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Les maîtres de chapelle

La Péniche Opéra, 14 octobre 2012

Par Frédéric Norac

 

À la Péniche on sait faire beaucoup avec (presque) rien. C'est ce que prouve ce petit spectacle très réussi qui associe le célèbre Maestro di capella de Cimarosa avec une version réduite de l'opéra comique, Le Maître de chapelle ou le Souper imprévu, de Ferdinando Paer, compositeur allemand formé en Italie, ayant fini son intéressante carrière à Paris mais que les scènes contemporaines semblent avoir tout à fait oublié.

les maîtres de chapelle
Les maîtres de chapelle, Péniche Opéra 2012.
Photographie © Mathilde Michel

Le tour de force est particulièrement impressionnant dans l'intermezzo de Cimarosa où il s'agit de mettre en scène un chef aux prises avec un orchestre rebelle, avec pour tout effectif un piano, une contrebasse — utilisée de façon plutôt sommaire — et quatre musiciens d'occasion qui sont en fait les protagonistes de la deuxième partie, armés de quelques flûtiaux, sifflets et maracas de fortune ainsi que toutes les imitations instrumentales qu'une bouche peut produire. Le résultat se révèle finalement beaucoup plus comique que ne saurait l'être l'original dont l'humour gentillet a souvent tendance à faire long feu alors que les contorsions sonores des interprètes introduisent une dimension loufoque bienvenue.

les maîtres de chapelle
Les maîtres de chapelle, Péniche Opéra 2012.
Photographie © Mathilde Michel

L'opéra de Paër est une bien jolie découverte — musique subtile et cultivée où le compositeur montre une remarquable maîtrise du langage de l'opéra-comique français et parodie avec brio le style italien des années 1820. Les trois numéros que cette adaptation a conservé — un grand trio d'ouverture, une scène pour le rôle titre et un duo où le compositeur fait répéter à sa cuisinière un grand air de son opéra séria Cléopâtre qui pourrait tout à fait sortir d'un opéra de Rossini — mettent l'auditeur en appétit mais le laissent aussi un peu sur sa faim. On aimerait en effet savoir comment se termine cette histoire de souper où devraient apparaître Coélénie, la promise de Benetto, le neveu du maître de chapelle, et son rival, un capitaine des hussards français accompagné d'un de ses soldats. Malheureusement les moyens manquaient pour prévoir trois rôles supplémentaires et il faut se contenter d'une fin en queue de poisson, un peu frustrante même si elle est plutôt bien trouvée. On le regrette d'autant plus que l'interprétation est d'un niveau remarquable avec trois jeunes chanteurs — Pierre Alexandre Dubois et sa belle basse sonore, Estelle Beréau soprano aussi virtuose dans le style italien que mutine dans les dialogues français et Artavzad Sargsyan, ténor « di grazia » à qui manque d'évidence l'air qui lui permettrait de faire goûter son timbre plein et séduisant. L'adaptation de la partition pour un piano et un accordéon offre un excellent soutien au chant et donne à l'œuvre une tonalité populaire qui colle parfaitement avec la mise en espace d'Alain Paliès et le décor naturel que lui offre la péniche.

Frédéric Norac

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