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Le « Triple Concerto » de Beethoven et « La mer » de Debussy dirigés par Kazuki Yamada au Palais princier de Monaco

 

Monaco, 1er août 2014, par Jean-Luc Vannier ——

Un siècle et une année séparaient, jeudi 31 juillet, les deux œuvres présentées pour ce quatrième concert d'été dans la cour d'honneur du Palais princier de Monaco. Concert auquel assistait Son Altesse Sérénissime Le Prince Souverain Albert II : le concerto pour violon, violoncelle et piano en do majeur, opus 56 « Triple Concerto » de Ludwig van Beethoven composé en 1804 et « La Mer, trois esquisses symphoniques » de Claude Debussy créé en 1905.

Vadim RepinVadim Repin. Photographie © DR.

Malgré la présence de solistes renommés, Vadim Repin au violon, Alexander Kniazev au violoncelle et Nikolaï Lugansky au piano, l'exécution du « Triple Concerto » de Beethoven, pourtant ardemment dirigé par Kazuki Yamada, nous a laissé sur notre faim. L'œuvre en elle-même déconcerte tant elle hésite entre une orchestration classique empreinte d'une légèreté toute mozartienne et des épisodes plus denses, une écriture plus sombre, plus engagée et annonciatrice du Fidelio, l'unique opéra du compositeur réalisé à la même période. Répétitions, variations et extensions mélodiques sur un même thème renforcent le sentiment d'un chevauchement, d'une conversation trop policée entre le violon, le violoncelle et le piano. Conversation qui se serait débarrassée d'une joute discursive, d'un dialogue intense, substantiel entre les instrumentistes et l'orchestre. À force d'être partagée, et ce, nonobstant la prééminence accordée par Beethoven au violoncelle, la virtuosité instrumentale se dilue.

Alexander KniazevAlexander Kniazev. Photographie © DR.

À défaut de ce compromis qui tend souvent vers le plus petit dénominateur commun,  le jeu si contrasté des solistes dans les trois mouvements aura probablement achevé de nous déstabiliser. Le traitement de faveur réservé au violoncelle dans cette partition conduit Alexander Kniazev — le prince en russe — à s'engager corps et âme dès les premières mesures dont il a la charge, dans une interprétation exaltée, nous arrachant plus d'un soupir pour chacun de ses accords, chacune de ses échappées aux ardentes vibrations lyriques. À ses côtés, la surprenante sécheresse violonistique de Vadim Repin, au risque de sonorités souvent grinçantes, tranche singulièrement. De dos, le pianiste Nikolaï Lugansky développe quant à lui, une composition très aristocratique, distante, épurée. Considérées séparément, les qualités intrinsèques de ces réalisations, soulèvent, une fois assemblées, les réserves dues à leur discordance.

Nikolaï Lugansky. Photographie © Caroline Doutre / Naïve.

En deuxième partie, Kazuki Yamada, dont nous avons souligné les indiscutables qualités de chef d'orchestre lors d'un précédent concert au Palais princier, dirige avec cette même énergie mêlée de raffinement « La Mer, trois esquisses symphoniques » de Claude Debussy. Dans le mouvement très lent et pourtant très suggestif en termes de représentations et d'ambiance, « De l'aube à midi sur la mer », le premier violon (David Lefèvre) puis les cordes peignent musicalement cette rencontre progressive entre les éléments marins et lumineux avant de développer, dans le second mouvement « Jeux de vagues », ces échanges contradictoires, plus heurtés en surface qu'au fond, entre flux marins. Pour le « Dialogue du vent et de la mer » nettement plus animé, le maestro se soulève de son pupitre comme pour mieux atteindre, par ces déferlements orchestraux, les hauteurs menaçantes de la houle. Il ondule sur son estrade pour réclamer et obtenir, ponctués par les timbales et percussions (Julien Bourgeois, Christian Siterre, Patrick Mendez et Philippe Bauduin), les tangages et les roulis des cordes, tels de frêles navires s'aventurant sur ces flots tumultueux. Mobilisant toute la puissance mais aussi toute la rigueur de l'orchestre philharmonique de Monte-Carlo, un impressionnant tutti conclut, explosive pyrotechnie musicale, cette symphonie de la nature qui ne dit pas son nom. Applaudi sans réserve par ses musiciens et longuement ovationné par le public, le maestro tout sourire, remercie et s'incline. Vox populi, vox Dei ?

Monaco, le 1er août 2014
Jean-Luc Vannier

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Mardi 5 Août, 2014 13:30

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