|
SCHNEIDER CORRINE, Reflets schubertiens. Fayard /
Mirare, Paris 2007 [224 p. ; ISBN 2-213-63544-6 ; 123
€]
Voici un livre très intéressant,
et dont il est difficile de rendre compte, tant le concept
est évident et en fin de compte, rare. Le titre
est à ce sujet éloquent : « reflets
», alors qu'il pourrait s'agir de l'essentiel.
En effet, le projet de Corinne Schneider est de retracer
ce qu'on nomme la « réception » de
l'œuvre de Schubert, dont nous connaissons tous quelques
œuvres, toujours les mêmes, certainement, contre
un catalogue gigantesque : vingt opéras, six
cents Lieder, neuf symphonies, de la musique religieuse,
de chambre, de piano, bref, mille partitions, composées
en moins de vingt ans.
Schubert est devenu un mythe, avec
quelques œuvres, et lui-même, enfin ce qu'il a
été vraiment, est devenu un reflet fantasque.
Ce livre, en parallèle à
la formation de ce mythe (que peut-on encore écrire
sur Schubert ? ), permet de suivre, comment le monde
à pris connaissance, réellement, de l'œuvre
de Schubert.
Peut-être aurait-on aimé,
ou on aurait envie maintenant, que la période
contemporaine, notamment la filmographie, soit un peu
plus approfondie. Le cinéma, ou la télévision,
il me semble, ont attaché à Schubert et
a son œuvre des stéréotypes forts, comme
la campagne enneigée du Voyage d'hiver, ou la
solitude du malade sombrant dans la folie syphilitique,
etc. Pourquoi ces images attendaient-elles Schubert,
pourquoi les a-t-on jetées sur lui ?
En tout état de cause, le
grand voyage pour un artiste, est celui de ses œuvres,
qui deviennent paysage ; on peut se demander si la biographie
la plus fouillée en dit autant, de ce point de
vue, que ce livre de
deux cents pages.
Présentation de l'éditeur
Schubert lègue une œuvre gigantesque écrite en une vie d'une étonnante brièveté.
Aucun autre compositeur n'a crée autant d'ouvrages marqués du sceau
d'une individualité aussi prononcée - et ce, dans tant de genres
musicaux différents - qu'il le fit au cours des vingt et un derniers
mois de sa vie. Mais seule une centaine d'opus sont édités de son
vivant et, à sa mort, les Viennois n'ont aucune connaissance de l'œuvre
de Schubert dans son entièreté, pas même le cercle de ses amis proches
lesquels courtisent avant tout ses lieder.
Débute alors la lente
découverte de sa production : jamais la diffusion de l'œuvre d'un
créateur de cette envergure n'aura été aussi longue. C'est le
cheminement de cette œuvre, de sa source à ses récents avatars, que
retrace cet ouvrage. Les démarches des familiers de Schubert pour le
faire éditer après sa mort sont relayées par un discours critique qui
se répand en Allemagne puis dans l'ensemble de l'Europe, tandis que le
nombre de transcriptions dont ses Lieder font l'objet atteste de sa
vogue.
C'est toutefois à la fin du XIXe et au XXe siècle que l'on
prit vraiment, avec la découverte de ses œuvres monumentales, la mesure
de son génie.
Docteur en musicologie, Corinne Schneider enseigne au Conservatoire
nationale de Région de Paris. Elle est l'auteur d'une monographie sur
Carl Maria von Weber (Paris, Gisserot, 1998). |