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Les psaumes hébraïques de Salomone Rossi divinisés par I Profeti della Quinta à Monte-Carlo

 

I Profeti della Quinta en concert « Il mantovano-hebreo », Wilshire Temple, Los Angelès. Photographie © DR.

12 novembre 2014, par Jean-Luc Vannier ——

Lorsqu'ils entrent, mardi 11 novembre sur la scène du Théâtre des Variétés de Monte-Carlo, vêtus de leurs costumes sombres, ils ressemblent à des séminaristes : visages radieux mais non dénués d'une certaine fragilité, sourires discrets nourris toutefois de complicité. Nominativement présentés par Barbara Begelsbacher au nom de l'Association musicale « Crescendo », les cinq chanteurs du groupe I Profeti della Quinta (Doron Schleifer et David Feldman, contre-ténors ; Lior Leibovici et Dan Dunkelblum, ténors ; Elam Rotem, basse et direction ;  Ori Harmelin au chitarronne) sont très attendus par le public alléché, en première partie de soirée, par la projection du film « The search for Salomone Rossi » de Joseph Rochlitz. Tourné in Italie dans les palais de Mantoue, dont le superbe Palazzo del Te, le documentaire évoque la mystérieuse biographie du violoniste et compositeur Salomone Rossi (1570 ?, 1630 ?) exempté par un décret spécial du Duc de Mantoue de l'infamante obligation du porter la distinctive rouelle orangée des Juifs. L'histoire de Salomone Rossi se confond avec celle de la communauté juive de la ville, forcée au ghetto en 1602 : la résistance se veut aussi culturelle et artistique pour aboutir en 1623, au premier recueil d'œuvres musicales et chorales pour la liturgie synagogale de cet auteur et intitulé Hashirim asher li'Shlomo, « Les Cantiques de Salomon ». Style baroque de Monteverdi (1567, 1643) et paroles en hébreux sur des thèmes qui s'inspirent de l'Ancien Testament mais aussi « d'historiettes des plus érotiques » comme l'explique avec gourmandise un des « Profeti » !

Il Mantovano Hebreo. Photographie © I Profeti della Quinta.

Différents psaumes hébraïques et madrigaux italiens composaient la seconde partie du programme : Shir hama'alot, asrei kol yeré ‘adonaï tiré du psaume 128, Elohim Hashivénu du psaume 80 :4, Haleluyah, halefi nafshi ‘et ‘adonaï du psaume 146 auxquels se mêlaient des mélodies : Sfogava con le stelle, Ond'ei di morte, Tu parti, ahi lasso, Cor mio, deh non languire, Udite, lagrimosi spirti d'averno. Spécialiste du Chitarrone, proche du luth théorbe, apparu à Rome au tout début du xviie siècle, Ori Harmelin a exécuté, outre une de ses propres « Variations » La Monica, une passacaille d'Alessandro Piccinini. Avant d'accompagner les chanteurs sur Tirsi mio, caro tirsi tiré du livre premier des madrigaux de Salomone Rossi, morceau qui figure dans un de leur dernier album « Il Mantovano Hebreo » paru en octobre 2013 chez Linn Records. Un récital, clos comme il se doit, par le Kaddish « Ani Chavatzelet ahSharon ». Mais suivi, à la demande des mélomanes, d'un « encore » chanté sur un mode comique : la « Pargoletta, che non sai » d'un des derniers madrigaletti de Salomone Rossi (Venise, 1628).

Très acclamée, la prestation chorale des I Profeti della Quinta appelle plusieurs commentaires. Leur sens aigu du collectif se manifeste au travers de regards soutenus et d'échanges gestuels appuyés où le chant revêt des allures de communication essentielle entre les protagonistes. D'où une rare expressivité émotionnelle dans l'interprétation, vivement ressentie dans la salle. Les voix s'entremêlent et se modulent avec fluidité bien qu'elles puissent s'identifier individuellement avec clarté. Chacun des chanteurs, dont les parcours de formation demeurent très variés, possède en outre une tessiture relativement étendue : avec, en conséquence, des différences phoniques qui s'accentuent entre interprétation en soliste et en chœur. Le contre-ténor Doron Schleifer développe par exemple des aigus un peu moins stables et brillants en solo alors que ses notes élevées entrent en superbe harmonie avec l'ensemble choral. Si les voix des ténors (Lior Leibovici et Dan Dunkelblum) sont quant à elles rarement poussées, elles produisent néanmoins des timbres chaleureusement colorés et des sonorités d'une étonnante douceur.

I Profeti della Quinta. Photographie © DR.

Interrogé à l'issue du spectacle sur ces contrastes et les risques inhérents à maintenir un large spectre vocal, l'un des artistes a argué de la méthode de recrutement de Georg Friedrich Haendel qui, selon lui, « exigeait de ses impétrants qu'ils pussent chanter dans des registres aussi divers que la basse ou l'alto ». Quant aux prestations à venir, le groupe annonce des concerts à Genève et Bâle avant, en début d'année prochaine, d'effectuer un grand tour en Israël avec l'Orchestre Baroque de Jérusalem. Nul doute qu'emmenés par la fervente passion d'Elam Rotem, claveciniste, ancien élève de la Scola Cantorum de Bâle et en préparation d'une thèse de philosophie à l'université de Würzburg, les I Profeti della Quinta se réservent un avenir empreint d'éternité.

 

Monaco, 12 novembre 2014
Jean-Luc Vannier

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