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Nous avons ouvert ce livre avec beaucoup
d'enthousiasme, parce qu'il nous semble qu'on désire
s'attaquer ici à un sujet essentiel, aux secrets
les mieux scellés de notre rapport aux œuvres
musicales.
L'introduction, tout à
fait conquérante, annonce des développements
passionnants qui ne sont malheureusement pas au rendez-vous
; ce livre est en fin de compte une grande déception,
on est complètement passé à côté
du, ou raté le sujet.
L'auteur a rassemblé une
immense bibliographie, en a extrait des citations ou
des notes de lectures innombrables, se rapportant à
son objet, et nous les présente d'une manière
ordonnée selon ce qu'il désire exposer.
Cela fait penser à ces sommes
du Moyen-Âge, où les érudits « faisaient
le point » sur un sujet ou un mot, en compilant
tout ce qu'ils avaient trouvé chez les «
autorités ». Mais pas plus que ceux-là,
qui se gardaient bien de pécher par orgueil, en
osant une opinion personnelle, l'auteur n'avance de
problématique personnelle.
L'un des fondateurs de l'anthropologie
moderne, Marcel Jousse à écrit en 1925
un ouvrage, « Le Style oral rythmique et mnémotechnique
chez les Verbo-moteurs » construit avec des citations,
ouvrage très étonnant, espèce de
super-colloque virtuel sur des sujets et un cadre d'interrogations
très précis.
Tel n'est pas la démarche
de Luc Charles-Dominique, qui s'en tient à la
bonne foi des mots, sans tenir compte des opérations
idéologiques qui les a produits, des époques
et des milieux. Ce livre donne vraiment l'impression
d'une fuite continue sur les mots, plutôt que
l'immersion dans les problématiques auxquelles
ils invitent, pourtant toujours annoncées, mais
que l'on attend en vain.
Nombre de ces citations portent en
elles de puissantes invitations à problématiser,
mais cette fuite sur les mots et les citations, nous
donnent l'impression de passer continuellement à
côté des problèmes. Avec cette difficulté
à la lecture, qui est de buter pratiquement toutes
les phrases ou deux phrases, sur des renvois bibliographiques
entre guillemets, souvent sans intérêt.
Peut-être aurait-il fallu qu'on
s'attarde un peu plus, afin de taquer les repères,
sur les notions essentielles de ce livre : qu’est-ce
le symbolisme en musique ? Quelle différence
entre musique savante et musique populaire, mais encore
entre musiques sacrée et profane (une notion
moderne). L'absence de discussion sur ces fondamentaux,
empêche à notre sens de pouvoir monter
le sujet.
La très longue période
qui est ici traitée, la diversité des
milieux, auraient demandé une érudition historique,
ou une grande prudence, qui font peut-être un
peu défaut. Au moins ne s'est-on pas donné
des moyens en conséquence.
Il faudrait, à notre sens,
plus de trois lignes, pour convaincre de la «
transhistoricité » ou de « l'anhistoricité
» du champ religieux populaire ou de la représentation
de la mort, surtout en citant des historiens comme Jacques
Le Goff, qui nous ont appris à penser en longue
durée historique... et que tout était
histoire.
Il y a, ainsi, tout au long de ce
livre, des imprécisions, des fragilités,
qui auraient pu être évitées en
prenant un peu plus de temps avec les auteurs cités,
mais encore en allant chercher de meilleures références,
comme les ouvrages de Jean-Yves Hameline, grand spécialiste
des liturgies chrétiennes, ou ceux d'Olivier
Cullin, mais encore la lecture de Sébastien Gaudelus,
sur les Offices de Ténèbres aurait certainement
influé sur les quatre pages qui leur sont
consacrées. Exemples parmi d'autres.
Enfin, nous pensons qu'un grand et
bien meilleur parti aurait pu être tiré
du livre de Théodore Gérold «
Les Pères de l'Église et la musique »
(qu'il aurait fallu dater de 1931, 1973 étant
une réédition, c'est important pour la
perspective), qui curieusement et malheureusement, ne
me semble pas encore dépassé aujourd'hui.
Jean-Marc Warszawski 13 juillet 2007
Présentation de l'éditeur
Cet ouvrage est à sa façon une histoire de la musique
française d’un genre nouveau. S’appuyant sur des sources d’une grande
variété, des chroniques, récits de voyage aux essais théologiques et
théories musicales, l’auteur décrit l’émergence de pratiques musicales
opposées, religieuses et profanes, hautes et basses. C’est une histoire de
la sensibilité sonore englobant bruits, musique, instruments et voix dans
leur contexte tour à tour sacrés et profanes, savants et populaires de la
fin du Moyen Âge au XVIIIe siècle.
À partir du XIIIe siècle, s’élabore une nouvelle
esthétique musicale fondée sur le clivage, prégnant au Moyen Âge, du haut
et du bas. Cette dichotomie concerne d’abord le corps et la voix avant de
passer dans le domaine instrumental.
Ces deux catégories qui s’opposent du point de vue
religieux – le bas prônant les valeurs chrétiennes de l’humilité et le
haut celles de l’orgueil et de l’excès – s’inscrivent dans le partage
chrétien du sacré et du profane tout en dessinant les contours d’une part
d’une musique religieuse et savante et d’autre part d’une musique
populaire volontiers perçue comme diabolique et sorcière.
S’appuyant sur des sources variées, depuis les récits
de vie ou de voyage jusqu’aux écrits spéculatifs et religieux sur la
musique, en passant par les sources d’archives, l’iconographie et la
littérature orale, c’est une anthropologie historique de la musique
savante et populaire que propose cet ouvrage novateur. Ce regard
polymorphe renouvelle les approches des fonctions symboliques du sonore et
permet, entre autres, de comprendre différemment la musique baroque.
Luc Charles-Dominique est maître de conférences en
ethnomusicologie à l’Université de Nice-Sophia-Antipolis. Directeur de
collections bibliographiques et discographiques d’ethnomusicologie, il est
l’auteur de plusieurs ouvrages d’ethnomusicologie (La vocalité dans les
pays d’Europe méridionale et dans le bassin méditerranéen et Les hautbois
populaires. Anches doubles, Enjeux multiples, Parthenay, Modal, 2002) et
d’anthropologie musicale historique (Les ménétriers français sous l’Ancien
Régime, Paris, Klincksieck, 1994).
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