique,
le livre s'articule autour de problématiques
qui tentent d'éclairer les choix esthétiques
d'André Jolivet, entre partis pris techniques,
engagement humaniste, le défense d'une musique
nationale, les nécessités du métier,
et celle de vivre exclusivement de son art, les charges
administratives et les honneurs. C'est une visite guidée
et raisonnée de partition en geste social, et
tout en restant dans un minimalisme élégant,
nécessaire et suffisant, les grands mouvements
esthétiques et institutionnels de la musique
du XXe siècle sont abordés.
Paru très en retard par rapport
aux manifestations du centenaire de la naissance d'André
Jolivet en 2005, ce livre est toutefois d'actualité,
si ce genre d'ouvrage de connaissance avait besoin d'une
actualité. En effet, nous vivons une évolution
très sensible de la musique contemporaine, laquelle
semble avoir abandonné la radicalité au
profit de la recherche, à la fois d'expressivité
et d'un nouveau public.
Cette période de radicalité
était-elle nécessaire ? Par exemple pour
la recherche de nouveaux langages abolissant la tonalité
classique ?
L'attitude de Pierre Boulez, par
rapport à André Jolivet pourrait être
elle-même significative. Depuis le pamphlet de
1958 « Le joli navet et la préfecture »,
les insultes publiques de 1960, qui li coûtèrent
500 francs d'amende, jusqu'au « moment remarquable
de juvénilité et d'exception » des
« Danses rituelles » (de Jolivet) qu'il
dirige en 2003, que s'est-il passé ?
L'affrontement était-il entre
la permanence d'une identité nationale que Jolivet
ressentait, et la recherche d'une technique universelle
que Boulez défendait ?
« Je me suis toujours efforcé
de produire des œuvres qui puissent mériter l'attention
du peuple » , disait Jolivet en 1970, mêlant
ainsi , d'un même élan, l'exigence de facture
de l'œuvre et la prise en compte des attentes du public,
ce qui est, semble-t-il, une préoccupation des
plus actuelles, largement partagée.
Jean-Marc Warszawski 27 novembre
2007
Présentation de l'éditeur
André Jolivet (1905-1974)
est trop souvent résumé en élève
de Varèse et co-fondateur du groupe Jeune France
avec Messiaen, Baudrier et Daniel-Lesur, limitant ainsi
le compositeur français à la période
des années 30. Pourtant son catalogue de près
de 200 œuvres reflète une personnalité
nettement plus riche en même temps qu'une vision
globale de l'histoire musicale du XXème siècle
passant par l'avant-garde post-sérielle, les
expériences aléatoires ou encore les musiques
concrètes et électroacoustiques. Sans
oublier aussi évidemment la dimension politique
et les engagements personnels de cet homme hautement
humaniste, joué de son vivant à travers
le monde entier. « André Jolivet »,
c'est effectivement une œuvre, une carrière et
une pensée : trois dimensions qui définissent
cet artiste que ce nouveau volume de la collection horizons
vous invite à découvrir, avec des exemples
musicaux et de nombreuses illustrations et photos inédites.
Jean-Claire Vançon est musicien
et musicologue. Agrégé de musique et titulaire
du C.A. de Culture Musicale, il enseigne au C.F.M.I.
d'Orsay (Université Paris-Sud) et au C.N.S.M.
de Paris. Lauréat des premiers prix d'histoire
de la musique, d'analyse et d'esthétique du C.N.S.MD.P,
il consacre par ailleurs l'essentiel de ses recherches
à l'histoire des pratiques musicales en France
aux XIXe et XXe siècles (composition, réception,
enseignement). Ardent défenseur des musiques
d'aujourd'hui, et responsable des activités pédagogiques
de l'ensemble Multilatérale, il est en outre
depuis longtemps passionné par l'œuvre d'André
Jolivet.
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